Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 579-580 janvier 2012 *

CRISE DU CAPITALISME

Un jeu mondial… d’échecs

Cf. aussi : [Economie]

Claudio Katz *

Les économies développées sont entrées dans une nouvelle phase récessive de la crise commencée en 2007. Le rebond obtenu grâce aux dépenses étatiques est épuisé et la prochaine rechute sera marquée par une forte montée du chômage. Pour retrouver au moins le niveau de l’emploi en vigueur avant la crise il aurait fallu créer 17 millions de postes de travail dans le monde, mais les trésoreries étatiques sont épuisées par l’aide offerte aux banques.

Deux interprétations de cette crise ont été dominantes dès son commencement. Les néolibéraux ont mis en avant la culpabilité des débiteurs, qui ont pris des crédits sans être capables de les rembourser, ainsi que l’irresponsabilité des États, qui ont assumé des passifs ingérables. Les keynésiens, par contre, ont souligné l’absence des régulations financières et les excès de la spéculation. Ils ont également insisté sur la réduction de la demande solvable du fait de la stagnation des salaires et de la polarisation sociale. Les deux courants ont également relevé diverses maladresses de la politique économique qui ont conduit à l’effondrement actuel.

Cette explication initiale de l’origine de la crise fut par la suite déplacée vers un autre problème : l’impact différencié des convulsions selon les régions du monde et en conséquence les modifications géopolitiques, autrement dit le tournant vers la multipolarité, la perte de l’hégémonie états-unienne, le renforcement de la Chine et le rôle accru des économies émergentes.

Comment la crise économique s’est-elle développée dans chaque région du monde ? Quelles sont les stratégies des classes dominantes ? Quels types de scénarios annoncent-elles au niveau mondial ?

La fracture de l’économie états-unienne

Lorsque les débiteurs insolvables n’ont pu faire face au remboursement de leurs crédits (les « subprimes »), l’effondrement immobilier a déclenché la crise aux États-Unis. Les banques ont été confrontées au manque de liquidités car 11 millions de logements ont été réévalués en dessous de leurs hypothèques et un cinquième d’acquéreurs ont été asphyxiés par des crédits impossibles à rembourser.

Par la suite l’endettement a émergé dans d’autres domaines. Les ménages font face à un passif équivalent à 112 % de leurs revenus et à des obligations financières supérieures de 37 % à celles de la décennie précédente. Toute la chaîne des financements est atteinte par la morosité, qui conduit les banques à restreindre les offres de crédits et a créé un cercle vicieux de récession et de fragilité financière.

Les économistes orthodoxes accusent les débiteurs et leurs adversaires accusent les banques. Mais les deux oublient que la boule de neige de la consommation financée par le crédit grandit depuis plusieurs décennies et qu’elle est la conséquence de la réorganisation capitaliste imposée par la mondialisation néolibérale. Cette transformation a introduit une détérioration des conditions du travail (déstabilisation, stagnation des salaires, segmentation des qualifications) qui a réduit les revenus populaires et a impulsé le recours au crédit pour maintenir la consommation. Face à un niveau de chômage qui a dépassé les 10 %, une pauvreté qui atteint 15 % de la population, les salaires stagnant à leur niveau d’il y quinze ans et une concentration scandaleuses des richesses (1), les crédits ont soutenu la demande.

La restructuration néolibérale a également provoqué une délocalisation significative des entreprises, qui s’enrichissent à l’extérieur du fait des coûts salariaux inférieurs, accentuant ainsi la perte des emplois. Les entreprises états-uniennes créent hors du pays les postes de travail qu’elles détruisent à l’intérieur et, pour cette raison, la récession locale coexiste avec l’augmentation des recettes en devises des 500 principales entreprises (2).

Au cours des dernières décennies l’énorme consommation nord-américaine s’est maintenue, fondée sur l’endettement, dans un contexte de régression industrielle interne, d’accroissement de l’exploitation, de déficit commercial et d’émigration des entreprises. Ce scénario critique a été le résultat de la pression compétitive impulsée par le néolibéralisme.

Les déséquilibres produits par ce nouveau modèle sont apparus au grand jour avec l’émergence de la dette hypothécaire. Mais son ampleur est devenue visible à partir de la faillite de la banque Lehman Brothers (2008) et de l’érosion du système financier dans son ensemble (2009).

Les aides qui ont suivi ont finalement provoqué l’actuel cauchemar d’insolvabilité fiscale et bancaire qui fait trembler les marchés. Ces organismes continuent à bénéficier d’une thérapie intensive et l’endettement de l’État est passé de 62 % du PIB en 2007 à 100 % en 2011 (3).

Le gouvernement gère le déficit budgétaire sans aucune cohérence. Un jour il cède devant la pression des Républicains pour réduire les dépenses et le lendemain il lance un programme d’investissements avec des fortes réductions fiscales. Obama est paralysé entre la pression de la droite, qui a pris le contrôle du Congrès, et un électorat qui continue à attendre la réalisation de ses promesses.

La réaction extérieure des États-Unis

En s’appuyant sur le G20 et l’intervention conjointe des Banques centrales, les États-Unis ont essayé de diriger la gestion globale de la crise. Ils ont, de plus, recours à plusieurs stratégies en utilisant leurs principaux instruments économiques.

Le dollar — qui concentre 85 % des transactions en devises, 65 % du commerce mondial et un pourcentage similaire des réserves mondiales — constitue leur première ressource. La moitié de la dette mondiale et la plupart des transactions pétrolières et d’autres matières premières sont libellées en dollars.

Si le dollar a perdu la domination absolue qu’il avait après la seconde guerre mondiale, il maintien sa primauté en absence d’une devise de remplacement. L’euro n’a pas obtenu l’influence nécessaire pour agir comme une monnaie mondiale, le yen japonais a vu son influence régresser et le yuan chinois n'est pas internationalisé en tant que devise convertible. Ce manque de substitut permet au dollar de maintenir une intervention prédominante, qui pourrait anticiper une coexistence future de trois monnaies (dollar, euro, yuan), le retour aux taux de change fixes ou la négociation d’un nouveau panier de plusieurs devises (4).

Dans chacun de ces cas, le dollar pourra maintenir l’impact qu’il a conservé, depuis la fin de sa convertibilité en or, au cours des étapes successives des réévaluations et de dévaluation de son cours. Ses marges permettant d’administrer les taux de change élevés (pour attirer les capitaux) et bas (pour encourager les exportations) se sont réduites, mais elles n’ont pas disparu.

L’influence états-unienne est également significative dans la réforme du système financier mondial (les Accords Bâle III de décembre 2010). Ce changement est en cours dans le but d’augmenter les actifs des banques et les négociations continuent à propos du montant que les entités devront apporter. La manière de réglementer les nouveaux mécanismes de spéculation (les dérivés, les CDS et les Hedge Funds) ainsi que les opérations financières directes des entreprises sont également en cours de discussion.

L’internationalisation des finances et l’interconnexion des Bourses rendent indispensable cet ajustement normatif, qui implique une réorganisation préalable des organismes nord-américains. C’est un dirigeant reconnu du clan bancaire — Paul Volcker — qui est aux commandes de ce remodelage.

Sur ce terrain Wall Street travaille en partenariat étroit avec la City de Londres. Ils gèrent ensemble les sommets financiers et veillent à restreindre toutes les règlementations à un minimum compatible avec leurs affaires.

