Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Débat

N° 498-499 octobre-novembre 2004 *

Respect, le SSP et le nouveau parti anticapitaliste : une réponse à Alex Callinicos

Cf. aussi : [Grande-Bretagne]

Alan Thornett

Alan Thornett, membre de la direction provisoire de Respect, dirigeant de l’International Socialist Group (ISG, section britannique de la IVe Internationale) est rédacteur du mensuel Socialist Resistance.

L’article d’Alex Callinicos (1) a ouvert à nouveau une série de débats importants sur la construction de partis larges en Europe, y compris Respect en Angleterre et le Parti socialiste écossais (SSP). Murray Smith traite bien des remarques controversées de Callinicos en ce qui concerne le SSP (2). Étant d’accord avec Murray, je me limiterai à quelques remarques complémentaires au sujet de la construction de Respect (3) et du rôle de l’Alliance socialiste (SA) qui l’avait précédé.

Je partage l’opinion des deux auteurs en ce qui concerne la signification des résultats des élections du 10 juin en Grande-Bretagne et de l’apparition de Respect. Ces résultats représentaient à la fois un désastre pour le New Labour — les pires pour les travaillistes depuis 1918 — et une percée pour la gauche. Les scores de Respect dans un certain nombre de secteurs ouvriers des grandes villes constituent une avancée qualitative en comparaison avec toutes les tentatives passées de la gauche britannique, à l’exception du SSP. George Galloway a obtenu 92 000 voix à Londres lors des européennes. Lindsey German à été très proche des 5 % à Londres lors de l’élection du maire et Respect a atteint 20 % dans Londres-Est lors de l’élection de l’Assemblée du Grand Londres. A Birmingham Respect réalise une moyenne de 7,4 % et à Leicester de 10 %. Le soutien obtenu par Respect au sein de ce qu’on appelle improprement " la communauté musulmane ", car ses formes culturelle et ethniques sont variées, est un important pas en avant en soi.

Depuis que les articles de Callinicos et de Smith ont été rédigés, Respect a connu quelques autres succès électoraux spectaculaires. Lors des législatives partielles, à Leicester Sud et à Birmingham Hodge Hill, Respect a obtenu respectivement 12,4 % et 6,4 % des voix. Peu de temps après il a remporté une élection partielle pour le conseil municipal de Tower Hamlets. Tous ces résultats s’ajoutent au succès du lancement de Respect, qui dépasse de loin nos espoirs les plus osés lors de sa conférence de fondation en janvier dernier. Il a réussi à s’imposer sur la carte politique à l’issue d’une période très brève. La question qui se pose à nous aujourd’hui est donc : comment ce succès initial de Respect peut-il être transformé en une victoire à long terme pour la gauche ?

Un bilan de l’Alliance socialiste

Alex Callinicos a raison de s’intéresser aux leçons de l’expérience de l’Alliance socialiste. Mais les conclusions qu’il en tire posent des problèmes sérieux. Non seulement il considère la SA comme ayant abouti à un échec, mais de plus il en cherche les raisons dans les conditions objectives plutôt que dans le développement de la SA ou dans les problèmes plus généraux de la gauche anglaise. Son principal argument, c’est que le déclin du parti travailliste n’avait pas atteint un niveau suffisant pour que la construction d’une alternative de gauche au New Labour soit à l’ordre du jour. Il le formule ainsi : " D’un point de vue stratégique, un parti socialiste de masse ne peut se développer en Grande-Bretagne que s’il réussit à arracher des sections substantielles de la base du Parti Travailliste, qui, malgré son déclin, pénètre profondément dans les organisations et les communautés ouvrières. Le but de la SA était de rassembler les éléments sains de l’extrême gauche en un front unique (d’un nouveau genre) qui aurait pu s’adresser directement à des forces significatives issues du travaillisme, et les gagner. (…) Du fait que le Labour tenait le choc, la Socialist Alliance se retrouva avec des difficultés internes. Si de substantiels éléments issus du Parti Travailliste y avaient adhéré, la SA aurait alors eu deux pôles, l’un réformiste et l’autre révolutionnaire. "

