Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 599-600 novembre-décembre 2013 *

ITALIE

Opposons-nous au gouvernement de l’austérité, reprenons en mains la CGIL !

Cf. aussi : [Italie]

Pour un syndicat démocratique et de classe. Appel signé pour le moment par 488 syndicalistes de la CGIL en vue du prochain congrès

Char de la CGIL à la Gay Pride de Rome en 2007. © Giovanni Dall'Orto.

Char de la CGIL à la Gay Pride de Rome en 2007. © Giovanni Dall'Orto.

Document *

La crise et vingt ans de politique néolibérale concrétisée par l’austérité et enracinée dans l’Europe de la finance et du grand capital ont considérablement aggravé les conditions de travail et de vie des travailleuses et des travailleurs. Au cours de ces années de crise, en utilisant le chômage de masse comme arme de chantage, les gouvernements successifs ont détruit les droits des salariés, réduit les salaires, le montant des retraites et mis à mal « l’État social ». Cela souvent avec la complicité de la CISL (Confederazione Italiana Sindacati Lavoratori) et de l’UIL (Unione Italiana del Lavoro) et aussi de la direction de la CGIL (Confederazione Generale Italiana del Lavoro) qui, avec une perte évidente d’autonomie face aux gouvernements soutenus par le Parti démocratique (PD), a été et reste incapable de freiner cette dérive.

Sur l'Itale

Pour cette raison, il faut aujourd’hui une autre CGIL. Une CGIL qui propose un modèle alternatif à celui de l’Union européenne (UE) de la troïka (FMI, BCE, UE) et des politiques de réductions budgétaires, un modèle qui s’oppose aux restructurations et aux fermetures d’entreprises, et qui ait le courage de proposer des politiques de nationalisation !

Le système des retraites a été massacré sous l’effet de nombreuses contre-réformes. La dernière, celle de Elsa Fornero (1) a, de fait, supprimé les pensions de vieillesse. Les trois confédérations syndicales, avec trois heures de grève, n’ont même pas essayé de s’y opposer.

Les diverses allocations sociales ont été réduites au statut d’aumône. Et toutes relations entre ces droits et ceux attribués au travail et à un revenu digne ont été détruites.

« L’État social » est désormais réduit à sa plus simple expression ; l’Education, le système de Santé et les services publics subissent des coupes toujours plus fortes.

Le salaire ne répond plus aux besoins normaux ; la pauvreté s’étend aussi parmi ceux et celles qui disposent d’un travail ; l’inégalité dans la distribution des profits et des salaires ne cesse de croître. Avec la suppression de l’échelle mobile des salaires, le salaire déterminé lors des négociations contractuelles nationales a perdu de sa substance face à l’inflation ; la négociation à l’échelle de l’entreprise (2) n’a en aucune mesure permis une redistribution des bénéfices. Le gel des rémunérations dans le secteur public, pour une durée de cinq ans, est le signe le plus éloquent de ce système.

La précarité s’est diffusée dans l’ensemble du monde du travail, et les droits ne sont plus qu’un souvenir du passé. La violation brutale de l’article 18 (3) de la part du gouvernement de Mario Monti (4) — à laquelle la direction de la CGIL ne s’est pas opposée comme elle s’y était engagée, perdant ainsi toute autonomie et acceptant, de fait, l’essentiel de l’orientation du PD — a profondément compromis les rapports de forces sur les lieux de travail.

Les conventions collectives à l’échelle nationale ont été démontées pièce par pièce, et la négociation contractuelle à l’échelle des entreprises finit par devenir un instrument dans les mains des patrons pour accentuer la flexibilité et accroître la durée du travail, pour diminuer le salaire, pour annuler les droits. En un mot pour accroître l’exploitation.

C’est cet objectif que sert l’accord entre la CGIL, la CISL, l’UIL et l’organisation du patronat Confindustria sur la représentativité (5). Il a ratifié la conception selon laquelle celui ou celle qui n’accepte pas un accord signé par les directions nationales est, de fait, exclu de toute activité syndicale reconnue. Il lie la représentativité syndicale à la renonciation au conflit. Il donne à l’entreprise de droit d’exiger l’application du contrat signé à l’échelle des confédérations par tous les représentants syndicaux. En synthèse, il accepte pleinement le « système Marchione » (6).

Qu’ont fait les confédérations syndicales pour défendre le monde du travail face à ces attaques ? La CISL et l’UIL sont devenus des complices attitrés du système patronal, changeant dès lors, quasi génétiquement, la nature syndicale de leurs organisations.

Mais qu’a fait la direction de la CGIL au cours des dernières années afin de marquer sa différence et de s’imposer sur le terrain des droits et de la démocratie ? Trop souvent, elle n’a pas fait assez. Et trop souvent, ce n’est pas qu’elle a perdu des batailles, mais elle ne les a même pas engagées, donnant par avance pour gagnant le gouvernement et le patronat avant d’essayer de leur résister, au nom d’une compatibilité avec le système face auquel ceux qui en ont payé un prix élevé ont toujours été les travailleurs et les travailleuses ainsi que les retraité·e·s.