Les héros du néolibéralisme (Greenspan et Bernanke) sont sur la défensive en ce qui concerne cette réorganisation. Ils ne peuvent plus parler publiquement de l’efficacité absolue des marchés pour contenir les bulles. Leurs opposants keynésiens (comme William Dudley) ne parviennent pas non plus à imposer plus de contrôle préalable des surtensions spéculatives. Mais les deux variantes de la réforme sont définies aux États-Unis (5).

L’influence états-unienne est également décisive au sein du Fonds monétaire international (FMI). Malgré les attributions croissantes obtenues par les nouveaux participants du FMI, c’est Washington qui donne le ton. Lors des récents conclaves du G20, Washington a réussi à doubler les fonds du FMI, a fait accroître ses pouvoirs d’audit et a fait augmenter son contrôle des économies nationales. C’est le FMI qui définit actuellement en Europe les sanctions contre tout obstacle aux réductions budgétaires. Il a suspendu les crédits à l’Ukraine quand cette dernière envisageait d’augmenter le salaire minimum, a imposé la réduction des salaires en Lettonie, a exigé les privatisations en Grèce et s’est opposé au résultat du référendum islandais qui remettait en cause les exigences des créanciers. Maintenant, il ne se limite pas seulement aux économies mineures mais supervise le sauvetage de l’Italie (6).

A partir de ces actions l’establishment nord-américain évalue les stratégies de sortie de la crise et envisage les options inflationnistes. Depuis 2008 la Réserve Fédérale (FED) a injecté deux mille milliards de dollars au travers des politiques ultra expansionnistes (connues sous le nom d’« assouplissement quantitatif », équivalent contemporain de la planche à billets). Il a orchestré des émissions monétaires qui inondent la planète de dollars et facilitent l’exportation des déséquilibres états-uniens. Cette politique vise à liquéfier la dette publique par l’inflation, répétant ainsi le mécanisme déjà utilisé par les États-Unis pour assécher ses passifs étatiques en les diluant partout dans le monde.

Mais cette politique est aujourd’hui plus difficile non seulement à cause de la résistance des économistes orthodoxes. Dans le passé la réduction inflationniste de la dette a été absorbée par la forte croissance, qui permettait de réduire cette charge en comparaison avec le PIB. Or, pour les années à venir, personne n’ose prédire de tels scénarios de prospérité (7).

L’effondrement européen

Nombre d’analystes européens ont initialement caractérisé la crise du vieux continent comme étant une simple réplique du tremblement de terre états-unien. Cette vision a été réfutée par la dimension impressionnante du tsunami économique européen (8).

Son ampleur est en lien avec les déséquilibres spécifiques produits par la formation de l’Union européenne (27 pays) et de la Zone euro (17 économies). Les deux initiatives ont eu pour but d’ajuster la région aux règles néolibérales de la concurrence mondiale, en remplaçant l’ancienne diversité des économies par un bloc mené par la locomotive allemande et la diplomatie française.

Le rôle dirigeant de l’économique allemande a été consolidé par l’annexion du territoire oriental (ex-République démocratique allemande). Les classes dominantes ont utilisé le pouvoir technologique et la haute productivité de l’industrie pour renforcer la discipline salariale et transformer ainsi le pays en une grande puissance exportatrice de la Zone euro.

Mais la crise actuelle a démontré le caractère inachevé de ce bloc. La monnaie commune a été introduite pour garantir les excédents germaniques alors qu’on remettait à plus tard l’organisation d’un budget et d’une fiscalité communs. Cette carence a été mortelle. L’absence d’institutions étatiques communes pour soutenir la monnaie a miné la cohésion du projet et a renforcé l’hétérogénéité de la communauté. Au lieu de consolider la structure en gestation cela a accru la distance qui sépare les économies puissantes des pays retardataires.

Initialement certains espéraient que ces brèches seront réduites par le développement d’un marché commun et des transferts vers les zones retardataires. Mais à terme c’est le processus inverse qui a prévalu, celui de la perte systématique des positions par les pays avec des taux d’inflation supérieurs et des indices de productivité inférieurs. Finalement c’est une fracture entre les économies excédentaires (Allemagne, Pays-Bas, Autriche) et les pays déficitaires (Grèce, Portugal, Irlande) qui s’est imposée (9).

L’endettement public et la faillite des banques ont élargi cette brèche entre le centre et la périphérie de l’Eurozone. Les petites économies ont sombré les premières, submergées par le déséquilibre des échanges commerciaux (Grèce), le déclin des investissements étrangers (Irlande) et le financement spéculatif étranger (Islande, Chypre). Ensuite l’effondrement fiscal a atteint l’Italie (troisième puissance de la Zone) et il menace maintenant l’Espagne (qui affronte une terrible morosité hypothécaire).

Toutes les banques ont leur portefeuille rempli de titres publics insolvables. Les entités les plus fragiles de Grèce, d’Irlande ou d’Islande se sont déjà effondrées et la crainte gagne les grandes institutions de France, d’Allemagne, d’Autriche et d’Italie. Les échanges interbancaires ont diminué, la peur de la toxicité de bilans augmente et des fonds ont déjà été retirés pour être placés dans des lieux plus sûrs (10).

La stratégie allemande

L’Allemagne ne peut employer les réponses mondiales à la crise que tentent les États-Unis. Elle manque de ressources impériales dont dispose encore la première puissance et a choisi une stratégie déflationniste défensive, qui la place aux antipodes de l’option inflationniste états-unienne. Alors que la Réserve fédérale états-unienne (FED) a impulsé les réductions systématiques des taux d’intérêt, la Banque centrale européenne (BCE) a augmenté le prix de l’argent.

On explique souvent cette divergence par la différence des traditions. La mémoire de Weimar est opposée à celle du New Deal. Cette opposition entre les peurs européennes d’une hyper-inflation et les souvenirs états-uniens de la Grande Dépression permettrait d’expliquer la brèche entre l’influence respective des deux pays dans la gestion internationale de la crise (11).

Au niveau européen l’Allemagne promeut une politique agressive visant à faire payer le coût de la crise par les travailleurs. Cette attaque n’est pas un simple ajustement de plus. Elle impose la destruction de l’État providence construit après la guerre et la liquidation des conquêtes sociales, que les salariés des autres continents n’avaient jamais obtenues. Le taux de chômage européen atteint déjà les 20 % et sous l’impact de la précarisation du travail la pauvreté touche un quart de la population.

Le resserrement budgétaire en vue de soutenir l’euro constitue l’autre pilier de la politique allemande. Au cours des derniers mois, l’existence de cette devise a été au bord du gouffre et on a spéculé sur sa réorganisation, sa fracture ou sa disparition prochaine. Mais il s’agit d’une monnaie qui a été la clé de la domination exportatrice de l’Allemagne, basée sur l’unification des marchés et sur l’élimination des barrières protectionnistes.

Pour préserver l’euro, le récent accord budgétaire du sommet européen fixe un délai pour restaurer les règles du déficit et de l’endettement public. Il prévoit des sanctions automatiques pour les pays qui les violeraient. Ces principes budgétaires devront devenir une norme constitutionnelle et être soumis au contrôle des tribunaux supranationaux. Ces autorités superviseront les dépenses et pourront imposer leur réduction à tout moment de l’année, plaçant ainsi les peuples entre le marteau et l’enclume. Ceux qui négligeraient l’application de cet agenda seraient automatiquement exclus de la Zone euro.