Je pensais que nous étions d’accord avec le Socialist Workers Party (SWP) sur le fait que les conditions objectives pour un nouveau parti à la gauche du travaillisme avaient mûri vers la moitié des années 1990, ou, au plus tard, lorsque le SWP a rejoint l’Alliance socialiste à la fin 1999. Il est vrai que le Parti travailliste n’a pas connu de scission, mais la majeure partie de ses membres socialistes et militants l’ont quitté avec dégoût, sa base électorale dans ses bastions traditionnels s’est effondrée, ses réunions locales devinrent moribondes et son congrès annuel a été dépouillé de tout son pouvoir et remplacé par un forum politique. Le blairisme a été une direction travailliste d’un genre nouveau, consciemment déterminée à transformer la nature de classe de ce parti.

L’Alliance socialiste peut-elle être considérée comme un échec ? En fait ce fut la meilleure initiative visant à unifier la gauche anglaise avant l’apparition de Respect. Il est vrai qu’elle n’a pas atteint son potentiel. Mais cela était dû aux problèmes politiques au sein de la SA et plus généralement au sein de la gauche anglaise. Autrement on ne parvient pas à expliquer le succès du SSP en Écosse. Il a eu affaire aux mêmes conditions objectives que la SA en Angleterre — l’essor du blairisme et en retour la croissance de la disponibilité populaire, y compris d’anciens travaillistes, pour une nouvelle organisation politique — mais il a réussi alors que SA n’a pu en tirer profit. Son accès au Parlement écossais a été un facteur important de son succès, mais il ne suffit pas à expliquer tout.

La SA a obtenu quelques résultats significatifs lors de l’élection de l’Assemblée du Grand Londres en mai 2000 (4) puis à nouveau lors des élections législatives de juin 2001 (5). Elle a effectué un bon travail dans les syndicats lors de la crise croissante de la représentation politique ouvrière qui mettait en question l’emploi du fonds politique des syndicats, en organisant une conférence des bases syndicales en mars 2001. Elle a eu des statuts démocratiques, fondés sur le principe " une personne — une voix ", qui a permis d’intégrer les organisations d’extrême gauche tout en donnant un maximum de pouvoir aux membres individuels non-alignés. Elle a aussi produit un bon manifeste qui était, comme Callinicos le dit justement, non un programme révolutionnaire mais une plate-forme de gauche radicale appropriée pour une organisation socialiste pluraliste. Elle a ainsi fourni une expérience qui a servi de tremplin pour le lancement de Respect.

Mais l’Alliance socialiste a dû faire face à une configuration de la gauche en Angleterre, beaucoup plus difficile que celle qui existait en Écosse. Le Parti communiste (CPB) est resté en dehors. Le Parti socialiste (6), une organisation considérable, a vacillé vers un cours de plus en plus sectaire et unilatéraliste, malgré sa propagande rituelle en faveur d’un " nouveau parti ouvrier ". Il a fini par se séparer de la SA lors de sa conférence constituante en décembre 2001. Nous devions aussi tenir compte de la présence de petits groupes sectaires, bien plus significative en Angleterre qu’en Écosse, en particulier l’Alliance for Workers Liberty (AWL) et le Parti communiste de Grande-Bretagne (CPGB). Workers Power (WP, Pouvoir ouvrier), qui a été capable de jouer un rôle plus constructif, a connu une irruption du gauchisme qui l’a conduit à rejeter l’idée de la construction d’un parti large juste au moment où celle-ci devenait réaliste.

