Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 655-656 septembre-octobre 2018

NICARAGUA

Il faut réinventer la gauche, pour affronter de toute urgence des défis nouveaux dans un contexte nouveau

Cf. aussi : [Nicaragua]

Juanónimo *

Préambules et introductions sont de trop. Peu importe qui je suis. Un parmi tous ceux qui ont le visage masqué. Je suis né au Nicaragua, au milieu de la guerre et de la révolution des années 1980. De ma mère, j’ai appris l’engagement avec le peuple et avec les valeurs du sandinisme. Et de mon père… il ne me reste qu’une photo : vêtu en milicien, il me portait dans ses bras, alors que j’étais un nouveau-né.

Je suis l’un de tous ceux et toutes celles qui ont dû se mettre un masque quand le gouvernement a enlevé le sien.

Ce qui me pousse – ou m’oblige, pour mieux le dire – à écrire ces lignes est un sentiment d’exaspération, encachimbamiento comme nous disons au Nicaragua, qui me vient de l’intérieur et qui est largement partagé.

Synthèse

Pour mieux nous comprendre, je dirai premièrement que le Nicaraguayen est d’un naturel affable et expressif, bien qu’il soit assez mesuré dans ses manifestations de colère ; comme si montrer publiquement son mécontentement était un signe de faiblesse. Nous disposons d’une échelle d’émotions plus étendue que d’habitude : quand dans le reste du monde quelqu’un est furieux, on dit ici qu’il est « très ennuyé » ; et dans cette échelle particulière, le degré supérieur porte un nom propre et authentique : encachimbamiento. Le dictateur Somoza a pu expérimenter dans sa chair l’envergure de ce phénomène et, avec de nombreuses ressemblances, 40 ans plus tard, la dictature bicéphale Ortega-Murillo est aussi en train de l’expérimenter.

L’encachimbamiento n’est pas une simple montée d’adrénaline ou une attaque de colère, c’est un processus chimico-social encore mal étudié par les politologues, évoluant graduellement. C’est un état de fermentation intérieur, fruit de contrariétés multiples et réitérées, de colères, de frustrations et d’humiliations contenues, dont la lente macération finit par réduire subitement les niveaux de peur et provoque des vapeurs hautement inflammables.

Cette exaspération, cet encachimbamiento a justement déclenché toute cette situation dans laquelle le Nicaragua est immergé depuis le 19 avril. C’est clair.

Mais à cause de tout cela, une autre colère a surgi chez moi, comme chez de nombreux camarades. Nous sommes « très ennuyé·e·s » avec la gauche internationaliste bien-pensante. Je dirais même que je suis « exaspéré »

Exaspéré par cette gauche préhistorique, qui par ses doutes, ses soupçons et ses silences se fait complice de la sanglante répression exercée contre un authentique mouvement d’insurrection civique. Une gauche qui, soit dit en passant, rate irrémédiablement le train de l’histoire, bien que ce soit un mal mineur… Pendant que leurs hiérarques sont en train de débattre sagement et de gloser dans leurs forums et dans leurs cercles de réflexion sur les « coups d’État mous », les « révolutions de couleur » et les thèses impérialistes de Gene Sharp (1), les sbires du régime Ortega-Murillo, enhardis et confirmés dans leur guerre sainte « révolutionnaire », partent fièrement en chasse pour poursuivre, séquestrer ou tuer les opposant·e·s (de préférence désarmés) qualifiés de « vandales », « délinquants » et « terroristes ».

Ces références idéologiques bien commodes pour transformer la protestation sociale légitime en conspiration putschiste de la CIA sont bien utiles pour que Ortega-Murillo puissent défendre leurs négoces et justifier leurs forfaits en se présentant comme des révolutionnaires intouchables, traqués par une horde de jeunes « vandales droitiers financés par l’impérialisme »… seulement parce que ces derniers tentent de faire la même chose qu’eux-mêmes ont faite, il y a 40 ans, quand ils étaient révolutionnaires : virer le dictateur ! Quelle ironie !

Et quel mépris ! Si les luttes du peuple ne se situent pas dans un cadre stratégique adéquat, au moment adéquat décidé et dirigé par eux, elles ne sont pas valables. Les luttes contre une dictature peuvent-elles être bonnes ou mauvaises selon que cette dictature est de droite ou se proclame de gauche ?

Nous sommes probablement des jeunes, incultes, sans bases théoriques et sans expérience de la vie, à courte vue : là où nous voyons une lutte de la démocratie contre l’autoritarisme, ils voient des raisons d’État, des conspirations à grande échelle et des batailles stratégiques pour préserver des espaces que la gauche ne peut pas perdre. Quelle malchance que notre lutte ressemble trop à ces fameuses « révolutions de couleur » pour pouvoir être homologuée par le sanhédrin des révolutionnaires !