Ce durcissement est conforme à la stratégie allemande visant à renforcer son modèle exportateur sans émettre de la monnaie. Il cherche à renforcer le rôle de la périphérie européenne en tant que fournisseur de facteurs de production à coûts décroissants. La réduction des salaires grecs, la pulvérisation de la sécurité sociale irlandaise et l’augmentation généralisée de l’âge de départ à la retraite anticipent les conséquences de cette réorganisation (13).

L’Allemagne impose cette stratégie déflationniste en interdisant toutes les initiatives financière qui menaceraient sa compétitivité. Elle a bloqué la création des Euro-obligations et la mutualisation des dettes. Elle a obstrué l’extension du Fonds européen de stabilité financière (FESF, remplacé par le Mécanisme européen de stabilité), empêché l’achat des bons du trésor sur les marchés secondaires et renforcé les interdictions du financement direct des États par la BCE.

Cette rigueur n’implique nullement d’abandonner les banques en faillite. L’Allemagne approuve l’aide aux banques tout en cherchant à préserver son potentiel industriel. Elle ne renonce pas au financement futur de la zone euro avec les mécanismes fédéraux qui régissent les États-Unis, mais à condition de garantir préalablement son contrôle fiscal. Face à la vulnérabilité des banques et à l’impossibilité de répéter l’absorption progressive des dettes — mise en œuvre par exemple par les États-Unis depuis des décennies face aux dettes latino-américaines — elle a accéléré la mise en place de cette supervision (14).

Ce nouveau cadre budgétaire a ouvert une autre gamme de conflits au sommet de l’Union européenne (UE). La Grande-Bretagne a rejeté le pacte franco-allemand et a décidé de rester en marge pour protéger l’autonomie de la City. Elle refuse de soumettre ses banques à la supervision bruxelloise car elle n’a pas obtenu le droit de veto pour protéger ses affaires. Les capitalistes anglais sont certes intéressés à participer au marché continental, mais à condition de préserver l’internationalisation de leurs finances.

L’alliance Merkel-Sarkozy apparaît gagnante à l’issue du récent sommet, mais seul le temps permettra d’évaluer la consistance de cette victoire. La crise dévore les directions politiques et chaque élection se solde par la punition des gouvernants sortants. Cette sanction affecte de la même manière les sociaux-démocrates (Irlande, Portugal, Espagne) que les conservateurs (France, Italie, Allemagne) (15).

Interrogations sur la Chine

La poursuite de la croissance chinoise à des taux annuels de 9-10 % constitue une importante nouveauté de la crise en cours. Lors de la dernière décennie les exportations du géant asiatique ont été multipliées à un rythme effréné. La Chine capture les ressources naturelles en Afrique, renforce les échanges commerciaux avec l’Amérique latine et a déjà détrôné le Japon en tant que seconde économie mondiale.

Cette avancée confirme la profondeur des changements enregistrés au cours de l’étape néolibérale. La Chine s’est intégrée dans la mondialisation en utilisant le bas prix de sa force de travail sans répéter la vieille trajectoire qui passait par des débuts protectionnistes, par la gestation d’une bourgeoisie nationale et le déploiement de rivalités internationales. Elle s’est insérée directement dans l’accumulation mondiale du capital.

Au début de la crise bon nombre d’économistes supposaient que la croissance chinoise compenserait la contraction des économies avancées. En réalité on a enregistré seulement un rôle de contrepoids partiel. Le géant asiatique a soutenu financièrement les États-Unis et l’Europe lors des pics de la crise, pour assurer la continuité de ses ventes extérieures, en préservant sa demande interne et en renforçant ses achats internationaux des matières premières. Il a ainsi freiné la dépression générale et a délimité la portée géographique de la récession, mais il n’a pas remplacé les locomotives du monde développé. Maintiendra-t-il ce rôle ?

Certains parient sur cette continuité et s’attendent à une forte aide du yuan au vieux continent, qui passerait par des énormes acquisitions des titres publics en euros. Mais la Chine a déjà acquis une grande partie de la dette italienne, espagnole ou portugaise et un quart de ses réserves sont en euros. L’accroissement de tels achats suscite des divergences au sein de la direction chinoise.

Le secteur le plus associé au commerce mondial (« l’élite du littoral ») accepte de participer au nouveau sauvetage en échange de fortes contreparties. Il cherche à faire réduire les sanctions du dumping, à obtenir le statut d’« économie de marché » et à s’imposer dans l’investissement des infrastructures européennes.

Cette fraction essaye aussi de placer la Chine dans le futur cadre d’une monnaie mondiale. C’est pourquoi elle exige qu’une partie de toute aide soit libellée en yuans. Mais une telle insertion monétaire valoriserait également le taux de change du yuan et en conséquence affaiblirait le modèle exportateur. La Chine a résisté à de nombreuses pressions visant à faire réévaluer le yuan et elle n’a pas accepté les exigences que les États-Unis avaient été capables d’imposer au Japon au cours de la décennie précédente. Néanmoins la seule internationalisation du yuan pourrait générer un affaiblissement de l’autonomie de la principale économie asiatique (16).

Les fonds de placement chinois ont activement participé au maintien du dollar et des bons du Trésor. Ils ont acquis des actions de General Motors et des parts de la banque Morgan Stanley. Mais le passage de ces acquisitions à une autre échelle (en particulier en Europe) ferait entrer le pays dans une politique impériale à hauts risques. Défendre ce qui a été obtenu à l’étranger nécessite une présence géopolitique que les dirigeants chinois évitent.

Pour cette raison de nombreux secteurs de la direction chinoise (« l’élite de l’intérieur ») mettent en question l’augmentation démesurée des investissements à l’étranger et soulignent la nécessité d’accroître d’abord la très basse consommation intérieure. La mobilisation récente des internautes contre le financement du vieux continent reflète cette préoccupation. Il convient de rappeler que le produit intérieur par habitant est encore en Chine inférieur à 10 % de la moyenne européenne.

Le dilemme entre le soutien du modèle exportateur ou un tournant vers la consommation intérieure persiste sans être résolu. Il y une forte pression en faveur du second, mais sans résultat significatif. Ce tournant n’est pas réalisé. Il pourrait faire croître des déséquilibres d’une très grande ampleur.

Pour augmenter substantiellement le pouvoir d’achat intérieur il faut augmenter les salaires et introduire les prestations sociales généralisées. Ces mesures heurteraient le modèle du bas coût du travail qui a permis l’ascension capitaliste du pays. La réorientation du flux des investissements vers des économies asiatiques, dont les salaires sont encore plus bas qu’en Chine, constitue déjà un avertissement anticipé des problèmes que pourrait provoquer un tel tournant.

L’orientation économique est ainsi soumise à des tensions multiples. Le déséquilibre le plus immédiat c’est la bulle immobilière : dans les trente villes principales le prix des logements a augmenté de 50 % au cours des deux dernières années, en répétant le cycle d’endettement douteux qui a affecté les États-Unis et l’Espagne. Comme un quart de l’économie chinoise est lié à la construction, un retournement brusque de cette valorisation pourrait affecter le PIB.

Il y a également de graves problèmes financiers. Bien que l’État maintienne le contrôle du crédit, un énorme marché de prêts clandestins s’est développé pour financer la consommation de la classe moyenne et la comptabilité obscure des administrations locales. Ces discordances expliquent la montée de l’inflation, qui au cours de la décennie passée oscillait autour de 2 % et qui vient d’atteindre 6,2 %.

