Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 633-634 novembre-décembre 2016

MEXIQUE

Des candidats du peuple pour sauver le pays

Cf. aussi : [Mexique]

Martín Esparza Flores*

Le 6 novembre 2016

Avec les coupes budgétaires sur la santé, l’éducation et sur une liste interminable de programmes sociaux, la marginalisation de millions de Mexicains et l’annulation d’un futur prospère pour les nouvelles générations, l’infamie sera accomplie par la technocratie néolibérale au pouvoir qui a depuis longtemps sacrifié l’État-providence, produit de la révolution mexicaine et de sa Constitution de 1917 où avaient été inscrits les conquêtes de la classe ouvrière et de la paysannerie.

Le panorama de crise sociale qu’affronte le pays doit nous inciter à une analyse profonde du saccage effectué par les gouvernements néolibéraux au cours des dernières décades sur les articles de notre Constitution jusqu’à la réduire à un simple « règlement » de protection et de fonctionnement des entreprises multinationales où la sauvegarde des richesses naturelles et du sous-sol du pays ainsi que sa souveraineté nationale et la protection des droits élémentaires de ses habitants ont été réduits à un schéma de franche vulnérabilité.

Dans le cadre des 100 ans de notre Constitution politique, qui seront célébrés le 5 février 2017, nous les Mexicains qui faisons partie de la classe ouvrière, paysanne, indigène et de tous les secteurs de la société civile, nous devons impulser l’instauration d’une nouvelle loi fondamentale, indépendamment des partis et de leur classe politique corrompue et avilie. Avec leur thèse en faveur de la mondialisation, ceux-ci ont adopté une position servile et collaborationniste qui a appliqué le modèle néolibéral en suivant chacun des diktats des organisations internationales comme l’OCDE, la Banque mondiale ou le FMI.

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Une telle complaisance ouverte envers le capital international a donné le coup de grâce, par le biais de réformes structurelles, aux entreprises publiques qui avaient été au siècle passé le fer de lance du renforcement et du développement de notre économie comme Petroleos Mexicanos (PEMEX), la Comision Federal de Electricidad (CFE) et la disparue Luz y Fuerza del Centro. Maintenant la classe politique irresponsable, non contente d’avoir démantelé le secteur énergétique, démantèle le système de retraites et l’un des bastions de la sécurité sociale en imposant la privatisation des organismes qui fournissent les services médicaux aux travailleurs et aux employés. Cet attentat contre la sécurité sociale est en train de condamner à la pauvreté des millions de personnes du troisième âge, dont la subsistance, la santé et la vie même ne tiendront plus qu’à un fil.

Le moment est venu pour la société civile et le peuple travailleur en général de prendre conscience du fait que de tels pillages et destructions monumentaux des richesses du pays, ainsi que la perte de tant de droits qui affectent de la même manière les travailleurs, les paysans, les indigènes, les fonctionnaires, les commerçants et les petits et moyens entrepreneurs, ont été justifiés par la classe politique et ses partis par les changements appliqués arbitrairement à notre Constitution. Au Congrès, députés comme sénateurs ont approuvé des lois contraires aux intérêts de la majorité.

Drapés dans leur rôle de « représentants du peuple », ils ont annihilé les principes sociaux de notre Constitution de 1917 et il est temps qu’ils commencent à rendre des comptes à ceux dont ils ont trahi le vote et la confiance. C’est l’heure de rappeler à cette bande de voleurs et de traîtres qu’ils ne peuvent décider seuls, que la souveraineté réside dans le peuple et que c’est le peuple qui doit avoir le dernier mot pour décider de la forme de gouvernement qui lui convient le mieux. Et que la forme actuelle qui lui a été imposée par une poignée de politiciens malhonnêtes ne représente pas ses intérêts et ne garantit pas son bien-être social.

Que faire donc pour affronter cette classe politique enkystée ? Quelles sont les options ?

Face au dramatique futur dont la technocratie au pouvoir prétend faire hériter les nouvelles générations, il est pertinent de tourner les regards vers ce qui a été posé il y a quelques semaines au cœur de la forêt du Chiapas par les membres du Congrès national indigène (CNI) et l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN), en invitant la société civile en général à repenser le projet du pays à partir des expériences de dépossession et de répression qu’ont affrontées les peuples indigènes dans les campagnes et dans les villes.

L’EZLN, pour la première fois depuis 1994 quand elle a fait irruption sur la scène nationale comme la voix légitime de ceux qui ne voulaient pas mourir dans l’oubli, place au centre de la conjoncture actuelle une proposition de caractère politique qui cherche à se manifester aux élections présidentielles de 2018 avec la candidature indépendante d’une femme indigène. Cette candidature porte avec elle les luttes de résistance des peuples originels sur tout le territoire national mais représente également la même voix d’une société qui à l’instar des indigènes a été vassalisée et rendue muette par un système autoritaire qui, par le biais des partis politiques, lui a fermé les espaces d’expression et de participation pour défendre ses droits au point de criminaliser la protestation d’innombrables mouvements sociaux.

La candidature indépendante mise en avant par les bases du mouvement indigène ne prétend pas s’enfermer dans le rôle traditionnel d’un parti politique mais générer un mouvement populaire d’ampleur nationale qui englobe et matérialise les revendications des communautés, des peuples et des quartiers des zones urbaines marginalisées, aujourd’hui invisibles dans les politiques publiques de développement.

Le projet mérite d’être pris en compte parce qu’il met en avant une stratégie de mouvement politique populaire qui surgisse d’en bas « et à gauche », en totale indépendance des partis politiques corrompus qui ont depuis longtemps abandonné leur idéologie et leurs principes et avec eux leur engagement à représenter la société. En plaçant les indigènes et leurs problèmes non résolus au centre des grands débats nationaux, on ne rendra pas seulement visibles les agressions à leur encontre mais également celles dont souffrent depuis de longues années des millions de Mexicains.

Comme les peuples originels et les communautés paysannes, dans les grandes villes les noyaux marginalisés sont ségrégués et réprimés par les autorités. Et il n’y a pas grande différence dans les spoliations qu’affrontent sur leurs terres les groupes indigènes et le terrorisme fiscal dont sont l’objet des millions de contribuables, commerçants et petits et moyens entrepreneurs. La spoliation de l’eau est un autre des problèmes communs à des millions de Mexicains ; aux uns on prétend arracher le liquide vital pour le livrer aux projets d’entreprises privées et aux autres on prétend faire payer sa distribution à des prix exorbitants en la donnant en concession à des entreprises privées. Pour cette raison les objectifs de lutte ont une même racine : la spoliation des droits élémentaires, inscrits dans la Constitution, comme l’accès à l’eau.

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De plus il convient de mentionner que l’instabilité du travail et l’angoisse pour nourrir sa famille ne sont pas l’apanage des habitants des zones rurales ; dans les grandes villes aussi le manque d’emploi et l’application, maintenant légale, de l’externalisation provoque la précarité de l’emploi et une pauvreté grandissante. À chaque croisement, à chaque feu rouge, les fantômes de la faim apparaissent tous les jours comme preuves de l’échec d’un modèle économique qui a divisé le Mexique entre une minorité extrêmement riche et une immense majorité qui subsiste à peine dans la misère. ■

* Martín Esparza Flores est secrétaire général du Syndicat mexicain des électriciens (SME).

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