Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 505-506 mai-juin 2005 *

ITALIE

Le défi de la gauche anticapitaliste. Après le congrès de Rifondazione

Cf. aussi : [Italie]

Salvatore Cannavò

Nous reproduisons ici l’article paru dans ERRE n° 13 de mars-avril 2005. Salvatore Cannavò, directeur-adjoint du quotidien du Parti de la refondation communiste (PRC, aussi appelé Rifondazione), Liberazione, et animateur de la revue ERRE (Resistenze, Ricerche, Rivoluzioni), est membre du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Le déroulement et les décisions du VI-ème congrès du PRC concluent une phase de la vie du parti, celle qui avait été marquée par son autonomie et sa différence par rapport aux autres formations politiques au cours des années 1990. La conclusion d’un cycle est encore plus évidente au vu des élections régionales les 3 et 4 avril de cette année. La polarisation entre le centre-droite et le centre-gauche, avec l’absorption totale de Rifondazione au sein de ce dernier, a sanctifié la victoire du bipolarisme italien et de la logique de l’alternance. Avec le PRC pleinement intégré au sein de l’Union et avec son ambition d’en gagner la direction, Rifondazione, dans la foulée des choix de son congrès, à modifié son projet stratégique. Celui-ci n’est plus la constitution d’une force alternative au centre-droite comme au centre-gauche — mais l’insertion de plein titre à l’intérieur de l’alliance pour en déplacer les équilibres et le profil d’ensemble. Il s’agit d’un changement substantiel qui préfigure la fin d’une anomalie politique qui avait pourtant marqué l’ensemble des années 1990.

Le score décevant au PRC

Ce projet, que nous avions combattu au congrès, rencontre déjà — un mois plus tard seulement — des limites évidentes que dévoile précisément la consultation électorale. Dans les élections régionales, le projet modéré de l’Olivier s’affirme, avec un renforcement structurel des deux partis pivots de l’alliance, les Démocrates de gauche (DS) et la Marguerite (1), un renforcement qui ne manquera pas de produire des effets dans les structures mêmes du mouvement, à commencer par la CGIL. Le PRC est le seul parti de l’Union qui n’augmente pas son score électoral et même recule par rapport aux élections européennes de 2004. Il est carrément retombé, en particulier dans ce Sud où il semblait constituer la grande nouveauté des dernières années, aux pourcentages de l’an 2000 et donc à son niveau d’avant la grande saison des mouvements, avant Gênes. C’est un signe évident de l’alignement excessif du PRC sur l’alliance et sur son leader : bien que ce dernier fut dénommé “Prodinotti” (2) et décrié à droite comme le symbole de la subordination de Prodi à l’alliance avec Rifondazione, la réalité a révélé le contraire.

L’absence de croissance de Rifondazione est le signe d’un problème plus important, qui ne peut pas être réduit à la relation avec le reste de l’Union. Il interpelle en effet sur le rôle et l’insertion sociale du parti, son enracinement de masse, sa capacité d’innovation — souvent souhaitée mais jamais réellement pratiquée —, la sélection de ses groupes dirigeants, le degré d’unité et de vie démocratique en son sein. C’est la grande question de la « refondation communiste », question écartée au congrès pour laisser place à un débat néo-identitaire visant à l’approbation du tournant gouvernemental. C’est la question qui a permis la fondation de Rifondazione et à laquelle une force communiste moderne se doit de répondre. Les votes qui manquent au PRC, surtout aux élections “locales”, où la présence sur le territoire devient essentielle, parlent de la capacité réelle d’être présent dans les mouvements et d’exister en tant que parti. Ils disent, par exemple, à quel point l’accent — agaçant — sur « la grande participation démocratique », que le congrès a tellement valorisée, ne permet pas de faire un saut qualitatif du point de vue électoral. Ils disent, en substance, que la question de la forme « parti » doit être un thème central des discussions, et non le bavardage creux sur l’innovation nécessaire. Ils mettent à jour les limites qui, si elles ne sont pas résolues, peuvent conduire à une telle impasse, produisant un court-circuit irréversible.