L’ampleur des bénéfices accumulés par les segments privilégiés est un autre élément d’instabilité. Les revenus des 10 % les plus riches de la population sont 23 fois plus élevés que ceux des 10 % les plus pauvres et la crème de l’exécutif perçoit des salaires 128 fois supérieurs à la moyenne générale (17).

Cette fracture sociale coexiste avec les problèmes structurels de surinvestissement, qui a déjà atteint 45 % du PIB. Un tel rythme d’investissements exige de nouveaux marchés sur une scène internationale récessive. Il accroit également les dangers écologique du fait d’une perte de contrôle administratif.

Personne ne sait quel impact aura sur la Chine un nouveau recul de l’économie mondiale. Certains économistes pensent que cet effet sera assimilable (Stiglitz), d’autres pronostiquent des conséquences sérieuses (Roubini). Mais tous sont d’accord pour souligner le caractère central de cette donnée pour l’évolution immédiate de la conjoncture mondiale (18).

BRICS, EAGLE et émergents

La Chine n’a pas été la seule économie qui a pu éviter jusque là la récession mondiale. Un groupe d’économies intermédiaires (appelées émergentes, ascendantes ou BRICS) a aussi pu se soustraire au mauvais temps. Ce noyau de pays forme le conglomérat semi-périphérique de la stratification mondiale actuelle.

Ce secteur a maintenu sa croissance au cours de l’année passé, a augmenté de manière significative son taux d’investissement ainsi que sa participation au PIB mondial. Si ces tendances subsistent, la localisation de la production et de l’emploi connaîtra un déplacement important dans la prochaine période. Ces modifications sont conformes avec la nouvelle division internationale du travail, qui privilégie le continent asiatique.

Les économies ascendantes sont les enfants gâtées du capitalisme. Elles reçoivent les éloges du FMI et ont été les étoiles des récents forums de chefs d’entreprises à Davos. Les nouveaux multimillionnaires de Chine, de Russie ou d’Inde s’intègrent rapidement au club des maîtres du monde.

La distribution des réserves mondiales est un autre indicateur des modifications en cours. Elles se montent à 6 500 milliards de dollars dans les économies émergentes et seulement à 3 200 milliards dans les pays du Nord. L’endettement extérieur du premier groupe c’est réduit et certains de ses membres sont déjà créditeurs. Dans l’autre pôle une nouvelle catégorie a fait irruption : les « pays riches hautement endettés ».

Cependant il est fréquent de voir tirer des conclusions erronées de ces mutations. La principale confusion apparaît dans la classification sans discrimination de l’ensemble de ce groupe ascendant dans l’unique rubrique des BRIC. Cette dénomination — d’abord le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine — a été étendue à BRICS (avec l’Afrique du Sud), puis à BRIICS (avec l’Indonésie et la Corée du Sud). Une autre extension récente mentionnes les EAGLE (« Emerging And Growth Leading Economies » c’est-à-dire les principales économies émergentes et croissantes), avec le Mexique, l’Égypte, Taïwan et la Turquie) (19).

Ce sont les opérateurs bancaires (Goldman Sachs, BBVA) qui sont à l’origine de ces appellations. Ils incluent ou excluent des pays de leur liste en fonction des occasions d’investissements financiers. Le caractère conjoncturel d’une telle évaluation saute aux yeux. Mais le principal inconvénient de ces appellations c’est de mettre dans le même sac un pays qui avance vers le statut d’une puissance centrale (la Chine) et des économies intermédiaires dont l’évolution future est incertaine.

La distance entre le géant asiatique et chacun des autres pays dits émergents est abyssale en ce qui concerne la production, les exportations ou les réserves financières. Cette brèche est particulièrement visible face à une autre économie qui a connu récemment une forte croissance (l’Inde) ou en comparaison à un autre voisin qui a précédé l’avancée chinoise et qui a régressé face à l’irruption de la Chine (la Corée du Sud) (20).

En plaçant tous ces pays dans le même panier on oublie que beaucoup d’entre eux se sont développés en tant que fournisseurs des produits de base dont la Chine a besoin. Ils n’ont pas impulsé la croissance mondiale mais ont été entraînés par elle. Il est également important de noter la division qui existe entre les protagonistes d’un développement industriel et les acteurs dont le développement est fondé sur la hausse de la rente pétrolière (la Russie) ou agricole (le Brésil). Ces différences impliquent une forte diversité de la cohérence de leur croissance.

Les distinctions entre les pays émergents sont encore plus catégoriques sur le plan géopolitique. L’autonomie des politiques impériales de la Russie et de la Chine ne s’étend pas à l’Inde, au Brésil ou à l’Afrique du Sud. Ces derniers pays maintiennent des liens d’association ou de dépendance très étroits avec les puissances qui définissent l’ordre mondial. C’est pour cette raison que le fonctionnement propre des dits BRICS n’a pas donné naissance à l’adoption par eux de stratégies communes. Il est certain que la plus grande stabilité politique de tout ce groupe contraste conjoncturellement avec le désordre généralisé qui règne au sein des puissances centrales. Mais cette caractéristique ne détermine pas non plus un modèle d’action internationale conjointe.

Les nouvelles alliances Sud-Sud au détriment des vieilles connexions avec les centres métropolitains ont une portée limitée et n’anticipent pas une « seconde mondialisation » dirigée par les économies émergentes, que certains analystes pronostiquent. Jusqu’à présent, la donnée la plus significative fut l’intégration de pays émergents au sein du G20, dans le but de renforcer la soutien au capitalisme en crise (21).

Les épreuves de la périphérie

L’exception des pays intermédiaires ne s’est pas étendue au reste de la périphérie. La crise frappe à nouveau avec une virulence plus grande les économies les plus appauvries, réitérant ce qui fut la norme des convulsions capitalistes. Cet impact est constaté sur le terrain de l’emploi et sur celui des revenus. Les émigrants font face à encore plus d’obstacles pour atteindre le Premier monde, les aides se tarissent et les vagues de réfugiés se multiplient.

Alors que la presse ne parle que des économies centrales et émergentes, l’immense majorité des pays se trouve hors du G20 et supporte quotidiennement le drame de la misère. Là se trouvent les 2050 millions de personnes qui n’ont pas d’accès aux soins de santé de base et les 884 millions qui n’ont pas d’accès à l’eau potable.

Le phénomène nouveau du tsunami actuel c’est la convergence de ces souffrances avec la tragédie de la famine. La montée des prix alimentaires, qui a précédé la crise, n’a pas été inversée par la récession. Dans de nombreuses régions le drame de la dénutrition s’accentue. En Somalie, par exemple, on observe tous les symptômes d’une catastrophe alimentaire. Le nombre total d’affamés atteint 1 020 millions de personnes, mais la menace s’étend aux 2 500 millions qui vivent dans la pauvreté. Ce fléau augmente avec la montée des prix des céréales, qui reflète la consolidation d’une agriculture néolibérale exportatrice, détruisant la petite propriété, annihilant l’approvisionnement traditionnel local, généralisant la dépossession des paysans et démultipliant l’émigration rurale.

