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Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale

 

N° 666-667 août-octobre 2019

AFGHANISTAN ET ÉTATS-UNIS

Les États-Unis doivent se retirer d’Afghanistan

Cf. aussi : [Afghanistan]

Farooq Sulehria*

Embourbé, Trump négocie directement avec les talibans le retrait des 14.000 soldats étatsuniens. Les fondamentalistes contrôle près de la moitié du pays. Un nouvel échec pour l’impérialisme étatsunien après celui de la guerre du Vietnam et l'enlisement qui a créé le chaos en Irak.

Trump le 28 novembre en Afghanistan (© Official White House Shealah Craighead)

Trump le 28 novembre en Afghanistan (© Official White House Shealah Craighead)

Contexte En avril, Ashraf Ghani a été réélu président. Le gouvernement, corrompu, ne contrôle que 65 % des Afghans et dépend de la présence militaire étatsunienne. Depuis 2001, les Etats-Unis ont dépensé 133 milliards de dollars pour des programmes de reconstruction, d'aides et de formation de forces de sécurité. Un montant supérieur au plan Marshall.

Le 14 février 2019, Adil Ahmed Dar, un kamikaze originaire du Cachemire, a percuté un convoi militaire indien dans le district de Pulwama, dans la vallée du Cachemire avec son camion chargé d’explosifs. L’attaque a déclenché des escarmouches entre l’Inde et le Pakistan. C’est l’attaque la plus meurtrière depuis 1989 contre les forces indiennes, faisant plus de quarante morts. Le kamikaze a été inspiré par la victoire des Talibans sur les États-Unis en Afghanistan. C’est le kamikaze lui-même qui revendique cette « inspiration » dans un message vidéo préenregistré et publié par le groupe Jaish-e-Muhammad peu de temps après cet attentat suicide.

Synthèse

Des attentats comme celui-ci hantaient les observateurs des négociations maintenant bloquées entre les États-Unis et les Talibans. Un retrait des États-Unis ne va-t-il pas déclencher une nouvelle vague de terreur fondamentaliste enhardie par une victoire contre les États-Unis, comme ce fut le cas après le retrait soviétique de l’Afghanistan ? Plus important encore, l’Afghanistan ne plongera-t-il pas dans une nouvelle spirale de guerre civile une fois que les forces étatsuniennes se seront retirées ?

Les pourparlers ont pris fin brusquement le 8 septembre lorsque le président Trump, dans une série de tweets, a saboté le processus après « une attaque à Kaboul qui a tué l’un de nos très grands soldats ». Des milliers d’Afghans tués au cours de neuf rounds de négociations entre les Talibans et les États-Unis ne méritaient aucun tweet.

Juste avant les tweets de Trump du 8 septembre, les médias annonçaient un « accord » entre Washington et les Talibans. Les détails de cet « accord » ont été tenus secrets même au gouvernement afghan, qui a en fait été mis à l’écart du processus de négociation par le représentant étatsunien Zalmay Khalilzad. Si l’on se fie aux fuites dans les médias, l’entente mort-née aurait permis aux États-Unis de se retirer sans que les Talibans acceptent un cessez-le-feu. Cependant, les Talibans n’attaqueraient pas les troupes qui partaient. En termes simples : les États-Unis abandonnaient l’Afghanistan à une guerre civile sanglante.

Si ce qui a ainsi fui dans les médias est exact, le « deal » conclu par Khalilzad incarnait un opportunisme de tout premier ordre. Dans les commentaires des médias, il y a eu un soupir de soulagement après les tweets de Trump qui ont fait dérailler le « contrat ». Parce que même un optimiste peut penser qu’un retrait des États-Unis perpétuerait et aggraverait l’effusion de sang en Afghanistan.

Cependant, la fin de l’occupation américaine de l’Afghanistan serait une étape bienvenue. On peut avancer que cela créera les conditions nécessaires pour un retour à la paix dans le pays. Un bilan des mésaventures étatsuniennes fournira le contexte nécessaire.