Même ainsi, ces messieurs de la gauche bien-pensante (et je dis messieurs, parce qu’heureusement il n’y a quasiment pas de dames) nous excuseront de leur offrir ici quelques réflexions.

Premièrement, nous ne méconnaissons pas notre histoire. Une histoire marquée par la disgrâce d’être nés dans l’arrière-cour d’un empire avec tout ce que cela implique, et de plus pour le Nicaragua le fait d’avoir été le lieu désigné pour la construction d’un canal interocéanique qui, avant d’exister, nous avait déjà valu plus d’une guerre civile et de nombreuses invasions des marines yankees. Le Nicaragua s’est toujours trouvé au carrefour d’intérêts géopolitiques et stratégiques. Pour que dans un tel endroit quelque chose change, il ne suffit pas toujours que le peuple le décide… Il faut aussi en demander la permission plus haut.

Nous ne sommes pas ingénus. Nous savons que les gringos vont toujours tenter d’interférer, de faire avorter ou de récupérer les véritables processus de changements sociaux, si débutants ou suaves qu’ils puissent paraître.

Mais répondre à cette menace en traitant de putschiste toute initiative populaire non contrôlée et en massacrant son propre peuple au nom de principes révolutionnaire, ce n’est pas seulement immoral et inadmissible. C’est aussi totalement contre-productif, parce que, lorsque cela se produit, les gringos jouent le rôle des bons, apparaissent comme les uniques protecteurs de la démocratie et des droits humains et laissent à la gauche le rôle pénible de défendre les causes les moins présentables.

Au nom de quels principes et de quelle éthique peut donc se justifier la cruauté, la perversité avec laquelle on punit notre peuple ? Parce qu’il s’agit bien de cela : d’une punition exemplaire pour des ingrats, des révoltés, des récidivistes capricieux et pour avoir provoqué des troubles dans la propriété que Ortega-Murillo contrôlaient tranquillement.

Comment peut-on gouverner avec tant de haine ? Quel esprit déséquilibré a-t-il pu donner l’ordre de fermer les portes des hôpitaux à des jeunes en train de saigner ? Ou licencier les médecins pour le simple fait d’avoir soigné des manifestants blessés ? Ou donner de la nourriture empoisonnée aux étudiants présents sur les barrages ? Ou en venir à jeter de l’acide au visage des manifestants ? Ou faire assassiner les policiers qui n’ont pas voulu participer à ce massacre ? Ou payer une prime de 2 500 cordobas aux travailleurs de la mairie de Managua pour partir en chasse avec permission de tuer et de voler ? Et quand ils avaient terminé leurs travaux de « nettoyage », continuer à poursuivre, menacer, séquestrer et torturer. Pour ne mentionner que quelques faits absolument prouvés et irréfutables.

De quelle gauche parlons-nous, capable de commettre ou de couvrir de telles barbaries ?

Confondre cette dérive assassine et ce népotisme de république bananière avec un projet socialiste, sandiniste ou minimalement de gauche, le défendre, ou même feindre la neutralité, ce n’est pas seulement une erreur crasse, c’est une honte que l’histoire pardonnera difficilement.

Une chose est de reconnaître qu’aujourd’hui l’Empire a affiné ses méthodes avec des stratégies beaucoup plus difficiles à détecter et plus accordées à l’ère de la communication massive et manipulée dans laquelle nous vivons.

Synthèse

Une autre chose très différente, c’est d’appliquer mécaniquement cette analyse à n’importe quelle situation de protestation civile ou exempter de ses responsabilités n’importe quel régime, seulement par le fait que celui-ci s’autoproclame socialiste et révolutionnaire. Et au nom de ces sacro-saints principes notre peuple devrait supporter des atrocités et des horreurs que même Somoza n’a pas commises en si peu de temps

Ce serait un non-sens, une insulte à l’intelligence et surtout une attitude de profond mépris élitiste pour la lutte d’un peuple désarmé (jusqu’à quand ?), qui face à un abus persistant d’autorité perd la peur et descend dans la rue en recouvrant sa mémoire et sa dignité.

Un non-sens, premièrement parce que le régime Ortega-Murillo, de quelque point qu’on le regarde, n’est pas de gauche, bien qu’il s’acharne à déguiser son néo-libéralisme sous son verbiage pseudo-révolutionnaire empoisonné. Ce gouvernement n’a de gauche que le nom, arraché habilement à un parti que ses chefs ont vidé de toute substance et ont transformé en une machine électorale et répressive au service de leurs intérêts politiques et économiques.

Pire, le gouvernement Ortega-Murillo est probablement le meilleur élève du FMI dans la région.