Cette réorganisation capitaliste de l’agriculture détermine le manque de nourriture qui angoisse un sixième de l’humanité alors que la production totale est suffisante pour satisfaire les besoins alimentaires. Le règne de la rentabilité et le contrôle du commerce agricole par une poigné d’oligopoles transnationaux (Archer Daniels Midlans, Bunge, Cargill et le Groupe Louis Dreyfus) accroissent la tragédie de la famine. Les espoirs que l’effet déflationniste de la décélération économique atténuerait ce problème ne se sont pas réalisés. La montée des prix alimentaires, qui a commencé en 2003, persiste sans modifications importantes.

De nombreux auteurs estiment que cette hausse obéit à la formation d’une nouvelle bulle. Spéculer sur les prix futurs des céréales est devenu une opération très rentable. Elle permet de canaliser les excédents de liquidités issus de la perte d’occasions d’investissements rentables dans les pays développés (22). D’autres analystes considèrent que la montée des prix alimentaires est un problème plus structurel qui dérive de la demande croissante des nouveaux consommateurs asiatiques. Ils soulignent également l’augmentation des coûts de production et la productivité déclinante du secteur agricole (23).

Il s’agit de deux explications complémentaires — à court et à long terme — d’un même phénomène. Mais dans tous les cas les manœuvres financières et les écarts structurels entre l’offre et la demande présagent l’aggravation de la crise alimentaire pronostiquée par tous les experts de la FAO.

Cette situation est encore aggravée par les pressions de l’industrie agro-alimentaire qui bloque au sein du G20 toute réglementation internationale des prix. Le G20 regroupe les pays qui produisent 77 % des céréales et contrôlent 80 % du commerce agricole. La faim des désemparés est l’autre face de la médaille des bonnes affaires de plusieurs membres de cette association.

Multipolarité et hégémonie

La diversité des situations régionales dans la crise actuelle a généralisé les prédictions d’un tournant de la domination mondiale vers la multipolarité. Ce contexte diffère de la bipolarité qui a suivi la seconde guerre mondiale (États-Unis contre l’URSS) et de l’unipolarité des années 1990 (suprématie états-unienne). Le déclin des États-Unis est associé à l’avancée de la Chine et des pays émergents. Certaines analyses soulignent aussi l’épuisement du néolibéralisme et pronostiquent une croissance développementiste de la périphérie, fondée sur l’intervention étatique et les échanges entre les économies du Sud (24).

Mais ces points de vue ne prennent pas en compte les continuités importantes qui lient la période actuelle avec la précédente. La multipolarité pourrait modifier les rapports de pouvoir entre les puissances mais elle ne change pas les piliers de la mondialisation néolibérale. Le rôle des entreprises transnationales persiste ainsi que la concurrence mondiale pour les profits fondés sur l’exploitation de la force du travail.

En outre, cette internationalisation du capital détermine la continuité du libre commerce et les flux financiers transfrontaliers. A la différence de ce qui s’est passé dans l’entre-deux-guerres, la multipolarité actuelle n’anticipe pas le surgissement des blocs protectionnistes disposés à lutter pour la conquête des marchés à travers la guerre.

La stagnation du centre détermine effectivement une plus grande interaction entre les économies intermédiaires. Mais ces liens se développent en étroite association avec les entreprises du Premier monde. Cette collaboration n’est pas un impératif technologique et elle n’obéit pas à des besoins de financement. Les bourgeoisies émergentes ont étendu leur rayon d’action en commun avec le capital étranger et continuent à renforcer ces liens.

Leurs stratégies n’ont rien en commun avec des propositions anti-impérialistes ni avec des initiatives des « non alignés ». Ils ne stimulent pas non plus la planification paramercantile du commerce (COMECON) ni des projets solidaires (Bandung). Ils agissent selon les critères de rentabilité qui tendent à reconstruire les inégalités traditionnelles de la relation centre – périphérie – semi périphérie.

La mondialisation a modifié les cadres géographiques des ces liens. Maintenant la proximité territoriale entre les économies dominantes et leurs fournisseurs de sous-produits n’est plus indispensable. Les rapports de domination commencent donc à dépasser leur rayon traditionnel.

Il est impossible de prédire l’ordonnancement final de cette mutation, mais il est évident que tous les joueurs n’en sortiront pas gagnants. L’accumulation exige d’équilibrer les avancées d’un pôle avec les pertes du segment opposé. Si une région prospère, une autre doit décliner pour que l’enrichissement des capitalistes gagnants soit soldé par la population des zones perdantes.

La multipolarité ne modifie pas ce principe sélectif du développement bourgeois. Le capitalisme exclut la croissance partagée à long terme et l’élimination progressive de toutes les inégalités socio-régionales. Les admirateurs du nouveau scénario ignorent cette extension des failles. Ils imaginent souvent la multipolarité comme un changement de l’hégémonie politique en faveur de la Chine et au détriment des États-Unis. Mais ils ne clarifient jamais quelle signification ils donnent au concept de l’hégémonie. Cette notion peut être identifiée avec la suprématie impériale ou avec des formes de gestion consensuelle en opposition avec la coercition belliqueuse. Dans le premier cas on suggère que l’expansionnisme chinois remplacerait le dominateur états-unien. Dans le second, on suppose que cette substitution sera pacifique c’est-à-dire qu’elle sera l’effet d’une primauté économique écrasante. Les erreurs des deux hypothèses sautent aux yeux.

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale les États-Unis ont exercé une domination impérialiste explicite. Ils ont agi comme le garant militaire de la reproduction du capital et ont assuré la protection de toutes les classes dominantes face aux révoltes populaires et à l’instabilité du système. Les dirigeants chinois eux-mêmes ne s’imaginent pas à aucun moment pouvoir jouer un tel rôle dans le futur.

Ceux qui imaginent que la substitution coercitive serait inutile du seul fait de la puissance économique orientale n’expliquent pas comment le capitalisme mondial pourrait fonctionner sans aucune forme de garantie militaire. Une telle vision oublie qu’un système de concurrence pour les profits obtenus par l’exploitation ne peut se développer sans utiliser la force.

L’identification de la multipolarité avec le repli guerrier des États-Unis ou de leurs partenaires européens est une hypothèse ingénue. Dans toute « désoccidentalisation » de l’économie mondiale le gendarme états-unien continuera de superviser les invasions, les occupations et les massacres. Il est certain que la première puissance n’agit pas actuellement avec l’omnipotence qu’elle avait dans les années 1990, mais elle dirige l’OTAN, concentre la moitié des dépenses militaires mondiales et maintient une association étroite avec tous les pays qu’elle a alignés au cours de la guerre froide.

Les principaux membres de cette alliance n’ont pas l’habitude de remettre en cause cette familiarité quand ils renforcent leur puissance économique. L’invariable loyauté des bourgeoisies pétrolières du Golfe est un exemple de cette attitude. La soumission du Japon est encore plus symptomatique, car il n’a pas cherché des voies d’autonomie politique pour résister à sa stagnation. La régression économique japonaise s’est approfondie avec le plus important endettement public du monde développé et avec l’échec des plans de réactivation mis en place à la suite du tremblement de terre (25).

