Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 588-589 décembre 2012

FRANCE

Compétitivité : victoire en meute

Cf. aussi : [France]

Charles Aubin *

Le patronat français vient de remporter une nette victoire sur la question de la compétitivité. Le gouvernement a fait droit à ses principales exigences en matière de diminution des coûts pour les employeurs, d’augmentation de la TVA pour les consommateurs et de restriction des dépenses publiques pour l’État.

Usine Prevent Glass, filiale de Wolkswagen, fabriquant des pare-brises mise en liquidation judiciaire le 18 mai 2012. Photothèque Rouge/Jmb

Usine Prevent Glass, filiale de Wolkswagen, fabriquant des pare-brises mise en liquidation judiciaire le 18 mai 2012. Photothèque Rouge/Jmb

L’offensive a été remarquablement menée : fuites organisées autour du contenu du rapport Gallois sur la compétitivité ; bataille sur la Toile des « pigeons » contre le projet d’augmentation (très limitée) de l’impôt sur la plus-value des cessions d’actions au nom de « l’esprit d’entreprise » ; rafale d’interviews et de déclarations du Medef, l’organisation patronale nationale, contre le « racisme anti-entreprises » et le « matraquage fiscal » ; ultimatum des patrons d’une centaine des plus grands groupes, regroupés dans l’Afep (Association française des entrepreneurs privés, défendant leurs propres intérêts sans les mêler aux entreprises plus réduites) ; publication du rapport Gallois, puis annonce des mesures gouvernementales, renforcées par la conférence de presse du président de la République. En moins d’un mois l’affaire était pliée.

Cette victoire en meute est une leçon : le patronat a utilisé tous les leviers pour défendre ses options, se faire relayer (s’il le fallait encore) par les principaux médias, se faire écouter par des oreilles attentives dans les sphères du pouvoir, en n’hésitant pas à brandir des menaces à peine voilées, et finalement imposer sa politique comme la seule possible et légitime (« il n’y a pas d’alternative… »). On se met à rêver que les salariés, avec leurs diverses organisations, soient capables d’en faire autant – même si les moyens sont disproportionnés – par une bataille idéologique, politique et sociale d’ampleur.

Les mesures sont en préparation pour adoption parlementaire : diminution de l’impôt des entreprises (20 milliards d’euros environ), augmentation du taux de TVA (10 milliards), baisse des dépenses de l’État (60 milliards) avec un calendrier de 2 à 5 ans selon les mesures. L’addition est salée et ne manquera d’avoir des effets rapides sur la consommation, les investissements publics (et aussi privés), l’emploi et le pouvoir d’achat. L’Europe est en récession, la France en est tout près. Avec ce pactole, on n’y va pas – on y court ! Ce qui se passe, à une toute autre échelle évidemment, en Grèce, en Espagne, au Portugal et en Italie en donne un avant-goût. Cela confirme aussi que l’Europe du Sud n’est pas une exception ou un cas limite, mais un terrain d’entraînement pour la meute du patronat et de ses idéologues.

La violence du ton, la détermination des protagonistes, leurs excès dans l’invective, tout cela renvoie bien à une offensive politique globale contre le gouvernement actuel (pour le faire facilement céder comme l’explique bien la droite), mais surtout contre les salariés et tous ceux qui s’élèvent contre cette politique d’austérité. Il s’agit tout simplement de culpabiliser les travailleurs en les rendant responsables de la crise en général et des problèmes de compétitivité en particulier. L’enjeu n’est rien moins que disposer les forces pour la phase suivante où seront largement remis en cause les conquêtes et droits sociaux subsistant qui, aux yeux des possédants, entravent la relance de l’économie de marché et des profits.

Cerner cela clairement pour savoir que la bataille est et sera rude, difficile, cruciale ne doit pas empêcher de démonter les arguments utilisés dans le camp d’en face. C’est aussi une condition de crédibilité des solutions proposées et de conviction pour tous ceux et celles qui en sont porteurs. Parlons donc compétitivité (1).

Compétitivité : de quoi on parle ?

Dans le sillage du fameux rapport Gallois et à la base de tous les raisonnements patronaux et maintenant gouvernementaux, on trouve le défaut de compétitivité de l’économie française. La part de la France dans le commerce mondial a reculé de 42 % de 2000 à 2011 et sa part dans les exportations européennes de 25 % au cours cette décennie. La France perd donc des parts de marché à l’international et la contribution de son industrie à la production de richesse (le produit intérieur brut ou PIB) ne cesse de reculer sur le territoire, avec les importations en provenance d’Asie pour les biens de consommation courants et d’Allemagne notamment pour les biens d’équipements industriels (machines, etc.).