11 septembre 2001, le moment zéro

La guerre américaine qui a duré dix-sept ans en Afghanistan a coûté, selon le président Trump lui-même, plus de 2 000 milliards de dollars. Chaque année, cette guerre coûte 45 milliards de dollars. Cependant, les coûts économiques sont minimes face au bilan humain. Plus de 35 000 civils afghans ont été tués – depuis seulement 2011 – en plus des 2 400 membres des forces armées étatsuniennes tués depuis le 11 septembre 2001. Le gouvernement afghan cache les chiffres exacts concernant le nombre de morts des forces de sécurité afghanes, mais l’institut Watson de l’université Brown estime à 58 000 le nombre de morts. Enfin, au moins 42 000 « insurgés » ont également été tués dans des affrontements avec les forces de sécurité.

Tout se passe comme si l’histoire de l’Afghanistan avait commencé avec le 11 septembre 2001. L’effacement de ce qui s’est passé avant le 11 septembre masque l’hypocrisie de l’occupation américaine. S’il est fréquent de trouver une référence passagère au régime du « communisme brutal » soutenu par Moscou (1979-1992), toute référence au règne de la terreur (1993-1997) déchaînée par les Moudjahidines pour déloger militairement les « communistes » est opportunément écartée. Pourtant, le régime moudjahidine a été la phase la plus horrible du conflit afghan qui a commencé en 1978.

À partir du moment où les troupes soviétiques ont traversé le pont enjambant le fleuve Amou-Daria en 1989, le régime dirigé par le Parti démocratique du peuple afghan (PDPA) s’est rapidement désagrégé. Durant les quatre années qui ont suivi, de 1992 à 1997, diverses factions de moudjahidines ont réduit l’Afghanistan à la ruine dans le but de prendre Kaboul. Au cours de ce processus, d’innombrables personnes sont mortes, des femmes ont été violées, des adolescents ont été kidnappés et abusés. L’Afghanistan est devenu le fief de seigneurs de guerre brutaux. Certains d’entre eux ont été réhabilités par l’occupation étatsunienne.

Synthèse

Les principales factions à l’origine de cette guerre civile ont été l’Alliance du Nord, dirigée par Ahmed Chah Massoud, et Hezb-e-Islami, dirigé par Gulbuddin Hekmatyar. Tandis que Massoud, ethniquement Tadjik, était parrainé par l’Inde et la Turquie, Hekmatyar était un mandataire du Pakistan. Les deux factions et leurs dirigeants étaient fondamentalistes, brutaux et machistes. Contrairement à une vision stéréotypée de l’Afghanistan selon laquelle c’est le régime des Talibans qui a fait de l’Afghanistan une prison pour les femmes, les factions moudjahidines avaient déjà renvoyé les femmes afghanes à l’âge de pierre bien avant que le mouvement des Talibans naisse de manière organisée.

En fait, les Talibans ont d’abord attiré l’attention favorable de la population en sauvant un adolescent des mains d’un seigneur de guerre local. La brutalité de la période des Moudjahidines était telle que des pans de la société afghane ont bien accueilli, mais passivement, la prise de contrôle par les Talibans. Au moins, soutenaient-ils, les Talibans n’étaient pas des pillards, des violeurs ou des kidnappeurs. Cependant, les Talibans ne seraient pas parvenus à Kaboul sans le soutien du Pakistan. Après avoir réalisé que Hekmatyar ne pouvait pas contrarier Massoud, Islamabad a parié sur le fondateur des Talibans, le mollah Omar.

Ce bref rappel sur les années précédant les Talibans est nécessaire pour comprendre que les Moudjahidines symbolisaient la terreur, le viol, le fondamentalisme et le pillage, alors que les Talibans, en comparaison, étaient perçus comme un moindre mal par les Afghans. Après le 11 septembre 2001, les Moudjahidines discrédités et détestés ont été réhabilités, réarmés et redéployés en tant que volet politique de l’occupation étatsunienne. Il ne fait aucun doute que quelques moudjahidines ont eu la barbe rasée… pour une belle image dans les médias occidentaux. Il n’est guère surprenant que Hekmatyar soit l’un des candidats à la présidence aux élections législatives du 28 septembre. La façade politique érigée par l’occupation américaine était impopulaire, non représentative et isolée dès le début. Il ne pouvait en être autrement. Les occupants installent des régimes fantoches afin de se consolider.

Échec des efforts de reconstruction

Alors que les Moudjahidines détestés offraient une façade politique à l’occupation étatsunienne, un effort de reconstruction mené par des ONG a transformé l’Afghanistan en un laboratoire néolibéral.