Le rôle central des États-Unis a été vérifié récemment lors de l’extension du G7 avec la cooptation des pays intermédiaires et lors de la remise en marche du FMI pour préserver l’ordre impérial en vigueur. Le gendarme mondial utilisera également son pouvoir pour tenter de récupérer le terrain perdu. Il signale déjà les moyens de pression dont il dispose face à son rival chinois en organisant des manœuvres navales en Corée du Sud et des exercices en Mongolie ainsi qu’en préparant l’installation d’une base militaire en Australie. Il teste la réaction de son rival au travers des litiges avec Taïwan, des disputes avec l’Inde et de la question du statut du Tibet. Cependant ces tensions n’ont pas remis en cause jusqu’à présent le cadre associatif avec la Chine, en vigueur depuis plusieurs décennies.

Le géant asiatique a également hiérarchisé la solidarité capitaliste. Au lieu de favoriser l’effondrement des banques occidentales il a volé à leur secours. Lors du récent écroulement européen il a même renforcé sa convergence avec le FMI et a conditionné ses futurs crédits aux audits du Fonds. Cette intégration renforce l’hostilité des dirigeants chinois envers toute protestation locale ou internationale contre le néolibéralisme (26).

Néolibéraux et keynésiens

Le débat économique sur la crise continue à être dominé par l’opposition entre les visions orthodoxes et hétérodoxes. Les néolibéraux attribuent la crise à « l’irresponsabilité fiscale » et fulminent contre les gouvernements qui ont gaspillé l’argent dans des frais improductifs. Mais ils oublient de rappeler que ces dépenses ont initialement soutenu l’expansion des économies industrialisées et que la perte du contrôle postérieure est le fruit du sauvetage des banques. Par exemple, avant 2007, la majorité des pays européens disposait d’un excédent budgétaire.

Le discours néolibéral dissimule cette aide et attribue l’actuel échec « aux peuples qui ont vécu au-dessus de leurs possibilités », comme si améliorer le niveau de vie était un péché. Il n’explique pas non plus pour quelle raison les riches sont exemptés de tout sacrifice. Le caractère durable de la crise est également utilisé pour justifier les attaques contre le niveau de vie. Si plus personne n’ose présenter la flexibilité du travail comme un passeport pour la prospérité, on nous explique qu’il faut se serrer la ceinture pour survivre (27).

Aux États-Unis les mêmes arguments sont utilisés par les Républicains pour exiger de nouvelles réductions des « frais » sociaux tout en maintenant les privilèges des banquiers, les dépenses militaires et les réductions fiscales pour les plus riches. Ils réclament la fixation d’un strict plafond de l’endettement supervisé par les popes de l’establishment et oublient de mentionner que l’aide accordée aux financiers contredit tous leurs principes du marché libre.

Les keynésiens, par contre, estiment que la crise est le produit de la déréglementation financière et de la contraction de la demande. C’est pourquoi Krugman propose de taxer les riches, de relancer l’investissement public et d’augmenter les revenus. En syntonie, Stiglitz appelle de ses veux l’annulation du crédit hypothécaire et la sanction des banques (28).

Ces auteurs indiquent à juste titre comment la désorganisation du contrôle des risques, les jongleries comptables, les titres empaquetés et dérivés, ont déclenché le tsunami actuel. Mais ils omettent de remarquer que cette mauvaise gestion a fait irruption en tant que résultat de la concurrence de la gestion des crédits que le capitalisme impose. Il en va de même en ce qui concerne l’endettement des ménages et l’exclusion sociale qui ne sont pas seulement une conséquence des erreurs de la politique économique.

Les théoriciens hétérodoxes oublient que l’accumulation elle-même produit le divorce entre la consommation et la production en coupant le lien entre l’accroissement de la productivité et celui du pouvoir d’achat. Ces contradictions ont été exacerbées par la rivalité que la mondialisation néolibérale a élargit à l’échelle planétaire.

Les économistes keynésiens estiment également qu’il est possible d’atténuer ces déséquilibres à travers une répartition équitable des coûts de la crise. Ils proposent une distribution uniforme des pertes financières entre les débiteurs et les créditeurs. Mais il suffit d’observer la réaction des banquiers face à la dévaluation des créances grecques pour remarquer à quel point cette bataille sera dure. Cette annonce a déclenché une tempête des agences de notation et a précipité l’ajustement budgétaire de l’Union européenne. La même virulence a marqué la précédente réaction des financiers face aux propositions de suppression des paradis fiscaux ou de l’annulation des colossales primes de leurs dirigeants.

Pour neutraliser cette résistance des banquiers il faudrait adopter des mesures plus fermes, comme l’annulation du paiement de la dette, l’audit des passifs et la nationalisation du système bancaire. Il en va de même en ce qui concerne la relance de la croissance et la création des emplois. La réalisation de tels objectifs exige de couper le robinet de paiements aux créanciers, de contrôler les mouvements des capitaux et d’introduire un système d’imposition radicalement progressif (29).

La conjoncture actuelle a rétrécie l’espace permettant d’exécuter les réformes sociales sans recourir à des actions anticapitalistes. Nous vivons un climat de sauve qui peut avec de très faibles marges de manœuvre pour les politiques de « capitalisme humanitaire ». C’est le règne de la pression pour traiter les faillites bancaires, épurer les entreprises et dévaloriser le travail.

Ces tendances n’obéissent pas seulement à l’idéologie droitière dominante ou à l’influence prépondérante des financiers. Toutes les classes dominantes soutiennent les banquiers pour imposer les ajustements. Cette coïncidence se reflète également dans le comportement des sociaux-démocrates européens. A l’heure de l’alternance ils ne se sont pas différenciés de leurs adversaires droitiers et ils acceptent la verticalité autoritaire imposée par Merkel et Sarkozy. Par exemple, tous ont approuvé le renvoi de Papandreou qui avait eu l’audace de solliciter une consultation populaire, envoyant ainsi un message ferme d’intervention néocoloniale à la Grèce (30). La même tendance apparaît dans l’indifférence du gouvernement états-unien devant les pétitions des libéraux. Cette attitude contraste avec la perméabilité réformiste qui marquait les années 1930 sous le mandat de Roosevelt.

De nombreux keynésiens admettent l’adversité de la situation. Mais ils considèrent qu’il est possible de généraliser à l’échelle internationale les solutions intermédiaires appliquées par l’Argentine après sa cessation de paiements en annulant et en renégociant une partie de la dette (31). Ils omettent cependant de prendre en compte les conditions spécifiques qui ont permis cette expérience. L’Argentine a pu rester relativement déconnectée des financements internationaux parce qu’elle est insérée dans le commerce mondial en tant qu’exportateur des aliments. Elle a pu jouir de la hausse des prix internationaux et s’est transformée en fournisseur privilégié des économies asiatiques ascendantes. En outre, elle a utilisée l’énorme rente exportatrice pour revigorer la demande intérieure a la suite d’une dévaluation brutale qui a à la fois épurée les capitaux, baissée les salaires et a ainsi facilité la recomposition cyclique du taux de profit.

Il est évident que la majorité des économies dépendantes touchées par la crise ne dispose ni des ressources, ni des conditions qui permettraient une telle récupération. Ils pourraient effectivement adopter certaines des initiatives employées par l’Argentine, mais seulement comme point de départ de mesures beaucoup plus radicales et audacieuses (32).

L’intensité de la crise exige d’assumer une démarche anticapitaliste en rupture avec les diverses variantes de l’actuel système social. Or, la pensée économique qui domine actuellement est incapable de dépasser cette restriction et reste prisonnière d’un choix entre le modèle anglo-saxon, le schéma allemand ou l’option chinoise (33). Ces analyses nient les racines intrinsèquement capitalistes de la crise actuelle et occultent les contradictions que le processus d’accumulation génère périodiquement et étend de manière itinérante. Un système basé sur la rivalité pour l’appropriation des profits surgis de l’exploitation produit inévitablement le type de crises qu’on observe actuellement.