Et ils disent aussi quelque chose de plus sur l’état réel des mouvements qui, certes, accordent une plus grande force et propulsent en avant la présence politique de l’Union — qui en effet récupère une grande partie de ses votes, perdus à partir de 2000 — mais qui ne réussissent pas à obtenir des résultats concrets et qui, au moment des élections, se dirigent vers les partis les plus forts, et les plus modérés, de l’alliance. C’est la contradiction principale de cette phase — ce n’est pas un hasard si nous avions beaucoup insisté là-dessus au congrès. Elle complique beaucoup la relation entre le PRC et les autres forces de la gauche, qui ne sont pas disponibles pour réaliser l’unité d’action sur le terrain social — par exemple pour le renouvellement des conventions collectives ou pour affronter de manière décidée la question salariale — étant conscients d’être de toute façon les destinataires d’attentes populaires qui ne trouveront pas de réponse uniquement par la voie des luttes et du conflit.

Malheureusement, le congrès ne s’est pas préoccupé de l’évaluation des rapports de force entre les classes, ni d’une analyse et d’un bilan de l’action des mouvements et du rôle du parti en leur sein, pour se contenter d’un renouveau identitaire, contredit immédiatement sur le plan des structures. Les élections, si on leur prête plus d’attention, présentent un cadre plus réaliste dont il faudra tenir compte dans la phase à venir.

La fin de Berlusconi

Avant tout, elles montrent, à notre plus grande satisfaction, la profondeur de la défaite des droites, et de Berlusconi en particulier. Notre satisfaction est profonde : le sens de notre combat au congrès de Rifondazione ne doit pas faire douter de notre détermination à mener une lutte sans pitié contre les droites et contre leurs politiques. De ce fait, nous nous sommes engagés à fond dans la campagne électorale, et avons réussi à obtenir des résultats importants avec les candidatures de notre courant.

La défaite de Berlusconi est sans appel car elle sanctionne autant les réalisations des administrations locales des droites que celles de la majorité parlementaire en tant que telle. Le bloc social de référence du centre-droite a été érodé par les propres politiques du gouvernement, par les effets mêmes du libéralisme. Le problème n’est pas le non-respect de ses engagements par Berlusconi, c’est son « contrat avec les Italiens », décevant en substance, qui a déçu les attentes. Le problème c’est que la réalisation de ses engagements — par les lois sur la précarisation du travail, la privatisation des services, l’assistance publique plutôt que l’État social, etc. — a été sanctionnée à cause de leurs effets. La défaite du centre-droite est le signal de la remise en cause du consensus autour du libéralisme qui anime toute la politique mondiale, y compris celle de tant de gouvernements de centre-gauche. Les couches populaires, mais aussi les couches moyennes et des entrepreneurs qui sont victimes de la crise globale du libéralisme — une crise que les États-Unis affrontent non par hasard en déclarant une guerre permanente — se révoltent et se soustraient aux chants de sirène du berlusconisme. Il ne faut pas surestimer cette rupture. En effet, le bloc social de référence du centre-droite se désagrège mais ne s’écroule pas. Les droites conservent encore un bassin de soutien important comme le démontre le résultat de la Ligue du Nord. L’écart entre les scores de centre-droite aux élections européennes de 2004 et aux récentes élections régionales se chiffre à une perte de 372 mille votes tandis que la perte entre les européennes et les élections politiques précédentes à été de 3 millions de votes. C’est une crise inexorable et déchirante mais pas encore une défaite. Et elle se manifeste avant tout comme désaffectation à l’égard de son propre leader, de ses politiques mais aussi de sa stratégie de polarisation et d’affrontement idéologique avec le centre-gauche. L’époque de Berlusconi est fermée en partie et explique l’empressement à chercher à réorganiser le Pôle et probablement une nouvelle direction, même si c’est évident que cette solution n’est pas encore à l’ordre du jour.