Ajoutons à tout cela la taille dominante du SWP au sein de la SA — aggravée par le départ du SP — à laquelle Alex Callinicos se réfère en parlant du " déséquilibre structurel ". Il a raison, il y avait bien un déséquilibre structurel. Le SWP était le plus grand capital dont la SA disposait et en même temps son problème le plus aigu. Il faut mettre au crédit du SWP sa décision stratégique de rejoindre l’Alliance socialiste et de construire une large alternative socialiste. Après des années de rivalité nous avons enfin réussi pour la première fois à construire une sérieuse unité socialiste. La question n’est donc pas de savoir s’il y avait un déséquilibre structurel, mais si ce problème pouvait être dépassé par le développement et l’expansion de la SA ou bien, s’il rendait la SA non viable, en dépit de ses succès. Alex Callinicos semble suggérer la non-viabilité, en arguant de la faiblesse du pôle réformiste de l’Alliance. Ceci soulève quelques sérieux problèmes en ce qui concerne l’avenir de Respect, ce dont je voudrais débattre. Il le présente ainsi : " Lorsque nous nous sommes affirmés, aussi démocratiquement que ce fût, nous avons suscité des rancunes. Le Socialist Party et quelques "indépendants" bien connus ont argué de la "domination du SWP" lorsqu’ils sont partis. Ils avaient leurs propres raisons pour s’en aller, cela dit il est vrai que le SWP dominait la SA — non pas intentionnellement, mais plutôt par défaut, en l’absence d’une participation suffisante de forces issues du réformisme. "

En réalité, il y avait un pôle ou une " composante de la gauche travailliste " au sein de la SA. La SA avait compris que son succès dépendrait de sa capacité d’attirer des ex-membres du Labour et elle a eu quelques succès sur ce terrain, avec des membres dans ses branches locales ou en position de candidats. Mike Marqusee et John Nicholson furent tous les deux membres de la direction, tout comme Dave Church et un groupe important de socialistes de Walsall dont certains étaient des ex-conseillers travaillistes. Liz Davies a quitté le Parti travailliste (et son exécutif national) pour devenir présidente nationale de l’Alliance.

Si l’on avait eu plus de membres de la tradition travailliste, cela aurait permis de tempérer les discussions internes et d’améliorer la situation. Mais gagner de nombreux ex-membres du Labour n’était pas une chose facile. Ils avaient en général rompu avec le Parti travailliste par décision individuelle et non par scission collective. La décision de rejoindre quelque chose de nouveau relevait donc aussi de la décision individuelle. Certains hésitaient à s’affilier à une organisation avec une composante d’extrême gauche aussi importante et/ou dominée par le SWP. L’intégration de cette composante de la gauche travailliste était en même temps une condition préalable pour une percée de l’Alliance. Et pour cela les actions et le comportement du SWP avaient une importance non moins grande que les succès des campagnes de l’Alliance elle-même.

Il ne s’agit pas ici de mettre tous les problèmes que l’Alliance a connus sur le dos du SWP — loin de là. Le SWP a réalisé d’importants compromis pour préserver l’unité de la SA et il a été engagé dans des débats qu’il ne voulait pas avoir. Mais le fait est qu’il y a des choses que seule l’organisation dominante aurait pu faire. Le SWP n’a pas réussi à convaincre de nombreux membres individuels que le processus décisionnel de l’Alliance était suffisamment séparé du celui du SWP. Il en a résulté un ressentiment croissant, pas toujours fondé sur des faits, qui est devenu un problème croissant.

Alex Callinicos a raison de souligner que ce ressentiment existait souvent alors que le SWP avait agit d’une manière parfaitement démocratique. Il y avait aussi du sectarisme envers l’extrême gauche en général. Mais il a tort lorsqu’il suggère que c’était une situation ingérable. Cela arrivera toujours dans une organisation qui regroupe diverses traditions de gauche et d’extrême gauche. Cela signifie qu’une organisation comme le SWP aurait dû être excessivement sans taches dans le domaine du fonctionnement démocratique de la SA pour ne laisser aucune prise à des accusations souvent infondées. Malheureusement il y a eu beaucoup trop d’exemples, en particulier au niveau local, de décisions prises par le SWP pour manifester sa préemption sur la SA et d’une tendance à considérer les procédures démocratiques comme étant une perte de temps.

A mon avis, la perception du manque de démocratie a été responsable de plus de départs individuels de la SA que n’importe quelle autre raison, en particulier de ceux qui avaient eu un histoire de lutte pour la démocratie dans les syndicats ou au sein du Parti travailliste.

