Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Notes de lectures

N° 543-544 novembre-décembre 2008 *

La crise est certaine, mais la catastrophe ne l’est pas

Cf. aussi : [Economie]

Didier Epsztajn

Michel Husson, Un pur capitalisme, Éditions Page deux, Lausanne 2008, 16 euros.

Le dernier ouvrage de Michel Husson regroupe des textes antérieurement parus et remaniés pour donner une logique d’ensemble autour de cinq chapitres : le capital-monde, les contraintes du profit, le travail sans fin, la construction des alternatives et les armes de la critique.

Michel Husson commence par décrire la hausse du taux d’exploitation (baisse de la part salariale dans le produit intérieur brut (PIB) depuis le début des années 1980. Il nous rappelle que « la courbe générale de la part salariale s’explique.... par le rapport de forces entre classes sociales. » Le capital est un rapport social, un rapport d’exploitation. Le discours économique participe du noyau dur de l’idéologie dominante et cette idéologie « se nie en tant que telle et revendique au contraire de la neutralité et de l’objectivité scientifique. » L’économie n’est pas une science dure, toute appréhension de la réalité passe d’abord par la critique de l’économie politique.

La mondialisation actuelle débarrasse le capitalisme d’un certain nombre d’entraves. « La fonction principale de la finance est d’abolir, autant que faire se peut, les délimitations des espaces de valorisation. » Il y a fluidification des déplacements du capital. La financiarisation « n’est donc pas une excroissance malsaine sur un corps sain mais un élément constitutif du capitalisme contemporain ». Sans oublier « que la finance a réussi à capter la majeure partie des gains de productivité au détriment des salaires dont la part a reculé. » L’auteur polémique à juste titre avec « la fable de la flexibilité », « le fardeau des dettes » mais aussi avec les théorisations sur « le capitalisme cognitif et la fin du travail.» Aux positions sur le revenu universel, il oppose la socialisation et la gratuité : « Tout progrès social passe pourtant par un degré de socialisation accru, qui est une démarchandisation, et potentiellement une démonétisation. »

Michel Husson n’en reste pas à la critique : la partie IV « La construction des alternatives » trace en positif une démarche émancipatrice. L’auteur argumente de façon précise sur la nécessité d’une démarche crédible, contre le « révolutionnarisme » et son retrait des combats présents et permanents, sa logique de démission par le « tout ou rien ».

Je partage le positionnement de l’auteur lorsqu’il explique très clairement que « La partie difficile de toute démarche programmatique n’est donc pas tellement l’énoncé des mesures à prendre, mais la définition des politiques permettant de neutraliser les comportements d’obstruction, de rétorsion, voire de sabotage auxquels un projet de transformation sociale aurait à faire face.» « C’est pourquoi il faut soigneusement calibrer le radicalisme de tout projet, de manière à assurer le degré de mobilisation sociale nécessaire à sa viabilité réelle. Il faut, autrement dit, disposer d’une vision stratégique. »

La postface, sur l’affaire Jérôme Kerviel, le trader de la Société Générale, permet à l’auteur de revenir sur des fondamentaux souvent masqués : « La véritable sanction se produit quand ces titres financiers, qui ne sont que des droits de tirage sur la plus-value, cherchent à faire le grand saut périlleux et à se reconvertir dans la sphère réelle. C’est alors le moment de rappel de la réalité. »

Reste que le « pur » capitalisme est inconcevable sans l’intervention en permanence des États pour créer et soutenir les conditions de son fonctionnement, sans la corruption, les maffias et l’ensemble des faces obscures du rayonnant marché ; sans oublier la socialisation des pertes des établissements bancaires et financiers par le très libéral gouvernement américain.

Il faudrait approfondir la discussion sur l’impérialisme : « Le concept d’impérialisme a perdu une partie de sa pertinence. » La position de Michel Husson ne me semble pas convaincante. Il en est de même sur la Chine car « l’émergence d’un géant » n’existe que comme tendance, lourde de graves crises socio-économiques. Il n’est pas si facile de sortir du sous-développement même sous l’autorité très centralisée « d’un parti-État ».

Un livre combinant critique théorique et approche pratique et résolument tourné vers la construction d’alternatives, intégrant les réponses écologiques à la crise du « pur capitalisme ». Indispensable. ■

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