La compétitivité renvoie donc aux parts de marché international dans les secteurs concernés par les exportations, c’est-à-dire principalement les produits de l’industrie manufacturière (et presque pas des services). Cette définition, communément reprise comme une vérité d’évidence, mérite discussion car il est loin d’être évident que la finalité de l’économie soit de vendre à l’étranger toujours plus de marchandises. On pourrait facilement soutenir que son but doit être de satisfaire les besoins prioritaires de la population dans des conditions de qualité et de coût optimales. C’est d’ailleurs le cas, y compris au sein d’institutions internationales bien installées.

Même sans adopter ce point de vue et en se situant sur le terrain de la compétitivité mesurée par les chiffres du commerce extérieur, il y a d’emblée quelques réserves à formuler quant à la méthode et à sa rigueur (2).

D’abord la stratégie des firmes dans la mondialisation implique pour beaucoup d’entre elles d’agir comme des assembleurs de composants fabriqués par des sous-traitants situés à l’étranger. Une part substantielle des exportations allemandes correspond ainsi à du simple réexport de produits finis en Europe de l’Est. N’empêche que ce dispositif améliore la performance à l’exportation de l’Allemagne selon ce type de comptabilisation.

L’utilisation des prix de transfert entre sociétés membres d’un même groupe permet de localiser, dans certaines conditions, le bénéfice final dans un pays à la fiscalité avantageuse, voire dans un paradis fiscal. C’est le deuxième mécanisme qui peut biaiser les chiffres. Plus de la moitié du déficit commercial de la France vis-à-vis de l’Allemagne (10 milliards d’euros) serait due à une manipulation des prix de transfert. Un tiers des échanges de la France est imputable à un commerce entre filiales d’un même groupe.

Mais dans le monde tel qu’il est, admettons que tels sont aujourd’hui les instruments de mesure de la compétitivité. Cette perte de compétitivité serait due aux coûts de production et singulièrement au « coût du travail », disent les avocats du « choc de compétitivité » même dans sa version gouvernementale du « pacte de confiance ». Rien n’est moins sûr, même en comparant avec l’Allemagne comme c’est devenu la règle.

« Coût du travail » : pas sûr !

Le patronat et les médias enfoncent toujours ce clou. Pourtant :

Malgré les 35 heures tant honnies par le patronat, les Français travaillent plus que les Allemands : en moyenne 1 476 heures par an, contre 1 413 en Allemagne. La durée de travail hebdomadaire effective, en moyenne pour les actifs, est de 38 heures (les 35 heures ont été effacées depuis longtemps) en France contre 35,7 heures pour les actifs allemands, en raison des nombreux emplois à temps partiel et petits boulots qui fleurissement outre-Rhin. Fin 2011, la part de ces mini jobs en Allemagne était proche de 22 % (comme en Angleterre, autre paradis social) contre 14 % en France (comme aux États-Unis) — ce qui est déjà élevé.

Par heure travaillée, la productivité est plus élevée en France : 45,40 € de richesse produite (valeur ajoutée) par heure, contre 42,30 € en Allemagne.

Le coût global de la main-d’œuvre (salaire brut plus cotisations sociales des employeurs) apparaît plus élevé en France (35,30 € de l’heure) qu’en Allemagne (32,00 €), mais c’est parce qu’une partie des cotisations sociales jadis versées par les employeurs y ont été transférées aux salariés sous formes d’impôts et taxes divers, voire d’assurances privées (le rêve des grands patrons français !). Mais dans l’industrie manufacturière, celle qui exporte, les coûts sont voisins (35,90 contre 35,40 €) et la faible différence (50 centimes !) ne peut rien expliquer.

Cotisations sociales des employeurs : trop lourdes ?

Les cotisations sociales des employeurs (CSE) sont trop lourdes, disent en chœur leurs porte-paroles et dévoués avocats. Par rapport à l’Allemagne les CSE représentent en France environ 2 % de plus en proportion de la richesse produite sur le territoire (PIB) et 10 % de plus par rapport au Royaume-Uni et aux États-Unis. L’écart renvoie aux niveaux de couvertures sociales (maladie, vieillesse, chômage).

