Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Politique

N° 511-512 novembre-décembre 2005 *

ANGLETERRE

La Conférence de RESPECT : un contretemps et une opportunité

Cf. aussi : [Grande-Bretagne]

Socialist Resistance

La revue mensuelle Socialist Resistance est éditée par les militants britanniques de la IVe Internationale en collaboration avec d’autres militants marxistes.

La seconde conférence annuelle de Respect s’est déroulée le week-end des 19 et 20 novembre à Londres. 350 délégués étaient présents (un pour dix adhérents), ainsi que 50 à 100 observateurs. Socialist Resistance (SR) avait 12 délégués des sections locales de Respect et est intervenu dans la conférence autour des thèmes des libertés civiles, de la défense de la Sécurité Sociale et de l’éducation, des droits des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT) et de la construction de Respect débat clé à la conférence. SR a tenu le samedi soir une réunion très réussie en marge de la conférence pour discuter des débats qui s’y étaient déroulés.

Socialist Resistance reste entièrement engagé à construire Respect, car c’est la meilleure chose qui soit arrivée à la gauche en Angleterre depuis longtemps. La conférence, cependant, a constitué un événement profondément inquiétant. Elle a malheureusement posé un point d’interrogation sur le développement à long terme de Respect comme alternative large au New Labour et à son programme néolibéral. La question est posée de la capacité de Respect à se développer comme une organisation authentiquement pluraliste, capable de s’adresser à l’ensemble de la gauche de ce pays. Cela a été un vif rappel que Respect n’a de futur que comme une organisation ouverte et pluraliste, dans laquelle l’ensemble de la gauche peut se trouver à l’aise et jouer un rôle.

Cette question constitue un sérieux problème. Il aurait pu y avoir une conférence prenant appui sur les succès incontestables de l’an passé, pour tracer le chemin vers l’avenir. Comment recruter de nouveaux membres et les intégrer pour le long terme. Comment développer Respect comme « un parti de masse » comme John Rees, Secrétaire national de Respect et dirigeant du Socialist Workers Party (1), l’avait défini. Comment consolider les implantations fortes et construire celles qui sont faibles. Comment intégrer d’autres parties de la gauche dans Respect. Comment développer des sections locales réelles dans autant d’endroits que possible. Comment développer Respect comme une organisation qui peut fonctionner avec des représentants élus tant dans le Parlement que dans les assemblées locales. Comment être vu comme un parti antiguerre, mais pas seulement.

La Conférence avait besoin de discuter comment situer Respect fermement dans les campagnes qui s’amplifient contre la nouvelle offensive néolibérale du gouvernement Blair. Comment se confronter à l’attaque contre les libertés civiles qui a lieu. Bien sûr la Conférence a adopté d’excellentes résolutions sur ces thèmes sur la Sécurité sociale, l’enseignement et les retraites. Elle a eu un débat important sur les changements climatiques. Elle a adopté une déclaration forte sur la guerre en Irak et a soutenu la prochaine conférence sur la paix.

Elle a adopté une série de résolutions excellentes sur la guerre (thème introduit par la romancière Haifa Zangana), la défense des libertés civiles (discussion introduite par Paddy Hill, l’une des six personnes emprisonnées injustement pendant 16 ans après l’attentat du pub de Birmingham en 1974), et l’opposition à la législation antiterroriste qui arrive devant le Parlement bien que cela ait été gâché par l’échec de la conférence à s’opposer au projet de loi sur l’incitation à la haine raciale et religieuse. Cette loi arrive devant le Parlement et étendrait les lois déjà existantes condamnant le blasphème. Le SWP a soutenu cette loi et l’a défendu dans Respect.

Il est également regrettable que la résolution, soutenue par plusieurs sections de Respect, qui appelait à intégrer dans les futurs manifestes électoraux la politique actuelle de Respect en soutien aux droits LGBT (de manière controversée, ceci n’a pas été intégré dans le manifeste électoral de Respect), ait été caricaturée dans le débat comme islamophobique, alors que jamais l’orateur ni la résolution ne mentionnaient l’Islam. La résolution a été adoptée mais il est difficile de voir pourquoi c’est un sujet si sensible. Les droits LGBT sont des questions centrales qui traversent le spectre de l’opinion progressiste ; Respect doit refléter cela.