Pour concevoir une autre gamme d’alternatives en vue de résoudre la crise il faut d’abord reconnaître que le capitalisme n’est ni l’unique ni le meilleur des systèmes possibles. Une telle ouverture permet de dépasser la résignation, de consolider la volonté de lutte et d’imaginer les issues profitables à la majorité de la population.

Résistances sociales

L’évolution de la crise peut être abruptement modifiée par les actions populaires qui gagnent du terrain au cours des derniers mois. Les analystes qui ne tiennent pas compte de ces réactions, raisonnent comme si le processus économique se déroulait dans un vide social ou tout au plus à l’abri des bureaux des fonctionnaires et des financiers.

Le début de la crise a d’abord provoqué une grande confusion au sein des populations habituées à identifier les désastres avec le Tiers-monde. Cette stupeur a été également marquée par la peur du chômage. Mais à la fin de l’année 2010 les soulèvements du monde arabe ont introduit un élément nouveau dans cette attitude. Ils ont montré comment il est possible de conquérir des grandes victoires démocratiques.

Cette impulsion a approfondit la résistance en Grèce qui est devenue le principal bastion de la riposte populaire. Les manifestants qui occupent les places et encerclent le Parlement grec sont dans un état de quasi soulèvement.

Ces protestations ont encouragé à leur tour les Espagnols indignés, qui questionnent l’aide aux banquiers et exigent la « démocratie réelle ». Ce mouvement a conquis une légitimité, des nouveaux soutiens et une réalité dans l’ensemble de l’État espagnol.

D’autres réactions sociales ont vu le jour en Angleterre aussi bien parmi les jeunes chômeurs harcelés par les policiers que parmi les travailleurs syndiqués. En Italie des grèves apparaissent et au Portugal il y a des mobilisations. Ces luttes commencent à s’étendre et l’image bienveillante dont jouissait l’Union européenne s’émousse. Une victoire imposée d’en bas pourrait actualiser le grande tradition de rébellions du vieux continent.

Cependant l’événement le plus frappant de l’année a eu lieu sur l’autre rive de l’Atlantique avec le surgissement du mouvement « Occupy Wall Street ». Cette initiative a déjà une portée nationale, jouit de la sympathie populaire, de la solidarité des intellectuels et de l’appui syndical. Pour la première fois depuis des décennies il a réintroduit au cœur même du capitalisme les manifestations massives qui échappent au contrôle institutionnel.

Les mouvements de lutte qui affectent la Chine ont bénéficié d’un moindre intérêt médiatique. Pourtant au cours de l’année passée on y a enregistré 180 000 protestations, dans leur majorité inspirées par des revendications contre l’exploitation des salariés. Une nouvelle génération ouvrière, déjà émancipée de la migration rurale, a repris confiance en soi et obtient des conquêtes dans la confrontation directe avec les patrons (34).

Sur tous les continents la jeunesse lève la tête et construit des mouvements en utilisant les réseaux sociaux pour s’informer et s’organiser. Le premier embryon d’un mouvement international est apparu le 15 octobre dernier, lorsque les marches mondiales ont réuni des multitudes dans 950 villes de 80 pays. Une action coordonnée de cette ampleur n’avait pas eu lieu depuis les mobilisations contre la guerre en Irak en 2003.

Si la convergence régionale et internationale de ces résistances se renforçait il serait possible de développer une réponse aux tentatives bourgeoises d’affronter les travailleurs pays par pays. Les dirigeants de l’Allemagne ont pris la tête de cette stratégie et répètent à qui veut les entendre que les travailleurs allemands « ont déjà consenti des sacrifices » et qu’ils « ne doivent pas payer la facture du Sud paresseux ». Ce message cherche à opposer les salariés les uns contre les autres en dissimulant les bénéfices que les capitalistes tirent de cette division. Les campagnes de la droite contre les immigrés visent le même but (35).

Une sortie progressiste de la crise exige de résister à cette fracture au sein de la classe ouvrière mondiale. Les tensions entre les salariés allemands et grecs, états-uniens et chinois ou espagnols et marocains conduisent à faire payer aux peuples les conséquences de la crise actuelle du capitalisme. Les réponses internationalistes neutraliseraient cette menace et permettraient des retrouvailles entre la jeunesse et les secteurs de la classe ouvrière qui n’ont pas encore pu se relever après l’agression néolibérale. L’année 2012 offre l’occasion de changer le scénario de la crise en faveur des travailleurs. ■

Buenos Aires, le 21 décembre 2011

* Claudio Katz, économiste, est chercheur au Conseil national de la science et de la technologie (CNCT) et enseignant à l’Université de Buenos Aires (Argentine). Il vient de publier Bajo el Imperio del capital (Sous l’empire du capital, Bogota 2011), une analyse novatrice de l’impérialisme actuel. Il est membre d’EDI (Economistas de Izquierda). On peut consulter ses article sur sa page web : http://katz.lahaine.org/

Notes

1. En 1979 les 1 % des plus riches percevaient 9 % du revenu national et actuellement ils s’accaparent 24 %. Quand les occupants de Wall Street affirment que « nous sommes 99 % des citoyens », ils savent très bien de quoi ils parlent. Cf. Roberts Paul Craig, “Las pérdidas de puestos de trabajo en Estados Unidos son permanentes”, Rebelión, 9-10- 20.

2. Wall Street Journal, “La recuperación de EEUU es una de las más decepcionantes”, La Nación, 31 décembre 2010.

3. Bien que quelques banques aient dernièrement amélioré leur patrimoine et liquidité, l'effondrement récent de la huitième firme d’investissement (MF Global) est un exemple des dangers potentiels. MF Global s’est effondré à cause de son exposition aux titres de la dette européenne, qui sont assurés en grande proportion par des financiers américains. Cf. Montero Alberto, “Cuando la democracia entra por la puerta”, Rebelión, 2 novembre 2011.

4. Kennedy Paul, “Un mundo de tres monedas”, Clarín, 8 juin 2011 ; Robert Mundell, “El futuro de las monedas de reserva luego de la crisis”, El País, 18 janvier 2010 ; Michel Crittenden, “Puede el dólar ser destronado”, online.wsj, 1 mars 2011. Voir également Wallerstein Inmanuel “Guerra de divisas“, La Jornada, 6 novembre 2010, Eichengreen Barry, “El reinado del dólar llega a su fin”, La Nación, 2 mars 2011.

5. Ocampo Emilio, “Brujas y burbujas”, Ámbito Financiero, 2 septembre 2010, ainsi que La Nación du 13 septembre 2010 et du 30 août 2010 et Financial Times du 20 septembre 2010.

6. Les États-Unis ont également employé tous leurs moyens pour désamorcer la crise de légitimité du FMI et on ne connaît toujours pas leur rôle dans le scandale autour de l’ex-directeur du Fonds, Dominique Strauss-Kahn. Cf. CADTM, “FMI, le lamentable symbole d’un système capitaliste et patriarcal”, http://www.cadtm.org/FMI-lamentable-symbole-d-un

7. Fiori José Luis, “Muy lejos del equilibrio”, Sin Permiso, 19 décembre 2010, Cantelmi Marcelo, “El G 20 en las puertas”, Clarín, 23 octobre 2010.