La réponse du SWP au 11 septembre et à la menace d’invasion de l’Afghanistan à la fin de 2001 constitue un exemple de cette approche au niveau national. La SA a été oubliée et le rassemblement qui a mis en place la Stop the War Coalition (Coalition pour arrêter la guerre) a été appelé au nom du SWP. Nous étions nombreux au sein du Comité exécutif de la SA à penser que l’initiative aurait dû venir de l’Alliance elle-même. Le résultat aurait été le même — un mouvement antiguerre réussi — mais la distinction était importante. C’était symptomatique du fait que, lorsqu’une question importante — en dehors des élections — survenait, la SA était laissée de côté et le SWP réapparaissait. Les dirigeants du SWP ont pris pour argument que seul un parti révolutionnaire pouvait prendre une telle initiative. Mais pourquoi ? Pourquoi une direction élue d’une alliance large, agissant comme un parti sur un grand nombre de terrains et développant une expérience collective, n’aurait-elle pas pu prendre une telle initiative ?

Derrière ceci il y a la conception stratégique du SWP selon laquelle l’Alliance était " un front unique d’un nouveau genre ". La SA était ainsi un véhicule principalement électoral parmi d’autres fronts uniques au sein desquels le SWP était engagé, comme Globalise Resistance ou la Anti Nazi League. Mais la SA n’était pas un front unique : c’était une organisation politique avec un programme générique qui se présentait comme une alternative politique. Une telle approche a limité l’engagement du SWP au sein de l’Alliance et l’a conduit à opposer la construction du SWP à la construction de la SA par exemple lors des manifestations contre la guerre.

La guerre contre l’Irak

L’invasion de l’Irak par les États-Unis et la Grande-Bretagne en mars 2003 a créé une nouvelle crise au sein du Parti travailliste, accélérant le processus de désenchantement chez ses partisans traditionnels. Nous avons vu la révolte la plus grande des députés travaillistes dans toute l’histoire du parti.

L’importance des nouvelles opportunités apparut clairement lors des élections de mai 2003 — juste après la chute de Bagdad — pour le Parlement écossais, pour l’Assemblée galloise et pour le renouvellement de quelques autorités locales en Angleterre. Le New Labour a perdu le contrôle de ses municipalités traditionnelles, comme Birmingham et Brighton. L’Alliance a fait élire son premier conseiller municipal à Preston avec l’appui de la communauté musulmane pour son attitude antiguerre. Mais c’est le SSP qui a progressé de la manière la plus spectaculaire, en passant d’un à six député(e)s dans le parlement écossais.

Quelques semaines plus tard l’Assemblée générale annuelle de l’Alliance socialiste a analysé cette nouvelle situation et a pris une nouvelle initiative politique en vue de la création de quelque chose de plus large et de plus efficace qu’elle-même. Malheureusement le CPB, qui est une composante importante de la Stop the War Coalition et un soutien potentiel pour un réalignement, a décidé de ne pas se joindre mais de poursuivre sa ligne visant la " reprise " du Parti travailliste par la gauche. Cette stratégie espérait trouver un appui dans la gauche syndicale, du dit " groupe critique " et du groupe de campagne des députés travaillistes.

Mais l’expulsion du Parti travailliste du député George Galloway en octobre 2003 a de nouveau ouvert la situation. Il a rapidement appelé à la constitution d’une nouvelle coalition politique fondée sur l’unité forgée dans le mouvement antiguerre. Après une série de discussions et de réunions à travers le pays, Respect a été lancé en janvier 2004.

Le lancement et la construction de Respect

Il est clair que Respect représente un grand pas en avant par rapport à l’Alliance socialiste. Ses origines se situent dans la situation politique créée par la guerre et dans le plus grand mouvement antiguerre jamais vu en Grande-Bretagne. Bien que les conditions pour une alternative à gauche aient existé pendant quelque huit années, d’importantes occasions nouvelles sont apparues. Ceci donne à Respect une résonance que la SA n’a jamais eue. La discussion concerne donc maintenant son caractère politique et la manière de le construire.