Le retour de Prodi

Les élections permettent de jeter un regard beaucoup plus concret sur la réalité et l’état du centre-gauche, de l’Union. Prodi est en train de remporter sa bataille, il s’affirme comme le leader de la coalition en fondant cette suprématie sur le succès du noyau dur de l’alliance que représente l’axe DS-Marguerite. Avec le PRC totalement intégré dans l’alliance, le mécanisme unitaire est renforcé et structuré — et le Professeur Prodi en est le seul garant en vue. Il s’agit de la réaffirmation du projet de l’Olivier. En changeant de nom, il garde les mêmes visages — Prodi et Parisi — et les mêmes ambitions : offrir à l’Italie un gouvernement libéral tempéré, qui laissera un espace à une dose minimale de solidarité sociale liée à un pacifisme dicté par la vision multipolaire de la politique extérieure, pour assurer les intérêts du capital européen face à ceux des États-Unis.

Les deux principaux leaders de la coalition, Fassino et Rutelli, ont vite remarqué ce profil, et pas par hasard. Le premier en revendiquant pleinement la nature « réformiste » de l’Union par l’exaltation de la « bonne flexibilité » et des mérites de l’entreprise. Le second, en indiquant face aux prétentions à l’hégémonie de Rifondazione au sein de l’alliance la consistance de la force de la dite gauche radicale — PRC, Verts, PDCI — qui ne dépasse pas 10 %. Ensuite, Prodi lui-même a pesé sur la nature de la concertation. En jetant un clin d’œil aux exigences de la Confindustria et du patronat, il a annoncé au gouvernement son intention de « collaborer » si la priorité de la prochaine phase serait celle de « l’assainissement des comptes publics ». Une disponibilité qui s’est traduite, dans le chœur unanime du centre-gauche, par la renonciation à la demande d’élections anticipées.

Une attitude qui en dit long sur la propension à chasser Berlusconi et son gouvernement sous l’impulsion des luttes, qui demeure l’exigence première. Le vote lui laisse, en effet, un gouvernement différent, affaibli mais non pas défait. La nécessité de le chasser du pouvoir demeure entière et encore plus urgente parce qu’un gouvernement de droite affaiblie peut faire encore plus de dégâts. Les élections anticipées peuvent être un instrument de sauvegarde démocratique et sociale. Il s’agit de relancer un front unitaire de mobilisations à la mesure de ce mot d’ordre à partir des renouvellements de conventions collectives, de la lutte contre la précarité, de la lutte contre la réforme scolaire, de la lutte pour la paix et pour le retrait des troupes de l’Irak, de la lutte pour le rétablissement d’un État social décent, contre les privatisations et les spéculations. On peut utiliser la victoire extraordinaire des 3 et 4 avril en ce sens par l’envoi immédiat de quelques signaux clairs : que les régions dirigées par l’Union, devenues quinze, réalisent par exemple le boycottage de la loi 30 sur la précarisation du travail mais aussi des mesures de « dévolution » par le gouvernement de la gestion des dépenses sanitaires. L’abolition des tickets sanitaires, là où ils ont été introduits, pourrait être la mesure la plus immédiate.

« L’exemple » Vendola

Contrairement à nos argumentations, la victoire du camarade Nichi Vendola, qui obtient la présidence de la région des Pouilles, est présentée comme la preuve de la justesse d’une ligne et comme « l’exemple » pour l’avenir du PRC. Certes, la victoire de Nichi est importante et mérite notre soutien surtout maintenant qu’il doit faire ses preuves. À partir des résultats aux Pouilles, Rifondazione doit démontrer qu’il est possible de dépasser la « loi du pendule » (3) et ainsi modifier de façon significative les conditions de vie des larges masses. Il va de soi que, au-delà des objections et des critiques internes, nous allons nous engager en ce sens à partir de la construction de mouvements et de conflits qui contribuent à cet objectif.

