Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 579-580 janvier 2012

CRISE FINANCIÈRE

La prochaine crise bancaire

Cf. aussi : [Economie]

Hugo Radice *

A ce jour, les banques ont toujours encore d’énormes quantités de dettes en souffrance, qu’elles ont contractées durant les années de boom.

Photothèque Rouge/MILO

Photothèque Rouge/MILO

Ces dettes vont échoir ces prochaines années : la Lloyds Bank, par exemple, doit 295 milliards  de livres sterling qu’elle a empruntés sur le marché du financement en gros, et la moitié arrive à échéance dans le courant des douze prochains mois (1). Selon des analystes de la Deutsche Bank : « Les institutions financières européennes ont besoin de trouver environ 2000 milliards d’euros de financement à l’horizon des cinq prochaines années », alors que l’émission nette d’obligations bancaires a été négative ces trois derniers mois consécutifs, et que les primes de risque (2) sont remontées à leurs niveaux record de 2008 (3).

Le mois dernier, on a appris que le coût des titres de garantie contre la défaillance d’actifs bancaires (Credit default swaps, CDS) de la zone euro dépasse maintenant le niveau qu’il avait atteint au moment de la faillite de Lehman Brothers en 2008. Or, « le marché des CDS est le canari de la mine de charbon, qui lance des signaux d’alarme à la ronde et déclenche une ruée à la vente des actions et des obligations, potentiellement plus grande que ce qui se serait passé autrement ». D’où les tentatives des politiciens de la zone euro pour limiter l’activité des marchés de CDS en interdisant la « vente à nu » (« naked trading »), c’est-à-dire l’achat et la vente de ces titres sans être propriétaire des obligations assurées par le CDS. Mais c’est une tentative vouée à l’échec parce que Londres est la principale place du marché des CDS. Le gouvernement britannique refuse donc d’approuver une telle interdiction, ne voulant pas frapper une source de revenus importante des traders de la City (4).

Quand l’agence de notation Moody’s a abaissé la note de douze institutions de crédit britanniques au début du mois d’octobre 2011, la seule raison qu’elle a donnée était que le rapport Vickers (5) sur la réforme du système bancaire britannique laissait augurer, dans le cas d’une crise future, une réduction du degré de soutien gouvernemental automatique aux institutions de crédit (6).

Mais le problème du refinancement des dettes des banques européennes, les britanniques incluses, ces prochaines années, constitue assurément une raison bien meilleure de remettre en question leur solvabilité. Cela peut aussi aider à rendre compte de l’échec du Merlin Project (7), ainsi que de la timidité du rapport Vickers dans ses recommandations sur la séparation des activités bancaires de dépôt et d’investissement. ■

* Extrait de l’article de Hugo Radice, « The Next Banking Crisis », publié le 28 novembre 2011 : http://www.socialistproject.ca/bullet/574.php (Traduit de l’anglais par A l’Encontre, http://alencontre.org)

Notes

1. Jill Treanor, « Lloyds in chaos as boss steps back », The Guardian, 3 novembre 2011, p.30.

2. Soit le taux d’intérêt supplémentaire à payer (spread), comparé à celui d’une obligation de référence, sans risque et de même échéance (en général les obligations émises par l’Allemagne)

3. «Europe’s banks face funding problems», Tracy Alloway, Financial Times, 9 septembre 2011.

4. David Oakley et Tracy Alloway, « CDS leap highlights funding worries », Financial Times, 5 octobre 2011.

5. En juin 2010, le chancelier de l’Échiquier (ministre des Finances) avait chargé une commission de proposer une réforme du système bancaire britannique. Elle fut présidée par Sir John Vickers, professeur d’économie à Oxford et ancien chef économiste de la Banque d’Angleterre. Elle a rendu son rapport le 12 septembre 2011.

6. Megan Murphy et Jim Pickard, « Moody’s hits 12 British lenders with downgrades », Financial Times, 8-9 octobre 2011.

[7] Le Projet Merlin est un accord, signé le 9 février 2011, entre le gouvernement de David Cameron et les quatre grandes banques Barclays, Lloyds, Royal Bank of Scotland et HSBC, qui visait à allouer plus de crédits aux PME, des bonus moindres pour les hauts managers et plus de transparence. Pour la Fédération des industriels de la métallurgie (Engineering Employers Federation), l’accord n’allait pas assez loin, l’opposition travailliste le déclara « édenté » et le porte-parole du Trésor à la Chambre des Lords, le libéral démocrate Oakeshott, l’appela « pitoyable » et démissionna en protestation.

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