Cependant les principaux problèmes sont survenus lors de la session sur la construction de Respect, qui était ouverte par Colin Fox du SSP la session clé de la Conférence pour le futur développement de Respect. Face à une salve de résolutions appelant à une meilleure administration, un meilleur fonctionnement démocratique, un meilleur contact avec les membres et les sections, plus de discussions politiques collectives et pour que Respect ait sa propre publication, John Rees et Georges Galloway (le député de Respect) ont répondu négativement avec des interventions démagogiques et des appels crus à la loyauté. Certaines résolutions ont été rejetées, d’autres pas, mais le ton du débat était qu’il s’agissait de demandes d’augmentation des ressources de Respect à la fois pas nécessaires et inopportunes. Cela a créé une situation contradictoire. La conférence a adopté un certain nombre de résolutions importantes sur la construction de Respect, mais la rhétorique de ses dirigeants était que leur application serait de basse priorité.

Dans son introduction à la session John Rees a harangué la Conférence en disant qu’il ne s’agissait pas d’une question de détail mais de direction politique que lui et d’autres constituaient. Avec George Galloway, ils ont constitué cette direction dans le mouvement antiguerre et ils ont aussi constitué une pour Respect. Il donnait une liste d’exemples de direction politique que lui et d’autres ont initiée depuis la formation du mouvement antiguerre. Il dit que si Respect voulait le faire asseoir dans un bureau derrière un ordinateur il faudrait chercher un autre secrétaire général.

Évidemment, nous voulons tous que Respect ait une direction efficace, réactive et menant des campagnes. Nous voulons tous une direction qui réponde aux développements politiques comme ils arrivent. Mais elle doit être une direction basée sur le développement collectif de la politique par les membres de Respect et les structures élues comme un tout, et pas basée sur des initiatives de leadership individuel avec le reste des militants sensés suivre sans poser de questions.

Derrière tout ceci, il y a bien sûr le débat de savoir si Respect devrait se développer comme un parti ou une vague coalition et plus il se structure, plus il prend un caractère de parti. Mais on ne peut pas éviter ce problème si Respect doit se développer comme une organisation efficace et démocratique. S’il entreprend de lutter pour le pouvoir politique au niveau national et local, se battant contre les autres partis politiques et se confrontant à tous les problèmes qui apparaissent dans le cours de cette lutte, il doit être capable d’organiser efficacement son travail et développer sa ligne. Il doit s’assurer que chaque membre se sent intégré. Il doit avoir sa propre vie politique séparée de ses organisations constitutives. Comment il s’appelle n’est pas important, mais il ne peut éviter de prendre le caractère d’un parti politique. D’autres partis politiques à travers l’Europe étaient invités et ont parlé à la conférence (Refondation Communiste d’Italie, le Bloc de Gauche du Portugal, le Parti de Gauche d’Allemagne et le Parti socialiste écossais). Ils s’organisent tous comme parti.

Malheureusement Georges Galloway et le SWP semblent avoir pris la décision de défendre le modèle de la large coalition, et de s’assurer que le développement de la structure partidaire ne va pas plus loin que ce qui existe aujourd’hui. Cela impose un réseau organisationnel étroit qui n’est pas un modèle viable pour une organisation qui se bat pour le pouvoir politique sur l’ensemble du spectre des questions politiques. Cela ne marche déjà plus. Malgré des succès très importants Respect demeure organisationnellement faible avec une grande diversité entre ses sections sur le plan de la force numérique et de l’orientation politique. Alors qu’il n’y a pas d’évaluation de ce problème par les principaux dirigeants, la Conférence était sommée de regarder uniquement les acquis et pas les problèmes.

Alan Thornett, membre du Conseil National de Respect et l’un des dirigeants de Socialist Resistance (présentant la résolution de Southwark) affirmait qu’alors que les résultats que Respect a obtenus aux élections générales sont extrêmement importants, nous avons à avoir une vue plus mesurée du développement de Respect depuis lors. Cela a été une période de grande opportunité mais le nombre de membres a stagné et aucun autre secteur de la gauche ne nous a rejoint. Certaines sections de Respect sont fortes, d’autres faibles et divisées. A moins de reconnaître cela et de le prendre à bras-le-corps, Respect rencontrera de sévères problèmes.

Les interventions sur la construction de Respect ont été dominées par les supporters de la position de John Rees. Orateur après orateur, ils ont exigé que Respect ait un régime interne qui, franchement, ne serait toléré dans aucun syndicat : pas besoin de gâcher du temps en comptes-rendus, communication avec les sections et plongée dans les détails de l’orientation politique. Tout ce dont nous aurions besoin, c’est d’intervenir spontanément, construire les campagnes les plus urgentes et apporter le message de Respect.

