Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 594 juin 2013 *

SLOVÉNIE

Opposition aux attaques contre la démocratie directe

Cf. aussi : [Slovenie]

Marko Kržan

Entretien avec Marko Kržan, militant de la Workers & Punks’ University de Ljubljana

Onze organisations, dont les deux syndicats les plus importants — l’Association des syndicats libres de Slovénie (ZSSS) et le Syndicat de l'éducation, de la science et de la culture de Slovénie (SVIZ) —, se sont réunies le lundi 19 avril 2013 dans la salle de conférence du ZSSS et ont discuté durant une demi-journée des principaux problèmes de l’actualité politique. L’intention du gouvernement de modifier la Constitution pour empêcher le recours au référendum — qui à plusieurs reprises a bloqué les contre-réformes, dont celle visant à augmenter l’âge de départ à la retraite — a été au centre des débats.

Nous avons posé quelques questions à ce sujet à Marko Kržan, militant de la Workers & Punks’ University de Ljubljana (un mouvement social et une université parallèle autogérée), un des organisateurs de la rencontre.

Synthèse actualisée Inprecor

Lucien Perpette : Peux-tu expliquer ce qui a motivé onze organisations à organiser une réunion commune ?

Marko Kržan : Nos organisations sont toutes opposées à la manière dont le pays a été dirigé au cours des dernières années, en particulier depuis le début de la crise. Nous sommes opposés aux mesures néolibérales qui vont développer les inégalités sociales et remettre en cause les acquis — économiques, sociaux et intellectuels — qui pourraient être les fondements du développement futur. Je pense en particulier au système de santé, au dialogue social et aux entreprises d’État, en particulier les banques.

Lucien Perpette : Parmi les onze organisations qui participent à votre projet, il y a des syndicats et des organisations non gouvernementales. Pourquoi celles-ci et pas d’autres ?

Marko Kržan : Il s’agit d’une coalition ad hoc qui, si tout va bien, se transformera en une association plus forte. Les ONG participent à cette initiative car les syndicats ne peuvent plus représenter toutes les catégories des travailleurs du fait que les rapports de travail sont devenus très fragmentés et hétérogènes.

Lucien Perpette : La Slovénie est connue pour l’usage fréquent de référendums. Peux-tu présenter l’histoire et les raisons de cette pratique ?

Marko Kržan : Selon la Constitution slovène, le pouvoir de l’État appartient au peuple. Le peuple peut déléguer à ses représentants parlementaires ou il peut décider directement. Le référendum est le principal mécanisme institutionnel du droit du peuple à la démocratie directe. Mais en Slovénie les référendums ne sont pas aussi fréquents que, par exemple, en Suisse. Nous avions eu cependant plusieurs référendums sur diverses questions, à commencer par celles concernant les entreprises d’État (tels les grands investissements, le type de propriété), certaines décisions de politique étrangère (adhésion à l’UE et l’OTAN, l’aménagement des frontières avec la Croatie voisine), certains sujets concernant les minorités sociales (homosexuels, citoyens étrangers) et finalement les questions socio-économiques comme la réforme du marché du travail ou la réforme du système des retraites.

Lucien Perpette : Les adversaires des référendums arguent que leur fréquence est un obstacle au bon fonctionnement de la société. Que répondez vous ?

Marko Kržan : Il y a deux types de critiques. Le premier est légitime : des référendums ont été employés dans certaines cas visant les minorités sociales. Bien que la loi sur le référendum stipule que les sujets qui pourraient violer les droits constitutionnels ou les droits humains ne peuvent être soumis au référendum, elle n’a malheureusement pas été toujours respectée. Un autre type de critique est très différent. Il proclame que les référendums servent à bloquer les réformes « nécessaires ». Par « réformes nécessaires » ces critiques entendent les mesures d’austérité néolibérales. C’est le motif actuel des tentatives de modifier la Constitution. Très clairement, la classe politique ne cherche pas à renforcer les intérêts de la majorité de la population, mais elle est impliquée dans une politique visant à défendre ses propres privilèges ainsi que les politiques néolibérales de l’Union européenne.

Lucien Perpette : Comment les onze organisations de la rencontre réagiront-elles si le gouvernement supprime simplement — ou neutralise — la pratique du référendum en Slovénie ?

Marko Kržan : Nous n’avons pas encore pris de décisions, même s’il semble que les modifications auront lieu bientôt, peut-être dès le mois de mai. Nous avons les mains liées. La Constitution prévoit que l’acte de sa modification peut être soumis à un référendum, mais c’est aux parlementaires de décider s’ils veulent confier cette décision aux citoyens. Autrement dit, le référendum sur cette question n’est pas obligatoire et nous — les citoyens — ne pouvons pas initier un tel référendum, contrairement aux référendums habituels. Un tel référendum, pour être réalisé, doit être exigé par au moins un tiers de parlementaires. J’ai le sentiment qu’ils n’auront pas le courage ni la conscience pour laisser le peuple décider.

Je suppose donc que nous devrons subir un nouveau règlement concernant l’organisation des référendums, un règlement qui limitera sévèrement le droit des citoyens de décider. Mais cela pourrait ouvrir les yeux de la population et leur permettre de voir qu’avec les partis politiques dominants aucun changement positif n’est possible et, ce qui est plus important, démasquer leur politique néolibérale et provincialiste. ■

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