Mais en réalité, les raisons sous-jacentes à l’accent mis sur ce résultat sont les mêmes que celles qui nous ont conduits à nous opposer au congrès national et qui font durer notre dissension. « L’exemple Vendola » n’est rien d’autre que la détermination à poursuivre le chemin du renforcement et de l’hégémonie, politique et culturelle du PRC et des mouvements sociaux par la voie interne de l’Union, à partir de « l’intérieur » des comptabilités et rigidités qu’offre cette alliance. Il s’agit d’une mutation profonde du schéma antérieur et qui faisait, au contraire, de la gauche alternative une hypothèse « externe » aux sujets du bipolarisme italien. Bref, pendant toute une phase, et en particulier celle ouverte par Gênes, Rifondazione n’a pas caché sa volonté de construire une troisième force. Un projet qui est en perte de vitesse, tandis que les forces accumulées par des années de travail acharné et d’isolement, mais aussi des années satisfaisantes du point de vue des relations avec les luttes sociales, seront maintenant livrées à un sujet supérieur, l’Union. Nichi n’est plus l’expression d’une alternative tant au centre-droite qu’au centre-gauche mais devient le visage possible et souhaitable du centre-gauche lui-même. Faire de lui un exemple futur de cette alliance c’est essayer de la mettre plus en syntonie avec les attentes de transformation. Il s’agit d’une illusion gigantesque dont les effets ne tarderont pas à pointer. Avec le faible score de Rifondazione aux élections régionales, ils se sont déjà manifestés. Est-ce qu’on peut vraiment penser que Vendola soit plus fort après un vote qui laisse Rifondazione à 5 % alors que les autres forces de l’alliance, plus modérées, totalisent 45 % ? Ou croyons-nous que le recours aux primaires pourrait combler cet écart ?

En réalité, la question des primaires risque aussi de générer une équivoque et une contradiction. Leur « sanctification », en effet, introduit une déformation de nos conceptions de la démocratie et sa relation intime avec le conflit. Les primaires ne soutiennent pas la comparaison avec les mécanismes de la démocratie des conseils et/ou participative parce que ceux-ci exigent la présence du conflit social et donc de l’auto-organisation, autour d’un objectif déclaré. Tandis que les primaires représentent plutôt une confirmation « ex post » de décisions déjà prises, une validation populaire (qui risque d’alimenter le populisme) qui ne contribue pas à développer la participation, tout comme elle ne l’a pas aidé aux États-Unis. Ainsi, le cas Vendola comporte une réalité fortement contradictoire : si, d’une part, il montre les grandes possibilités du PRC — perçu avec raison comme un parti « différent », antagoniste et anticapitaliste — en même temps il met en évidence le chemin par lequel les forces modérées de l’Union visent à absorber Rifondazione et à diluer à l’intérieur des responsabilités de gouvernement la force subversive de Nichi.

Le parti de la majorité

Le jugement négatif que nous avons exprimé au congrès de Rifondazione, confirmé par le résultat électoral, revient dans l’analyse à faire de la gestion interne et de la vie en commun proposée aux différents courants du parti. Sur ce terrain, le congrès a marqué une rupture évidente, avec l’approbation majoritaire du Statut et avec la définition d’un cadre organisationnel qui vide les instances de direction de la politique pour la transférer aux exécutifs formés selon l’esprit majoritaire. On peut dire que la majorité a transformé les 59 % de mandats obtenus — le pourcentage le plus bas obtenu par un secrétariat de parti actuel en Italie — en 95 % des charges du parti.

La rupture est fort négative parce qu’elle propose aux minorités un rôle de spectatrices au sein de leur propre parti. Sur l’impact négatif de ce passage, nous ne pouvons pas omettre de citer les mots de Rossana Rossanda tirés d’un long article paru dans le quotidien Il Manifesto (4) : « Comment peut-on soutenir que les résidus du stalinisme se liquident avec les mêmes arguments qu’utilisaient feu Staline et tous les PC du monde envers leurs oppositions ? Un parti doit pouvoir agir sans entraves, un parti n’est pas un cercle de discussion, nous n’avons pas de temps à perdre — les anciens du PCI connaissent cette ritournelle par cœur. Mais il est étonnant que Rina Gagliardi m’écrive ce que m’avait dit en son temps Armando Cossutta et ce qu’il ne me dirait peut-être plus ». Et encore : « Une majorité peut toujours décider même en présence d’organismes où toute la base du parti est représentée. Mais là où celle-ci n’est pas représentée, on ne peut pas se mesurer avec le parti qui n’est pas là. Il n’y a pas cent façons différentes de gouverner un collectif politique — par ailleurs plus isolé et par ailleurs plus en lutte — en permettant aussi aux autres, ceux qui se sentent mal à l’aise, de s’y retrouver, d’y adhérer sans soupçon. Gramsci avait raison en observant qu’un parti représente en petit un modèle de l’État en devenir ».