L’intervention de clôture de la Conférence par Georges Galloway a poursuivi sur ce thème, bien que le débat ait été clos et les votes enregistrés. Il a déclaré que ce que John Rees avait déclaré était « brillant ». Il n’y aurait tout simplement pas l’argent, ou les personnes dans les bureaux de Respect, pour mettre en place les propositions organisationnelles faites. Il dit qu’il a toujours été contre le fait que Respect ait un journal et qu’il est encore plus contre maintenant. Il a affirmé que Respect n’est pas un parti mais une coalition et qu’il devrait le rester. Si Respect avait un journal, les gens discuteraient du caractère de Cuba ou de l’Union soviétique. Personne n’avait suggéré cela, même de loin, comme contenu de publication !

Georges Galloway s’est référé directement à un point soulevé dans le supplément de Socialist Resistance, selon lequel Respect n’a pas augmenté son effectif de 4000 militants depuis les élections générales, et n’a pas non plus ramené de nouveaux secteurs de la gauche. Et là il a commencé à expliquer que le nombre d’adhérents de Respect n’a pas d’importance. Ce sont les votes qui comptent, et il affirmait « il est mieux d’avoir 4 000 membres et 250 000 voix que 10 000 membres et 100 000 voix ». « Nous faisons ce qu’il faut », ajoutant que la conférence « faisait plaisir ». Tout cela était une couverture dangereuse de l’incapacité de Respect à recruter ou de s’élargir aux plus importants secteurs du mouvement antiguerre et de la gauche. L’idée qu’une base partidaire petite et étroite peut déterminer un grand nombre de voix est à long terme complètement fausse.

Galloway a prétendu que le vieux langage de la gauche doit être dépassé. Bien sûr qu’il le doit. Et la première chose dont nous devons nous débarrasser c’est des discours d’intimidation selon lesquels les dirigeants font un bon boulot et que la tâche de tous les autres est de se ranger derrière eux. Les membres du SWP ont applaudi à tout rompre. Plus grave encore, il est apparu depuis que certains membres du SWP qui avaient voté pour des résolutions diverses au niveau local ont changé leur vote et les ont rejetées dans la conférence sans aucune discussion avec leur délégation. Il est impossible de construire des sections locales sur cette base…

En réponse à ces développements, nous avons besoin de réaffirmer l’importance du projet de Respect, et de continuer à nous battre pour le construire. C’est la seule possibilité réelle. Si le projet de Respect s’écroulait, ce serait une perte majeure pour la gauche qui demanderait beaucoup de temps pour être surmontée. Il est essentiel de convaincre quiconque proposant de quitter Respect d’y rester et d’aider à le construire sur la base des décisions de la Conférence et de se battre pour changer Respect dans les domaines où c’est nécessaire.

Bien que le rejet de résolutions importantes sur la construction de Respect et la logique du discours de clôture de George Galloway risquent de signifier le passage au second plan de celles qui ont été votées, plusieurs résolutions ont été adoptées qui, appliquées convenablement peuvent pousser Respect en avant et assurer son succès. La résolution de Southwark affirmait que Respect devrait se construire comme une organisation de masse, dans laquelle tous les membres sentent qu’ils ont un rôle à jouer dans le développement de la vie de l’organisation. Cela signifie construire un profil national beaucoup plus fort pour Respect sur les aspects à la fois politiques et organisationnels.

Une série de mesures pratiques ont été adoptées et sont listées ci-dessous. La mise en pratique de ces résolutions signifie un long chemin pour améliorer l’organisation et le développement collectif de Respect et améliorer les chances de capter d’autres secteurs de la gauche et du mouvement syndical. Comme le disait la résolution de Camden et Barnet : « Il est vital pour notre développement vers un parti de masse, que nous soyons reconnus comme l’organisation la plus démocratique, transparente et pluraliste de tout le mouvement ouvrier ».

Le 22 novembre 2005

1. Socialist Workers Party (SWP, Parti socialiste ouvrier) est la principale organisation révolutionnaire en Grande-Bretagne. Ses origines remontent à la scission de la IVe Internationale en 1948, avec le départ des militants qui analysaient l’URSS comme un « capitalisme d’État », autour de Tony Cliff. Le SWP fait partie de la Tendance socialiste internationale.

Traduction : C.V. (de l'anglais)

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