De 2002 à 2013, la communauté internationale s’est engagée à verser 90 milliards de dollars pour la reconstruction (69 milliards seulement ont finalement été engagés et 57 milliards effectivement déboursés). Mais à l’intérieur de l’Afghanistan, il y a peu de traces d’un développement à 57 milliards de dollars.

Ce n’est pas que rien ne s’est passé. En tant que visiteur régulier en Afghanistan, l’auteur a constaté des améliorations considérables dans certains secteurs. Par exemple, 4 000 kilomètres de routes asphaltées ont été construits. L’enseignement primaire, en particulier, constitue un pas en avant. Outre sept millions d’enfants scolarisés, l’aide financière a permis de construire 3 500 écoles. Environ 30 % de l’Afghanistan a été électrifié. Aujourd’hui, 85 % de la population a accès à des établissements de santé de base.

Toutefois, l’Afghanistan reste l’un des pays les plus pauvres du monde et son niveau de vie est extrêmement bas. L’offre de reconstruction a largement échoué. C’est ce qui se passe à Kaboul, principal bénéficiaire de l’aide au développement. Environ 3 milliards de dollars ont été dépensés, mais la plupart des rues restent non pavées, tandis que l’eau potable est rare. La situation critique des hôpitaux, des écoles et des services sociaux nécessiterait une histoire distincte de la longueur d’un livre. Qu’est-ce qui mal tourné dans la reconstruction ?

L’échec des plans de développement afghans est souvent imputé à la corruption. Ce discours a été créé lorsque, en 2010, Transparency International a déclaré que l’Afghanistan était le deuxième pays le plus corrompu au monde. La corruption est sans aucun doute un problème. Cependant, c’est le modèle de développement défectueux (qui facilite également la corruption) qui a engendré cet échec. Le modèle consistait à faire reconstruire l’Afghanistan par les ONG plutôt que par l’État. Ce n’est pas unique dans la mesure où l’aide au développement atteint de plus en plus les pays du Sud par l’intermédiaire des ONG. Mais l’Afghanistan a été vu comme une « table rase » et a été converti en un laboratoire d’expérimentation néolibérale d’ONG. L’excuse qui sous-tend la canalisation de l’aide au développement par le biais des ONG est que les établissements et institutions publiques sont corrompues, donc inefficaces.

Pour compenser la corruption présumée de la bureaucratie afghane, l’aide a été transférée à des ONG, qui se sont multipliées du jour au lendemain. Beaucoup sont arrivées presque à bord des B-52 américains. Entre 2002 et 2010, plus de 82 % de l’aide au développement a contourné le gouvernement et l’État afghan et a fini chez les ONG. Sans surprise, les ONG se sont révélées plusieurs fois plus corrompues que les bureaucrates et les politiciens afghans. À partir de 2009-2010, l’assistance étrangère a basculé en faveur de l’État afghan.

Mais la corruption et le manque de responsabilité ne sont pas les seuls problèmes du secteur des ONG. D’un côté, les ministères se sont vus refuser la possibilité d’apprendre et d’administrer des projets de développement, de l’autre, les ressources ont été abondamment gaspillées. Par exemple, certains projets ont été sous-traités cinq fois et chaque sous-traitant a réalisé un bénéfice de 5 % à 10 %. En outre, l’État n’ayant pas participé à la planification ni à la réalisation du bilan général du développement, certains secteurs ont mobilisé d’énormes ressources tandis que d’autres ont été gravement ignorés.

Le développement piloté par les ONG n’explique cependant que partiellement ce méga-échec. La militarisation de l’aide était un autre facteur important. 50 % de l’aide a été dépensée au nom de la sécurité (le Département de la Défense des États-Unis s’est approprié plus de la moitié de l’aide), et la militarisation de l’aide signifiait également que la hiérarchisation des projets n’était pas fondée sur les besoins, mais sur les domaines que les militaires ont jugés importants pour que les États-Unis gagnent un soutien populaire.