Les perspectives d’avenir

Malgré les jugements et avis négatifs exprimés jusqu’à maintenant — pensons aux discriminations vécues par plusieurs candidats minoritaires ou aux solutions organisationnelles à la gestion des fédérations locales, voire des cercles — la bataille pour un changement de cours et d’orientation du parti se poursuit. Et elle s’étoffe avec les épreuves à affronter qui nous attendent à l’horizon. Nous avons déjà vécu la première, celle des élections, qui à notre avis confirme nos positions. Dans l’avenir rapproché dans la vie du parti il y a au moins trois rendez-vous où les choix du Congrès doivent démontrer leur bien-fondé : la conférence des jeunes communistes, le congrès de la CGIL, les élections politiques (qui pourront être anticipées) et, en cas de victoire, l’épreuve, décisive, du gouvernement. Nous avons l’intention de nous engager à fond dans tous ces passages, ainsi que dans le passage et l’épreuve les plus importants : la poursuite de l’action dans les mouvements, en travaillant pour leur renforcement et leur autonomie.

Pour cela, la quatrième motion au congrès, « Une autre Rifondazione est possible », poursuivra son action au sein du parti — en assumant des responsabilités si l’esprit borné de la majorité ne lui fait pas obstacle — comme au sein du conflit social. Ce qui nous intéresse n’est pas l’autoproclamation d’un « parti dans le parti », la cristallisation d’une fraction qui entre en relation avec le reste du parti d’une façon séparée et conflictuelle. Ce qui nous intéresse est plutôt de dépasser les cristallisations actuelles, de produire un saut qualitatif dans le débat présent où s’affirment avec plus de force et substance le projet d’une Rifondazione anticapitaliste, autonome vis-à-vis de l’Union, carrément engagée dans l’action des mouvements et beaucoup plus démocratique et participative que celle que les choix au congrès ont montré.

Ainsi, nous allons travailler par objectifs, en visant des résultats, comme nous l’avons fait dans la manifestation très réussie du 19 mars contre la guerre, boycottée en pratique par la majorité du parti. Nous allons travailler par objectifs en cherchant à dépasser les obstacles du congrès et en nous concentrant sur les choses à faire, les résultats à atteindre. Dans la phase qui s’ouvre nous pouvons identifier au moins quatre priorités : gagner le référendum pour l’abrogation de la loi 40 sur la procréation médicalement assistée ; donner un nouveau souffle au mouvement contre la guerre pour imposer, en profitant de la fragilité du gouvernement, le retrait des troupes de l’Irak ; inaugurer une véritable « saison contre la précarité » qui culmine dans l’abrogation de la loi 30 sans pour autant retourner à la loi Treu (5) (pour cela il faut une initiative concrète sur le plan régional, vu le nombre de régions où Rifondazione sera une force dans les exécutifs). Par ailleurs, il faut entamer une réflexion avisée sur l’état du parti pour dépasser ses limites les plus évidentes et développer un enracinement, au moins partiel, en mesure de reconstruire la « connexion sentimentale » avec le peuple. Pour qu’il soit réel, ce lien nécessite des liens et des rapports directs, et pas uniquement par la voie des médias. C’est ce que vise l’assemblée de la Gauche critique qui aura lieu les 23 et 24 avril.