Que dirait Sandino, qui a commencé sa lutte contre les compagnies minières installées au Nicaragua, s’il savait que le gouvernement qui aujourd’hui usurpe son nom a vendu la plus grande partie du sous-sol du pays à de grandes multinationales extractivistes ? Sans parler de la vente d’une concession pour construire le canal interocéanique à une trouble entreprise chinoise, en arrachant arbitrairement leurs terres aux paysans sans même les consulter ou au moins tenter de les convaincre.

Où sont les politiques de gauche d’un personnage capable d’ourdir n’importe quelle combine afin de se perpétuer au pouvoir, lui, son épouse et sa ribambelle de fils et de filles, chacun·e à la direction d’entreprises, de commerces, de concessions, de chaînes de télé, etc. ?

Comment peut-on continuer à voir dans la figure d’Ortega une référence de gauche après qu’ont été amplement prouvés les abus sexuels commis durant des années contre sa belle-fille Zoilamérica, alors que celle-ci était mineure ?

Où est la référence de gauche d’un personnage capable de pactiser avec l’Église catholique pour promulguer une loi médiévale pénalisant l’avortement, même thérapeutique (c’est-à-dire empêchant les médecins d’intervenir pour sauver la vie d’une mère si cela implique un risque pour le fœtus) ?

Pourtant, même avec tant d’indulgence et tant de pactes, l’affaire a mal tourné. Après avoir gambadé durant 11 ans avec le grand capital, l’Eglise et y compris les États-Unis, Daniel Ortega s’est senti subitement trahi et en est venu à rafraîchir cyniquement son artillerie « révolutionnaire » : du jour au lendemain, l’entreprise privée s’est transformée en putschiste, l’Église en secte satanique et la jeunesse – « trésor divin » de la patrie, à laquelle il se référait dans ses discours – en une horde de vandales, terroristes et criminels à la solde de l’impérialisme.

Arrivé à ce point critique, ce dont a le plus besoin Daniel Ortega, c’est de ne pas perdre son étiquette de gauche, de continuer à vendre le conte qu’il représente, de garder son parfum d’anti-impérialisme et, de cette manière, réaffirmer que tous les opposants au régime ne sont rien d’autre qu’un ramassis de somozistes, de libéraux et de pro-impérialistes.

Cela n’est aucunement contradictoire, néanmoins, que de reconnaître que dans des situations comme celle-ci les premiers à en tirer profit sont ceux qui sont toujours les mieux préparés et qui ont le plus de ressources et d’expériences : la droite appuyée par les USA et ses multiples opérateurs.

Il est clair que les gringos sont toujours prêts à pêcher, surtout en eaux troubles et reconduire les processus sociaux sur des terrains qu’ils contrôlent. Mais alors, que faisons-nous ? Devons-nous nous résigner ? Jeter l’éponge ? Ou continuons-nous seuls dans cette lutte ?

Le fait est que, face à l’incapacité de la gauche pour accompagner et orienter les processus authentiques de changement, il s’avère plus facile et plus commode de les condamner et de les réprimer.

Mais ne nous trompons pas. Si les États-Unis n’ont pas fomenté un coup d’État plus déterminé contre ce gouvernement, ce n’est pas par manque de moyens ou d’idées, mais parce que, d’une certaine manière, ce dernier continue à servir leurs intérêts dans la région. Et parce que les gringos, tout comme la droite, sont plus ennuyés par une révolte populaire qu’ils ne contrôlent pas que par une tyrannie avec laquelle ils peuvent négocier. Daniel Ortega le sait bien et il en a profité pour lancer la menace que sans lui la région sombrerait dans un chaos incontrôlable.

Et face à tout cela que pense la gauche bien-pensante ?

Il est certain que les intérêts créés n’admettent pas trop de raisonnements. De plus, de nombreux hiérarques ne sont pas prêts à risquer la mise en doute de leur CV anti-impérialiste s’ils retiraient leur appui à un vieux compagnon de route. Dans le meilleur des cas, ils peuvent en arriver à conclure que Daniel Ortega s’est trompé, qu’il a un peu perdu la main ou même que cela est arrivé parce qu’il a laissé sa femme Rosario s’ingérer dans des affaires qui ne la regardaient pas.

Mais en fin de compte, l’impérialisme se trouvant là au milieu, ils finissent invariablement par penser que « la fin justifie les moyens » et que par conséquent « ce n’est pas le moment d’entrer dans des débats qui affaiblissent le camp progressiste en Amérique latine ». Raison suffisante selon eux, pour que le Nicaragua continue d’être immolé au nom de l’ALBA ! Et, selon cette logique, sûrement à voix basse, plus d’un d’entre eux dira de Daniel la même chose que disaient les gringos de leur allié, le dictateur Somoza, pour justifier les actes sanglants de ce dernier : « C’est un fils de pute, mais c’est notre fils de pute ». Pour continuer à argumenter que « ce qui vient après Daniel peut être risqué ». Effectivement, dans ce pays si soumis à des intérêts étrangers, tout changement est un risque, mais s’accrocher à la poutre pourrie de peur que tout l’étage s’effondre ne paraît pas l’option la plus intelligente.