8. Pour la première vision, cf. Pasquino Gianfranco, “La UE aún representa el progreso”, Clarín, 31 août 2010.

9. Husson Michel, “Euro : en sortir ou pas ?”, Inprecor n° 575/576 de juillet-août-septembre 2011 ; Samary Catherine, “The Eastern periphery of the European Union faced with the global crisis” in Onaran Ozlen (red.), Capitalist Crises and alternatives, Resistance Books, London 2011.

10. Depuis la faillite de la banque belge Dexia il y a de nombreuses hypothèses concernant la répétition du scénario qui a suivi la faillite de Lehman Brothers. Les « tests de résistance » des banques européennes n’ont pas rassuré les experts quant à la nécessité de recapitaliser ces banques. Cette exigence, à son tour, restreint les crédits et aggrave la récession.

11. Llach Juan, “Pulseadas en el palacio global”, La Nación, 30 juin 2010.

12. La Nación, 16 janvier 10.

13. Husson Michel, “Une crise sans fond”, Inprecor n° 575/576 de juillet-août-septembre 2011 ; Louca Franciso, “La izquierda contra la dictadura de la deuda”, www.sinpermiso, 17 octobre 2011

14. Le temps manque pour transférer les titres à des détenteurs marginaux, pour nettoyer les bilans ou pour créer des marchés parallèles pour les titres irrécouvrables. La crise actuelle frappe des économies interdépendantes situées au centre du capitalisme dans une conjoncture très mouvementée. Arceo Enrique, Página 12, 12 septembre 2011 ; Toussaint Eric, “Krach de Dexia : un effet domino en route dans l’UE ?", Inprecor n° 577/578 d’octobre-novembre 2011.

15. La réorganisation de la Zone euro prépare l’introduction de formes fédératives au sein de l’UE, qui soumettraient les décisions locales à une plus grande centralisation étatique. Ce changement introduit de très grandes fissures et pourrait renforcer le sécessionnisme dans les pays où des partis séparatistes sont influents (Belgique, Espagne ou Italie). Ces secteurs pourraient miser sur une intégration directe au sein de la Zone euro, contournant les structures étatiques existantes pour se débarrasser des régions appauvris.

16. Shujie Yao, “Los límites del modelo China”, Cash-Pagina 12, 7 août 2011. Voir également : Wall Street Journal, La Nación, 17 novembre 2011.

17. La Nación, 5 juin 2010.

18. Roubini, Nouriel, “El boom de China tiene fecha de vencimiento”, La Nación, 24 avril 2011. Stigtiz Joseph, www.elperiodico.com, 9 août 2011.

19. Bocco Arnaldo, “De los Brics a las Eagles” Página 12, 10 janvier 2011 ; Abeledo Anahí, “El desafío para los emergentes es tener crecimiento”, Clarín, 10 juiillet 2011.

20. Beckett Paul, “Pese al crecimiento, aumentan las dudas sobre el milagro indio”, La Nación, 30 mars 2011 ; Nye Jospeh, “La carrera de fondo, Clarín, 2 février 2011 ; Ramstad Evan, “El milagro coreano”, La Nación, 8 novembre 2010.

21 Une analyse discutable dans : Kateb Alexander, “Los países BRICS dan una lección”, Página 12, 20 septembre 2011.

22. Halevi Jospeh “Se avecina una nueva crisis”, Il Manifesto 8 juin 2011.

23. Krugman Paul, “Las limitaciones que nos impone un mundo finito”, La Nación, 29 décembre 2010 ; Blejer Mario, “Argentina y la seguridad alimentaria” La Nación, 4 décembre 2011.

24. Les divers points de vue dans : De La Balze Felipe, “La crisis acelera el curso de la historia”, Clarín 27 novembre 2011 ; Turzi Mariano, “La nueva divisoria global: emergentes y declinantes”, 18 août 2011 ; Tokatlian Gabriel, “El año de la encrucijada”, La Nación, 11 janvier 2011 ; Cufré David, “Con la vieja receta”, Pagina 12, 26 juin 2010.

25. Belson K, Onishi N, “Una falta de liderazgo que agudiza la crisis”, La Nación, 17 février 2011.

26. J’ai développé ce sujet dans un récent livre : Katz Claudio, Bajo el imperio del capital, Espacio Crítico Ediciones, Bogotá 2011.

27. Ces points de vue dans : Gros Daniel, “En defensa de la austeridad para Europa”, Clarín, 4 décembre 2011 ; Pagni Carlos, “La crisis del estatismo”, La Nación, 19- juillet 2010 ; Schauble Wolfang et MacFadden Daniel, Página 12, 28 août 2011.

28. Krugman Paul dans Clarín daté de : 11 juillet 2010, 13 juillet 2010, 22 mai 2010, 10 août 2010, 6 novembre 2010, 28 août 2010, 14 août 10). Stigliz Joseph, “Qué puede salvar el Euro”, El País, 8 décembre 2011 ; “El mercado hipotecario”, Clarín, 6 novembre 2010 ; “La austeridad es camino suicida”, Página 12, 7 décembre 2011, “Un contagio de malas ideas”, Sin Permiso, 14 août 2011. Voir aussi : Skidlesky Robert, “El mundo para volver a leer a Keynes”, Página 12, 2 août 2011 ; Mitchell William, “Entrevista”, Página 12, 10 octobre 2011.

29. Wolff Rick “Krugman frustrado”, Monthly Review 10 mars 2010 ; Onaran Ozlem, “An internationalist transitional program towards an anti-capitalist Europe, Avril 2011, http://www.internationalviewpoint.org/spip.php?article2096 ; Lapavitsas Costas “A Left Strategy for Europe“, Avril 2011, http://www.internationalviewpoint.org/spip.php?article2091 ; Albarracín Daniel, “Une stratégie pour avancer vers un autre modèle supranational solidaire“, Inprecor n° 577/578 d’octobre-novembre 2011.

30. Cette réaction a été couronnée par l’installation d’un gouvernement direct des banquiers (Papademos). La même substitution a été imposée en Italie (Monti à la place de Berlusconi) avec des technocrates qui propagent une idéologie droitière pour contourner le parlement, en défiant les politiciens et en méprisant le partis. Stathis Kuvelakis, “Golpe de Estado europeo frenteal ?? levantamiento popular”, 18 novembre 2011, http://www.vientosur.info/articulosweb/noticia/index.php?x=4570 ; John Brown, “El capital financiero castiga a sus devotos partidarios”, www.rebelion 23 novembre 2011.

31. Stiglitz Joseph, “Europa no aprendió la lección de Argentina” Página 12, 10 décembre 2011.

32. Mon point de vue : Claudio Katz, “Les leçons d’Argentine pour la Grèce“, 9 septemùbre 2011, http://www.cadtm.org/Les-lecons-de-l-Argentine-pour-la

33. Ce point de vue de Rogoff Kenneth, “El capitalismo está lejos de encontrar su sucesor”, La Nación, 11 décembre 2011.

34. Li Minqi, “El ascenso de la clase obrera y el futuro de la revolución en China”, www.rebelión, 14 juillet 11 ; Bello Waldem, “O capital e um amante caprichoso”, www.outroladodanoticia.com.br, 22 juillet 2011

35. Vicens Navarro, “Habermas y la sabiduría”, www.sinpermiso, 13 juin 2010.

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