À ces ambitions se nouent celles des animateurs de notre revue, et le projet politique qu’elle sous-entend, d’une origine plus lointaine. Dans la croisée des chemins marqués par cette fin de cycle et des épreuves qui nous attendent, le moment est arrivé de mettre en jeu un peu de nous, de nous défaire des étiquettes idéologiques, voire caricaturales, et de nous mesurer à une subjectivité qui nous soutienne par son adhésion à une vision stratégique du changement et de la révolution sociale. Le moment est arrivé de réaliser un saut qualitatif ; par ailleurs notre adhésion à un projet internationaliste a toujours porté le marque de celui-ci. Réaliser un saut qualitatif est ce que nous nous proposons dans le parcours qui nous attend pour renforcer une gauche anticapitaliste, une gauche critique, une gauche communiste.

1. Le parti des Démocrates de gauche (DS), principal parti du centre-gauche en Italie, a été fondé par le courant majoritaire de l’ex-PCI, qui a décidé de rejoindre la social-démocratie. Marguerite est le nom d’un parti regroupant des courants issus de l’ex-Démocratie chrétienne. Ces deux partis forment l’ossature de l’alliance de centre-gauche nommée l’Olivier, dirigé par l’ex-premier ministre italien et ex-président de la Commission européenne, Romano Prodi. Le PRC a rejoint l’Olivier au sein d’une Union.
2. Jeu de mots sur Romano Prodi — dirigeant de l’Olivier et candidat de l’Union à la tête d’un futur gouvernement de centre-gauche — et Fausto Bertinotti — secrétaire général du PRC.
3. La prétendue « loi du pendule » décrit l’alternance entre les gouvernements de centre-gauche et de centre-droite.
4. On peut consulter la totalité de cet article (en italien) sur le site : www.erre.info
5. Il s’agit de la loi sur les contrats à terme promulguée par le gouvernement Prodi (centre-gauche).

VI-ème congrès du PRC

Le VI-ème congrès du Parti de la refondation communiste, qui s’est déroulé du 3 au 6 mars, a voté à une majorité de 59,17 % l’orientation proposée par le secrétaire général, Fausto Bertinotti, qui sanctionne l’intégration du PRC au sein de l’union du centre-gauche et sa disponibilité pour faire partie du futur gouvernement Prodi. Cette orientation était combattue par quatre courants minoritaires : le courant « Essere comunisti » (Être communiste) de Claudio Grassi, s’inspirant de la tradition de Palmiro Togliatti, qui a obtenu 26 % des voix ; le courant « Progetto comunista » (Projet communiste), animé par Franco Ferrando et Franco Grisolia, trotskiste dogmatique, qui a obtenu 6,5 % des voix ; le courant « Sinistra critica » (Gauche critique), animé par Flavia D’Angeli, S. Cannavò, Luigi Malabarba (chef du groupe du PRC au Sénat) et Franco Turigliatto, qui avait fait partie de la majorité lors du congrès précédent et qui a présenté cette fois-ci une motion alternative, « Une autre Rifondazione est possible », a obtenu également 6,5 % des voix ; et enfin « Falce e Martello » (Faucille et Marteau), lié au courant trotskiste international dirigé par le britannique Ted Grant, qui a obtenu 1,6 % des voix.

Tous les courants minoritaires — en tout 41 % des voix — se sont allié pour refuser les modifications du statut du parti proposées par Fausto Bertinotti. C’est donc avec les seules voix de la majorité que de profonds changements ont été introduits dans la constitution du parti, en particulier la mise en place d’un nouveau organisme — l’exécutif — qui de facto remplace la direction vidée de son contenu (sans le secrétariat national, sans les chefs des groupes parlementaires, etc.) et dont la composition ne tient pas compte de la représentation proportionnelle des minorités, mais est faite en fonction des tâches, donc avec une sur-représentation du courant majoritaire.

Lors de la première session du Comité politique national (le « parlement » du parti) toutes les oppositions ont voté contre la nouvelle direction et le nouvel exécutif mais des places leur ont été accordées en tant que « droit de tribune ». Ainsi, le courant « Sinistra critica » est représenté à la proportionnelle au sein de la direction nationale (par Salvatore Cannavò et Franco Turigliatto) et deux de ses membres ont été intégrés à l’exécutif : Luigi Malabarba (en tant que chef du groupe au Sénat) et Flavia D’Angeli (en tant que directrice du département « Précarité »).

Traduction : Maria Gatti (de l'italien)

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