Un tel syndicat ne sert à rien. Il est devenu une caste bureaucratique souvent utilisée comme instrument de soutien des partis et de projets politiques qui n’ont plus rien à voir avec les intérêts des travailleurs et des travailleuses, des retraité-e-s.

Et pourtant, plus que jamais, un syndicat est nécessaire ! Mais pour cela il faut que la CGIL change radicalement et vite !

Sans quoi, avec le gouvernement de large coalition, (7) de nouvelles contre-réformes anti-ouvrières et anti-populaires seront adoptées. Et le patrimoine historique représenté par la CGIL et ses fédérations sera dispersé faisant du syndicat — instrument fondamental de conflit, de démocratie et de défense des droits — une structure inutile, apte seulement à assurer quelques services.

Nous sommes des délégués, des retraités qui appartenons à diverses sensibilités s’exprimant au sein de la CGIL. Au cours de ces années, nous avons maintenu un désaccord et une opposition à la dérive du groupe dirigeant de la CGIL, qui a choisi de ne pas lutter contre les politiques européennes d’austérité et de reconstruire à tout prix l’unité avec la CISL et l’UIL et la concertation avec la Confindustria. Il n’est pas acceptable que dans le pire moment depuis des décennies, les travailleurs et travailleuses, les précaires, les chômeurs et chômeuses, les retraité·e·s soient représentés par la pire des directions syndicales. Face à tout cela, s’affirme le besoin de réagir et de ne pas se résigner.

Pour changer la CGIL il faut une nette rupture avec la politique de concertation et avec les coutumes de l’appareil bureaucratique. Il faut relancer le conflit et la lutte et construire les fondements pour une plateforme revendicative qui prend racine dans les urgences réelles du pays, c’est-à-dire dans les conditions de travail et de vie de millions de travailleurs et travailleuses, de retraité-e-s, de chômeurs et chômeuses.

Nos priorités sont la défense des droits, la démocratie, la participation des travailleurs et travailleuses et leur vote pour les plateformes, les accords et les conventions collectives, l’augmentation des salaires, la baisse de l’âge de la retraite, la réduction du temps de travail, la redistribution entre profits et salaires, la lutte contre la précarité, la reconquête des conventions collectives nationales et de l’art. 18 pour tous et toutes ainsi que la défense d’un État social public et participatif.

Le prochain congrès de la CGIL sera l’occasion de chercher à faire valoir ces priorités, en proposant une idée radicalement alternative de ce que la CGIL devrait être aujourd’hui, de ce que devrait être son fonctionnement et de ce que devraient être ses mots d’ordre.

Dans ce but, nous croyons qu’il est utile que les délégués, les inscrits décident de reprendre en mains la CGIL et remettent en question cette grande partie de la direction qui a pris la forme d’une caste bureaucratique.

Nous lançons un appel à tous ceux et à toutes celles qui n’acceptent pas la ligne de la CGIL afin qu’ils se mobilisent pour s’engager dans une voie, partant d’en bas, pour un changement et, dans cette perspective, produire un document alternatif pour le Congrès, un document qui soutienne la nécessité d’un tel tournant.  ■

* Nous reproduisons ici l’appel signé pour le moment par 488 syndicalistes de la CGIL en vue du prochain congrès, publié par le site web « Riprendiamoci la CGIL » : http://riprendiamocilacgil.wordpress.com/ (Traduit de l’italien par A l’Encontre.

Notes

1. Ministre du Travail et des Politiques sociales depuis novembre 2011. Sa contre-réforme a reporté l’âge donnant droit à la retraite à 66 ans et plus.

2. Sur la base du contrat de branche comme point de départ, la négociation au niveau de l’entreprise était une caractéristique décisive du système contractuel obtenu par les mobilisations dans les années 1970 et permettait, souvent, d’améliorer le contenu des accords nationaux.

3. Article du code du travail qui assurait la protection contre les licenciements.

4. Le gouvernement « de techniciens », soutenu par le Parti démocrate comme par Berlusconi, dirigé par Mario Monti (ancien commissaire européen) a duré de novembre 2011 à avril 2013 en appliquant une politique d’austérité dictée par la troïka (UE, BCE, FMI).

5. Voir l’article de Giorgio Cremaschi, ancien secrétaire général de la FIOM et animateur de l’opposition au sein de la CGIL, dans Inprecor n° 595/596 de juillet-août 2013.

6. On peut résumer le « dialogue social » dans la version de Sergio Marchione, dirigeant italo-canadien de Fiat-Chrysler, en une formule : « vous acceptez ou je ferme l’usine ».

7. Le gouvernement d’Enrico Letta, membre du Parti démocrate, est un gouvernement de large coalition, allant du PD au parti issu du berlusconisme représenté par le vice-premier ministre Angelino Alfano.

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