Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Politique

N° 520 septembre-octobre 2006 *

ITALIE

Dossier : Le gouvernement Prodi II, la gauche radicale et pacifiste et la guerre

Cf. aussi : [Italie]

Compilé par Jan Malewski

Jan Malewski est rédacteur d'Inprecor et membre du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Si le gouvernement de centre-gauche, formé le 20 avril 2006 par Romano Prodi, a décidé du retrait des militaires italiens de l'Irak — une exigence qui avait été portée par le mouvement anti-guerre, particulièrement fort sous le gouvernement précédent de Silvio Berlusconi, et que le centre-gauche s'était engagé à réaliser — il n'avait nullement l'intention de retirer l'Italie de la « guerre contre le terrorisme » menée par l'impérialisme états-unien en divers lieux de la planète. Contraint par la législation italienne de soumettre au vote le financement des « missions » militaires à l'étranger, le gouvernement Prodi a réalisé un décret qui, tout en mettant fin à la présence militaire en Irak, augmentait le budget de l'armée italienne engagée dans la guerre en Afghanistan. Il comptait profiter de la démobilisation du mouvement pacifiste, dont une grande majorité comptait dorénavant sur le gouvernement nouvellement élu pour réaliser ses revendications, et sur le soutien des directions des principaux partis de gauche engagés dans le gouvernement, pour commencer à saper dans la confusion la légitimité acquise par les revendications pacifistes. Pour ce faire il pouvait compter sur le soutien de la droite berlusconienne, évidemment favorable à la poursuite de la guerre.

Pourtant ce mécanisme, qui semblait être parfait, s'est grippée. La petite gauche radicale — seulement une minorité des militants du Parti de la refondation communiste (PRC) et du Parti des communistes italiens (PdCI) — et des pacifistes (une partie des Verdi) ont été capables de l'enrayer. D'abord, quelques jours avant le vote, une assemblé pacifiste significative s'est réunie à Rome le 15 juillet pour exiger l'arrêt de toutes les guerres, « sans mais et sans si ». La présence de sénateurs de la gauche radicale à cette assemblée annonçait le possible échec du vote au Sénat, où le centre-gauche ne dispose que de deux voix de majorité… alors que plusieurs sénatrices et sénateurs avaient annoncé leur refus de soutenir la présence militaire italienne en Afghanistan. Les médias se sont saisis de la possible crise gouvernementale et, ce faisant, ont permis aux opposants à la guerre de faire connaître leur position massivement. En conséquence le mouvement pacifiste se remobilisait, ce dont les sondages rendaient compte en indiquant la croissance de l'aspiration au retrait des troupes de l'Afghanistan : finalement c'est 62 % des sondés qui se prononceront contre le financement de la « mission » en Afghanistan.

Si le vote à la Chambre le 18 juillet fut quasi unanime — seulement quatre députés ont voté contre — le gouvernement Prodi apparaissait victorieux avec le soutien de Berlusconi et donc en continuité avec celui que les électeurs venaient de rejeter. Tentant de recoller les morceaux le gouvernement Prodi décida de faire du vote au Sénat sur ce décret un vote de confiance, c'est-à-dire de démissionner en cas de majorité défavorable. La gauche radicale et pacifiste — qui paradoxalement dispose de plus de poids au Sénat qu'à la Chambre — fut soumise à une forte pression : faire tomber un gouvernement constitué depuis deux mois seulement, qui jouit encore d'une grande légitimité et qui n'a pas vraiment commencé à gouverner, risquer de provoquer ainsi de nouvelles élections ou la constitution d'un gouvernement de droite, cela risquait de marginaliser ceux qui l'auraient fait et, surtout, de freiner la remontée de la mobilisation du mouvement anti-guerre. Mais voter les crédits de guerre… Il fut donc décidé de voter, de prendre au mot les représentants du gouvernement — qui, paniqués par l'éventualité d'une chute, annonçaient un « changement de perspective des missions » — et de laisser à Prodi six mois encore, car le financement des « missions » devra être soumis au Parlement en décembre. Mais le vote de confiance a été accompagné de critiques virulentes des choix faits jusque-là par le gouvernement Prodi, critiques largement diffusées par les médias.

Le gouvernement Prodi sort donc affaibli de l'épreuve, même s'il a réussi de gagner du temps. Le débat mené par la gauche radicale et pacifiste a marqué des points, car même si ses représentants au Sénat ont voté la confiance… et le financement de la guerre en Afghanistan, ils ont montré que même une petite minorité peut affronter la politique gouvernementale, ce qui a redonné confiance en soi aux militants et aux mouvements. Et c'est cela, plus que le vote, qui pèsera dans les prochaines confrontations qui se préparent déjà.

Nous reproduisons ci-dessous les principaux documents qui permettent de mieux saisir le combat menée par la gauche radicale italienne.

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