Synthèse

Mais les occupations n’ont pas pour but le développement. On ne peut pas prétendre qu’un modèle politique différent, associé à un effort de reconstruction efficace, aurait donné des résultats différents, parce que, de toute façon, l’occupant devait soumettre l’Afghanistan à ses propres intérêts, au détriment des Afghans. Et il ne pouvait en être autrement. Et la révolte afghane était inhérente à l’occupation. Néanmoins l’incapacité des États-Unis à consolider l’occupation n’implique pas une victoire automatique des Talibans en cas de retrait des forces armées étatsuniennes, comme le suggèrent de nombreux commentateurs libéraux dans les médias.

Les Talibans ne peuvent pas gagner

En 1997, des conditions objectives favorisaient la prise de Kaboul par les Talibans parrainés par le Pakistan. On peut soutenir que, désintéressé, Washington a bien vu l’arrivée des Talibans dans la capitale. Pour citer le New York Times, « le Département d’État a présenté les Talibans comme étant le groupe qui pourrait enfin fournir la stabilité ». Jon Holtzman, un diplomate étatsunien, a été invité à Kaboul. Le voyage a été annulé à la suite d’une agitation sur les droits des femmes dans les médias. Une aide de 125 millions de dollars a néanmoins été accordée (le plus important programme d’aide étrangère reçu par les Talibans).

Le Département d’État a entretenu une correspondance secrète avec le régime des Talibans. À l’époque, les médias débordaient de rumeurs concernant le soutien des Talibans par les États-Unis. Contrairement à l’image anti-américaine que les Talibans ont cultivée par la suite, ils étaient plutôt à l’aise avec « l’infidèle » oncle Sam. La raison du soutien des États-Unis aux Talibans n’était pas simplement le projet de gazoduc par Unocal, dont on a beaucoup parlé. La rumeur disait que l’administration Clinton avait l’Iran à l’esprit en souhaitant la bienvenue aux Talibans. Que ces rumeurs soient vraies ou non, Riyad, le second parrain des Talibans, voulait absolument contrôler l’Iran par le biais des Talibans farouchement anti-chiites.

Les troubles en Russie et dans les républiques d’Asie centrale ont été tout aussi importants. À la suite de la dissolution de l’Union soviétique, les nouveaux régimes en Russie et dans les républiques d’Asie centrale avaient du mal à se consolider. Plus important encore, les Afghans avaient désespérément besoin de la paix après des années de luttes intestines brutales entre les bandes de moudjahidines. Espérant en dépit de tout, au moins une partie des Afghans (conditionnée par l’origine ethnique) ont placé leurs espoirs dans les Talibans, même si cela impliquait de sacrifier les libertés civiques.

Actuellement, les chances vont obstinément à l’encontre des Talibans. La famille royale saoudienne, dont un membre a été personnellement humilié par le mollah Omar à propos de l’expulsion d’Oussama Ben Laden, trouverait imprudent de contrarier Washington en patronnant les Talibans. Les régimes des républiques d’Asie centrale et de Russie, qui ont régulièrement affaire au militantisme confessionnel, ne resteraient pas inactifs face à la prise de contrôle de Kaboul par les Talibans (des pourparlers ont eu lieu à Moscou entre les Talibans et l’opposition afghane en février dernier).

La Chine (1), confrontée à la dissidence des Ouïghours, a publiquement exprimé sa désapprobation des Talibans. Plus important encore, une grande majorité d’Afghans, en particulier les non-Pachtounes qui constituent près de 55 % de la population et qui ont vécu le cauchemar des Talibans, ne sont pas prêts à le vivre une fois de plus. Par conséquent, la marche des Talibans sur Kaboul pourrait ne pas être combattue uniquement par les États-Unis, l’Iran, l’Inde, la Chine, les républiques d’Asie centrale et la Russie, mais également par la plupart des Afghans.

Cependant, malgré l’absence d’une base sociale de masse, les Talibans ont l’avantage de pouvoir compter sur un nombre incalculable de fanatiques prêts à exploser dans les rues afghanes, en route pour le paradis. Cela implique que l’effusion de sang ne se terminera pas malgré le retrait des États-Unis. En outre, certaines factions Talibanes pourraient ne pas accepter le règlement final avec l’administration Trump. La guerre, après tout, constitue également un commerce de drogue lucratif et une économie florissante pour les commandants Talibans. Néanmoins, il existe de solides arguments en faveur du retrait des États-Unis.