Si on réduit le financement public de la protection sociale, c’est alors la porte ouverte (déjà bien entr’ouverte) aux assurances privées qui feront contribuer les adhérents non en fonction du revenu, comme aujourd’hui, mais selon le risque qu’elles estimeront encourir. Les pays qui pratiquent déjà cela en sont une illustration : s’assurer en cas de maladie chronique ou de situation précaire a un coût tellement élevé que des pans entiers de la population n’y ont plus accès. Selon le baromètre CSA-Europe Assistance, 30 % des Allemands déclarent en octobre 2012 avoir renoncé à des soins au cours des 12 mois précédents. Ils n’étaient que 15 % un an avant. En France, à la même date, ils sont déjà 27 %.

La comptabilité nationale accessible via l’Insee permet de comparer les parts respectives dans la valeur ajoutée (VA) des cotisations sociales des employeurs (CSE) et des dividendes nets (dividendes versés moins reçus). C’est ce que fait Henri Sterdyniak (note 1) pour l’OFCE.

Depuis 1984, du fait des multiples exonérations de cotisations, la part des employeurs (CSE) a diminué assez nettement, de près de 17 % à un peu plus de 15 % avant la crise ; depuis 2009 elle est un peu remontée parce que la valeur ajoutée a stagné ou diminué. On ne peut donc guère accuser les CSE d’être responsables des pertes de compétitivité de l’économie française…

Par contre, la part de valeur ajoutée basculée vers les dividendes des actionnaires a plus que triplé sur la même période (de 1,5 % à 5 % de la VA). Un vrai choix.

C’est une manifestation, entre autres, de la déformation du partage de la richesse produite depuis une trentaine d’années — au profit des grandes entreprises et des privilégiés, au détriment des salariés. Sur cette période, le transfert est gigantesque : près d’une dizaine de points de la valeur ajoutée dégagée par les entreprises (ou du PIB qui en est la somme nationale), soit 2.000 milliards d’euros estimés.

Salaires et exportations : un lien ?

En France, sur les 25 dernières années, il est intéressant de comparer l’évolution de la compétitivité-salaires (mesurée par l’écart des coûts salariaux unitaires en France vis-à-vis de la concurrence, comme le préconisent les auteurs libéraux) avec la performance à l’exportation (mesurée par la part de marché, PM Export sur le graphique).

Le travail de Michel Husson (note 1) permet de distinguer trois phases :

Entre 1995 et 2001, la compétitivité-salaires s’améliore de 15 points environ. Malgré cela la performance à l’exportation n’augmente pas.

Entre 2001 et 2005, la perte de compétitivité-salaires entraîne une baisse de performance à l’exportation, partiellement en raison de la hausse du cours de l’euro durant cette période, qui renchérit les productions françaises hors de la zone euro.

À partir de 2004, le décrochage à l’export est continu. Pourtant la compétitivité-coût de la France est restée stable. On ne peut donc lui imputer les pertes de parts de marché export.

Première conclusion : la perte de parts de marché de la France n’est pas mécaniquement liée à des coûts salariaux « excessifs » ni à des cotisations sociales trop lourdes pour les employeurs. Tout projet de redressement de la performance axé sur une « baisse du coût du travail » repose sur une analyse erronée. Ce n’est d’ailleurs pas une analyse mais un véritable préjugé idéologique, un argument de vente pour une autre marchandise antisociale.

Effet nul à l’export

Si on applique les préconisations du grand patronat et la politique décidée, quels en seront les effets sur la performance à l’exportation des produits français, effectivement déclinante depuis des années ?

Selon les secteurs industriels, les coûts de main-d’œuvre représentent entre 20 % et 40 % du coût final du produit — lequel incorpore en plus le profit de la firme fabricante. Le transfert de cotisation sociale des employeurs vers la TVA ou la CSG (ou par la réduction d’impôt, ce qui revient au même) à hauteur de 2 % du coût du travail aurait ainsi un impact maximum de 0,4 % à 0,8 % sur le prix (en comptant large). Autrement dit, pour une voiture moyenne de 15.000 €, par exemple, la réduction théorique du prix à l’export se situerait entre 60 et 120 €. Et pour une machine industrielle de 150.000 €, de 600 à 1.200 €. Peut-on croire sérieusement que cela aurait une quelconque incidence à l’export ? Évidemment non. La réalité se charge d’apporter une réponse à ce faux débat.

