Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Communiqué

N° 510 octobre 2005 *

DÉCLARATION DE LA GAUCHE ANTICAPITALISTE EUROPÉENNE

Après le « non » en France et aux Pays-Bas, un pas en avant est maintenant possible et nécessaire

Cf. aussi : [Europe]

Holyrood, Parlement écossais à Edinburgh, le 1 juillet 2005

Signé par : Bloco de Esquerda (Portugal), Esquerra Unida i Alternativa, (Catalogne) Espacio Alternativo (Espagne) Ligue Communiste Révolutionnaire (France), Red/Green Alliance (Danemark), Respect (Grande-Bretagne), Scottish Socialist Party (Écosse), Socialist Party (Angleterre et Pays de Galles), Socialist Workers Party (Grande- Bretagne), SolidaritéS (Suisse).

L’Union européenne (UE) antidémocratique a souffert d’un coup puissant des peuples européens. Les peuples français et hollandais ont massivement rejeté le Traité constitutionnel européen, après un large débat démocratique et ceci bien que les principaux partis politiques, les forces institutionnelles, les centres du pouvoir économique et les principaux médias étaient favorables à la Constitution.

Les forces du « oui » essayent maintenant de déprécier le choix populaire, tout comme elles avaient tenté de le faire avant les référendums. Le vote « non » est présenté comme révélant un esprit étroit, craintif, chauvin et comme un choix xénophobe. En même temps le vote favorable à la Constitution européenne est supposé être ouvert, amical, ambitieux et moderne.

Ce qui s’est vraiment produit — et qui a surpris tous les penseurs dominants — est tout à fait différent. Les électeurs français et hollandais n’ont pas rejeté l’Europe, les relations pacifiques entre les peuples, les « plombiers polonais » ou quoi que ce soit de similaire. Ils ont rejeté les dégâts du « marché libre et de la concurrence », l’augmentation des dépenses militaires, la subordination à l’OTAN, les attaques contre les services publics, la montée du chômage et la précarisation du travail. Ils ont rejeté toutes les politiques néolibérales appliquées depuis vingt-cinq ans par les gouvernements de droite ou de centre-gauche au profit des patrons et des actionnaires.

La question soulevée par la Constitution de l’Union européenne n’était pas celle d’être pour ou contre l’Europe. Il s’agissait de savoir dans quel genre d’Europe veut-on vivre ! Et comment la construire ? Et la réponse fut très claire. Les peuples aspirent à une autre Europe que celle qui a été construite par les Traités de Maastricht, d’Amsterdam et de Nice et que la Constitution de l’UE voulait favoriser.

Une autre manière employée fréquemment pour disqualifier le vote des citoyens français et hollandais consiste à dire que lorsque les gens disent « non » ils répondent à une autre question que celle concernant la Constitution de l’UE. Ils sont supposés avoir voulu sanctionner leurs gouvernements impopulaires. C’est en partie exact. Mais pourquoi ces gouvernements sont-ils si impopulaires ? La principale raison en est que leurs politiques sont très impopulaires… et étroitement liées à la politique et aux directives de l’Union. Les peuples ne se sont pas trompés. Ils ont dit « non » : non à la politique de l’Union et non à leurs gouvernements. Car il s’agit de choses semblables. Cependant nous reconnaissons aussi qu’une partie du vote « non » a été alimentée par le racisme et la xénophobie qui doivent être combattus en Europe.

Trois conclusions doivent en être tirées. D’abord, que les gouvernements ont été désavoués et qu’ils manquent maintenant de légitimité. Ensuite, que la Commission européenne est également dénuée de toute légitimité démocratique et populaire. Ce n’est pas nouveau, mais c’est maintenant évident. Enfin, que la Constitution doit maintenant être considérée comme morte et doit être immédiatement enterrée.

Diverses études et sondages d’opinion mènent à la même conclusion : le vote « non » a été un vote de classe. En France, 80 % des ouvriers d’industrie ont voté « non », de même 60 % des employés, 65 % des fonctionnaires, 71 % des chômeurs et des salariés précaires. Selon une autre étude la majorité de ceux dont le revenu mensuel est inférieur à 3000 euros ont voté « non » alors que la majorité de ceux gagnant plus de 3000 euros ont voté « oui ».