Respect dispose déjà d’une composante issue du travaillisme bien plus importante que l’Alliance socialiste n’avait jamais eue. Elle provient non seulement de la gauche travailliste traditionnelle, mais également pour une large part des communautés de minorités ethniques — c’est la première fois que la gauche parvient à le faire. Les militants des minorités ethniques ont été largement présents parmi les candidats présentés par Respect et ont été visibles dans ses meetings, qui ont attiré un grand nombre de nouveaux visages. Mais le vote pour Respect est beaucoup plus large que cette seule couche. L’expulsion de George Galloway pour son opposition à la guerre est ce qui ressemble le plus à une scission du Parti travailliste. Par sa stature et sa crédibilité d’ancien député du Labour, il attire avec lui une part importante de la tradition de la gauche travailliste.

Cela signifie-t-il que Respect ait résolu le problème du " déséquilibre structurel " dont souffrait SA, comme le suggère Alex Callinicos ? Absolument pas ! En fait la domination du SWP au sein de Respect n’est pas moindre qu’elle ne le fut au sein de la SA. Cela reste un problème potentiel. En tant qu’organisation nouvelle et plus viable, Respect est mieux placé pour les aborder, mais les problèmes posés par le développement de Respect sont similaires à ceux qu’avait connus la SA : renforcer sa composante ne venant pas de l’extrême gauche ; le rendre vivable pour ses membres non-alignés ; faire de lui un moyen efficace pour l’unité de la gauche ; attirer en son sein les composantes de la gauche qui ne sont pas encore convaincues ; réaliser une percée au sein des syndicats et gagner des affiliations de ceux-ci.

Cela signifie également qu’il faut aborder le " problème " de l’organisation dominante — chercher a encourager les forces du SWP tout en évitant les pièges. Cela peut être fait en construisant la confiance dans le cadre du travail quotidien et du processus de prise de décisions de Respect. Il y a déjà des signes de la préemption par le SWP des décisions au niveau local qui devraient servir de signal d’alarme. Et il ne s’agit pas seulement d’individus. Nous devons créer les conditions permettant d’intégrer de nouvelles organisations au sein de Respect. Car pour le moment les seuls autres groupes organisés en son sein sont Socialist Resistance et le CPGB.

Dans les syndicats l’hostilité envers le New Labour continue à croître, mais pourtant les importants dirigeants de la gauche syndicale se gardent de rejoindre Respect, même ceux qui sont sceptiques en ce qui concerne la possibilité de " reconquérir " le Parti travailliste. Cela devrait nous conduire à être attentifs. Les succès remportés par la SA aux sein des syndicats RMT (transports) et CWU (postes et télécommunications) doivent être consolidés. Le FBU (pompiers) qui vient juste de rompre avec le Labour doit être convaincu de rejoindre Respect. Nous devons créer les conditions qui permettent aux syndicats de se lier à Respect en tant qu’alternative politique au Parti travailliste.

L’engagement du SWP au sein de Respect est beaucoup plus fort qu’il ne l’était au sein de la SA. Cela apparaît dans les ressources humaines, matérielles et politiques qu’il est prêt à y engager. Des dirigeants du SWP qui s’engagent dans Respect sont plus nombreux que ceux qui étaient entrés dans SA. Les sections du SWP ont joué clairement un rôle moteur dans la récente campagne électorale. Dans Socialist Worker (hebdomadaire du SWP) Respect jouit d’une présentation que la SA n’a jamais eue. Tout cela constitue les fondements pour une construction de Respect plus uniforme que ce ne fut le cas de la SA. En même temps Respect doit se développer sur le plan politique. Par la force des choses il est entré dans la campagne électorale de juin avec une plate-forme politique limitée et avec des structures organisationnelles embryonnaires. Mais s’il ne développe pas une politique plus détaillée et plus collective, ainsi qu’une activité politique propre, il connaîtra de sérieux problèmes.