Les arguments en faveur du retrait des États-Unis

« L’accord » entre les États-Unis et les Talibans annoncé par Khalilzad la dernière semaine d’août n’était pas seulement opportuniste, il était aussi tellement risqué que même Mike Pompeo était réticent à le signer. On espère que tout futur « accord » sera conditionné par un cessez-le-feu. Cependant, bien qu’elle puisse être qualifiée de nombreuses manières, la priorité urgente reste le retrait des États-Unis.

Premièrement, dix-huit années d’occupation américaine n’ont fait que compliquer, intensifier et prolonger le conflit. Ce bilan est en soi le principal argument en faveur du retrait des États-Unis. Au cours de cette période, les Talibans n’ont pas simplement repris le contrôle de parties considérables de l’Afghanistan, ils ont également étendu leur pouvoir au Pakistan par l’intermédiaire de leurs cousins pakistanais. Il convient de noter que depuis le Vietnam, il a été établi que les pays impérialistes les plus puissants peuvent détruire un pays du Sud, mais ne peuvent pas l’occuper à la manière coloniale.

Deuxièmement, un retrait des États-Unis privera les Talibans de leur rôle en tant que « force de la résistance ». C’est la présence de troupes d’occupation étrangères qui légitimise la terreur des Talibans. Depuis près de 10 ans maintenant, les Talibans ont cessé de viser des cibles civiles.

Quand le grand nombre de morts dus aux attentats-suicides ont commencé à isoler les Talibans, ils ont annoncé leur intention de ne viser que les forces étrangères ou les services de sécurité afghans (bien que de telles attaques atteignent de toute façon des vies civiles). Des attaques contre des écoles et des mosquées chiites-Hazara ces dernières années ont été revendiquées par l’État islamique (Daech). Les Talibans ont religieusement démenti les attaques contre la communauté chiite-Hazara.

Troisièmement, si les États-Unis se retirent, le Pakistan, principal parrain des Talibans, subira d’énormes pressions externes et internes pour cesser de soutenir les Talibans. Plus important encore, Islamabad devra renoncer au pouvoir de chantage qu’il détient actuellement du fait que les fournitures militaires étatsuniennes dépendent de la coopération pakistanaise. Déjà, le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Shah Mehmood Qureshi, a suggéré que les forces américaines ne devraient pas se retirer à la hâte (laissant ainsi entendre que le Pakistan serait en situation périlleuse avec le retrait américain).

Quatrièmement, comme indiqué ci-dessus, un retrait des États-Unis n’implique pas automatiquement un Afghanistan talibanisé. Malgré l’exemple de Trump, il est possible de concevoir un retrait et un accord impliquant de nombreuses autres parties prenantes et d’élaborer de meilleurs plans pour mettre fin à la guerre civile dans le pays.

Enfin, et surtout, le peuple afghan aspire à un retrait des États-Unis. Il n’a jamais souhaité ni approuvé l’occupation. Il a payé un prix énorme. Il ne veut plus être pris en sandwich entre le marteau étatsunien et l’enclume des Talibans.

* Farooq Sulehria enseigne à l’Université nationale Beaconhouse, à Lahore. Militant de la section pakistanaise de la Quatrième Internationale, il est l’auteur de Media Imperialism in India and Pakistan (Routledge, London 2017). Cet article a été publié d’abord sur le site web de la revue étatsunienne Jacobin (https://www.jacobinmag.com/2019/09/united-states-occupation-afghanistan-Taliban-pakistan-mujahideen). Traduit de l’anglais par JM.

Notes

1. Le peuple ouïghour, turcophone et en majorité musulman sunnite qui habite la région autonome du Xinjiang (ancien Turkestan oriental) en Chine, s’est révolté en 1997, à la suite de l’arrestation de trente dignitaires religieux. La répression a fait dans un premier temps 167 morts et 5 000 arrestations. À la suite des attentats du 11 septembre 2001, le régime chinois a renforcé la répression au nom de la « lutte antiterroriste ». Un comité d’experts des Nations unies a estimé en 2018 qu’un million d’Ouïghours étaient détenus dans des camps d’internement et que deux millions le seraient dans des « camps politiques d’endoctrinement » (sur un peu plus de 8,3 millions selon le recensement de 2000).