Aux Pays-Bas, qui ont tenu leur premier référendum depuis 200 ans, tous les principaux partis politiques, y compris le Parti travailliste, les syndicats, les médias et toutes les institutions bourgeoises ont plaidé pour le « oui ». Ils ont été défaits par un massif 62 % contre 38 %, soit une majorité encore plus grande qu’en France. Le Parti socialiste hollandais, radical, a été le seul parti important à plaider pour le « non ».

Aux Pays-Bas, comme en France on a assisté à la même polarisation de classe. Dans les quartiers pauvres d’Amsterdam le vote « non » fut écrasant. A Amsterdam Noord 73 % ont voté « non ». A Volewijck et à Buiksloterham le « non » a atteint 79 %.

Dans les deux pays la perspective d’une reprise des luttes est maintenant attendue. Aux Pays-Bas 15 000 salariés du gouvernement local ont manifesté après le référendum. Ce jour ils ont fait grève dans le cadre de leur lutte pour des salaires plus élevés. La participation a été beaucoup plus large qu’espérée par les dirigeants syndicaux.

Mais les votes français et hollandais ne sont pas uniquement des « votes de classe » fondés sur les questions sociales. Ils ont été aussi le signe d’un soulèvement démocratique contre la construction bureaucratique de l’Union européenne. Ils ont été un refus de l’opacité de l’écriture du projet de Constitution par une Convention cooptée présidée par Giscard d’Estaing. Ils ont été une protestation contre le fait que 16 des 25 peuples européens se sont vus nier leur droit de donner leur avis sur le Traité constitutionnel.

Rassemblés avec le peuple, les organisations, partis et mouvements de la Gauche anticapitaliste européenne ont fait et poursuivent la campagne contre cette Europe et sa Constitution. Car cette Europe signifie plus d’attaques contre les droits sociaux, plus de privatisations et de destruction des services publics, plus de législations en faveur des riches et des puissants, plus de dépenses militaires et moins de démocratie.

Pour abattre le Traité constitutionnel et les politiques néolibérales assorties, les luttes démocratiques dans les pays où un référendum est organisé sont importantes. Mais les mouvements sociaux et l’action directe du mouvement ouvrier sont également nécessaires. Cela signifie qu’il faut s’opposer à n’importe quelle tentative de réintroduire la directive Bolkestein, de même qu’au projet de directive sur la durée du travail. Cela signifie qu’il faut lutter pour la défense et le développement des services publics. L’Europe que nous voulons doit reconnaître les droits des femmes, dont le libre accès à l’avortement et l’égalité des salaires. L’Europe pour laquelle nous luttons reconnaîtra la liberté de circulation et l’égalité des droits pour tous les hommes et femmes dans les domaines des droits démocratiques, sociaux et syndicaux, y compris le droit de vote des citoyens d’un pays tiers résidant dans un État-membre et conduira une nouvelle politique ouverte sur la question des demandeurs d’asile.

Le rejet de la Constitution néolibérale a beaucoup de points communs avec l’incroyable mouvement contre le néolibéralisme en Bolivie et avec la résistance de Chavez et du mouvement bolivarien au Venezuela. Nous comprenons que ces luttes ne sont pas séparées mais unies sous de nombreux aspects.

Nous sommes pour une Europe de paix contre la militarisation de l’Union européenne et contre l’alliance avec l’OTAN. Nous réclamons l’arrêt immédiat de l’occupation de l’Irak sous la direction des États-Unis et de l’occupation de l’Afghanistan et des Balkans par l’OTAN.

Nous disons « non » à cette Europe parce que nous combattons pour une société socialiste, démocratique, autogérée par en bas, sans exploitation du travail et sans oppression des femmes, fondée sur un développement soutenable. Et nous sommes prêts à coopérer avec tout parti ou mouvement de la gauche européenne pour réaliser ces buts. Ce sont les raisons pour lesquelles nous sommes impliqués dans les processus du Forum social européen et du Sommet alternatif au G8.

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