La façon dont Alex Callinicos défend " le modèle Respect " suggère que la direction du SWP continue à analyser Respect comme elle avait analysé l’Alliance socialiste : en tant que " front unique d’un nouveau genre ". C’est un grand problème. Si l’on veut que Respect se développe et se consolide il doit évoluer en direction d’un nouveau parti au lieu de rester une coalition large. Ce n’est que de cette façon qu’il pourra élaborer une expérience collective et une vie politique intérieure, nécessaires pour qu’il soit plus qu’un rassemblement de groupes et d’individus. Cela demande du temps, mais ce doit être un objectif à moyen terme.

Il semble qu’il y a déjà un consensus pour que Respect soit une organisation pluri-tendancielle avec des groupes politiques jouissant du droit de constituer des plates-formes en son sein. Ceci est très important. C’est un refus du modèle autoritaire du Socialist Labour Party de Scargill (7). Respect a une référence socialiste claire (le " S " de son nom signifie " socialisme "), mais il présente ses idées socialistes et anticapitalistes d’une manière qui est conforme à son approche pluraliste, à la diversité de ses membres et à son étape de développement. Il est très important de poursuivre dans cette voie.

Respect a autour de deux mille nouveaux membres, qui n’ont pas connu l’expérience de l’Alliance socialiste. ces nouveaux membres auront besoin de — et vont aspirer aux — structures démocratiques d’un parti au sein duquel ils pourront participer et avoir leur mot à dire. Ils voudront des réunions locales de sections avec des discussions politiques et des débats. Ils ont été attirés par Respect avant tout sur la base de sa politique et de son attitude d’opposition au New Labour et à la guerre. C’est particulièrement le cas de ceux d’entre ses membres qui ne sont pas affiliés à une des organisations parties prenantes de Respect qui n’ont pas d’autre forum pour débattre. Ainsi la conférence d’Octobre qui discutera des statuts et de l’orientation politique de Respect sera un test pour sa viabilité future.

Notes

1. Dont nous reproduisons de larges extraits dans ce dossier.

2. Dont nous reproduisons une version abrégée par l’auteur en p. …

3. Respect — acronyme de " Respect, Égalité, Socialisme, Paix, Environnementalisme, Communauté et Trade-unionism [syndicalisme] " — est une nouvelle coalition unitaire de la gauche radicale anglaise. Pour connaître sa fondation on se reportera utilement à Inprecor n° 489/490 de janvier-mars 2004, pour ses résultats électoraux à Inprecor n° 495/496 de juillet-août 2004.

4. Cf. Inprecor n° 448 de juin 2000.

5. Cf. Inprecor n° 459/460 de juin-juillet 2001.

6. Le Parti socialiste (SP) est issu de la Tendance Militant, se réclamant du trotskisme, expulsée du Parti travailliste. En Écosse la majorité des militants issus de cette tendance ont pris l’initiative de lancer le SSP, se limitant à constituer une tendance en son sein. Au contraire en Angleterre, les militants issus de la Tendance Militant ont constitué le SP, qui après avoir pris l’initiative de la construction de l’Alliance socialiste, s’en est retiré en 2001.

7. Après que Blair eut réussi à imposer, en 1995, l’abolition de la lutte pour la propriété publique des moyens de production (" clause 4 ") dans les statuts du Parti travailliste, Arthur Scargill, dirigeant historique de la grève des mineurs et de leur syndicat (NUM), a quitté le Labour et appelé à la construction d’un nouveau parti qui fut lancé le 1er Mai 1996 sous le nom de Parti travailliste socialiste (SLP). La structure verticale adoptée par ce dernier au nom de " la guerre contre le fédéralisme ", le refus de tolérer en son sein des militants qui avaient été précédemment organisés dans des groupements politiques et qui souhaitaient préserver leurs liens d’une manière ou d’une autre, enfin la prise du contrôle du parti par une fraction autoritaire — la " Stalin-Society ", tout un programme ! — sur laquelle Scargill a pris appui, ont bloqué son potentiel de croissance et l’ont rapidement réduit à une organisation sectaire. Dès les élections de 2000 le SLP fut minorisé par l’apparition de l’Alliance socialiste et du Parti socialiste écossais.

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