Face à une opposition idéologiquement dispersée, dont le seul projet commun est d’exiger le départ de Ortega-Murillo, ne serait-il pas beaucoup plus conséquent, selon une perspective de gauche, d’accompagner solidairement ces jeunes qui se reconnaissent dans les idéaux de Sandino et d’appuyer ces mouvements populaires authentiques pour qu’ils ne restent pas seuls et que leurs causes ne se voient pas récupérées par des intérêts étrangers ?

Il faut le crier, même si c’est dans le désert : on peut lutter pour renverser ce gouvernement corrompu en étant de gauche, en étant sandiniste et en condamnant l’impérialisme. On doit lutter pour renverser ce dictateur, justement pour pouvoir revendiquer et sauver, la tête haute, ces valeurs de gauche bafouées.

Pour que nos parents, qui ont sacrifié le meilleur de leurs vies (et de notre enfance) pour une cause si générale ne sentent pas qu’ils ont lutté en vain, ni ne pensent que ces sanglantes et démentielles dérives ont quelque chose à voir avec les idéaux auxquels ils ont cru. Ils ne sont pas coupables que des psychopathes assassins déguisés en révolutionnaires les fassent arriver dans la tombe avec cette charge de culpabilité injustifiée.

Qu’aura ce pays pour être si marqué par l’histoire ? Il y a 40 ans, il incomba à nos parents de renverser une dictature. Maintenant, c’est à nous. Sans armes, quasi sans appuis, entourés d’incompréhension, quasi sans moyen et quasi sans temps pour penser et nous organiser.

Messieurs les hiérarques de la gauche bien-pensante, si vous aimez tant Daniel Ortega comme référence et comme compagnon de route, gardez-le ! Mais par respect envers tous ceux qui ont sacrifié leurs vies et continuent à les sacrifier pour des rêves, pour des idéaux et non pour des intérêts mesquins, s’il vous plaît, cessez de nous gêner, traversez le trottoir et changez de nom. Il faut réinventer la gauche, l’internationalisme. Cesser de chipoter et descendez dans la rue. Parce que, contrairement à ce que vous pensez, c’est au niveau des pavés qu’on voit le mieux l’horizon.

Synthèse

Au lieu de continuer à déformer la réalité pour la faire cadrer dans vos théories obsolètes, au lieu de défendre l’indéfendable, tentez au moins de trouver un petit trou dans vos spéculations pour justifier qu’une poignée de gens exaspérés, sans armes, sans ressources, sans contacts avec la CIA, ont le droit d’exister, de s’exprimer et de lutter pour leurs droits et pour leurs idéaux de gauche.

Messieurs les hiérarques : non seulement nous ne réussissons pas à nous reconnaître dans les pratiques de cette gauche que vous représentez, mais à ce stade nous nous affirmons orphelins de celle-ci !

La gauche est confrontée de toute urgence à des défis nouveaux dans un contexte nouveau face auquel nous n’avons pas de questions ni de réponses claires et encore moins de certitudes ou de théories. Il y a des choses que nous ne réussissons pas à comprendre. Mais il y a quelque chose de pire que de ne pas comprendre : être convaincu que l’on comprend et recourir à des réponses inadéquates. Mais en tout cas, il existe des principes auxquels il faut s’accrocher : l’éthique et l’humanisme sans lesquels il n’y a pas de gauche possible.

À une autre époque, un prophétique et lucide dissident communiste disait : « Le vieux monde se meurt. Le nouveau tarde à paraître. Et dans ce clair-obscur surgissent les monstres » (2).

Pourvu que la gauche ne continue pas à se faire complice de ceux-ci…

Nicaragua, juillet 2018

* Cet article a été publié d’abord par Nicaragua investiga, une plateforme numérique qui se concentre sur des recherches approfondies, des analyses, des opinions et des histoires, cherchant toujours à voir la réalité sous tous les angles – un journalisme non conformiste (http://nicaraguainvestiga.com/huerfanos-de-la-izquierda/). (Traduit du castillan – Nicaragua – par Hans-Peter Renk).

Notes

1. Gene Sharp (1928-2018) est un politologue étatsunien, auteur d’ouvrages sur la lutte non-violente. Les milieux de la gauche « campiste » l’ont accusé d’être un instrument de la politique des États-Unis.

2. Antonio Gramsci, les Cahiers de prison, Cahiers 3, Gallimard, Paris 1983.

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