Les produits allemands, pour continuer à filer la comparaison, sont plus chers que les produits français. Dans l’automobile, la différence est de l’ordre de 7 % à 8 %. Dans les biens d’équipement industriels, elle est encore supérieure. Et pourtant le « made in Germany » se vend bien en Europe et ailleurs, parce qu’il est garant d’une qualité qui justifie son prix aux yeux des acheteurs.

Par contre, le positionnement moyen des productions françaises (à quelques exceptions près) les empêche de se situer sur ce créneau haut de gamme et, par conséquent, de revaloriser leur prix. A fortiori, les baisser ne résout pas ce problème.

Compétitivité : des facteurs substantiels

La compétitivité réelle ne peut se résumer au « coût du travail » qui n’en est qu’une composante et pas la principale. Sinon où faudrait-il prendre des références ? En Asie, en Amérique Latine, en Europe centrale ? Certes les salaires y sont inférieurs mais, d’une part, ils augmentent sous la pression des salariés de ces pays et, d’autre part, ils ne font pas de ces zones des foyers d’innovation, compétiteurs dans le peloton de tête — du moins pour le moment.

Le cas de la Slovaquie est parlant. On y travaille plus longtemps mais avec une productivité par tête nettement plus basse. Si l’Allemagne y a construit plusieurs plates-formes de production et y sous-traite beaucoup, c’est quand même l’Allemagne la référence et non la Slovaquie. À moins, pour la France et l’Europe, de songer à faire de même avec l’Espagne et l’Italie, ce qui est loin d’être possible et souhaitable. La rengaine qui court aujourd’hui dans les médias sur le rétablissement rapide de la balance commerciale de ces deux pays est une escroquerie. Les exportations continuent à y baisser, mais les importations consommées y baissent désormais plus vite en raison de l’amputation des revenus des ménages — d’où un pincement du déficit : la saignée fera mourir le malade guéri.

Les facteurs cruciaux de compétitivité sont autres et plus substantiels.

Depuis des dizaines d’années le sous-investissement de l’appareil industriel français est patent, ce qui retentit sur la qualité et le positionnement de ses productions. Certains faits tout à fait modernes en attestent fortement  (étude Xerfi de septembre 2012) :

L’industrie a raté le virage de la robotisation et de l’automatisation. Elle compte moins de 35.000 robots en France, contre plus de 62.000 en Italie et 150.000 en Allemagne. Un peu plus de 3.000 nouveaux robots ont été installés en France en 2011, en Allemagne près de 20.000. Ce parc réduit est complètement dépassé. Un robot dure plus d’une vingtaine d’années en France, contre une dizaine ailleurs.

En matière d’informatisation professionnelle lourde, la France compte à peine plus de 23.000 serveurs sécurisés. Rapporté au nombre d’habitants pour corriger de l’effet taille des pays, la France compte 4 serveurs informatiques sécurisés pour 10.000 habitants, le Japon 7, l’Allemagne 10, le Royaume-Uni et les États-Unis 16. Soit un rapport de 1 à 2 voire 4 avec les plus équipés.

Vu l’âge et la saturation de ces systèmes, 14 millions d’heures de travail sont perdues dans les entreprises françaises de plus de 50 salariés, en raison des pannes informatiques (enquête CA Technologies, 2011). Rapporté au parc d’entreprises c’est plus de 1 000 heures par entreprise, soit 20 % de plus qu’en Espagne et 2 fois plus qu’en Allemagne, en Angleterre ou en Italie. Pendant ces pannes, la productivité évidemment chute ; selon la même enquête elle est alors à 57 % de son niveau normal, avec tous les coûts induits.

La France est en retard dans le domaine de la recherche et développement. Elle est désormais au 12e rang mondial, selon le dernier classement de l’OCDE, loin derrière les grands pays développés (États-Unis, Allemagne, Japon) et en dessous de la moyenne de l’ensemble. Pour la seule recherche des entreprises privées, l’effort allemand est supérieur de 70 % au français. L’industrie concentre plus des quatre cinquièmes de cet effort privé, mais en Allemagne elle représente 22 % de la production de richesse (le PIB), en France à peine 11 %, la moitié. Comment s’étonner, dans ces conditions, du manque d’innovation et par conséquent de compétitivité ?

Deux éléments complètent ce tableau :

Les filières de formation techniques sont dévalorisées en France et ne produisent chaque année qu’un filet réduit de techniciens et ingénieurs. Cette dévalorisation se perpétue sur le marché du travail, en termes de rémunération des ingénieurs, techniciens et ouvriers qualifiés dont l’industrie a besoin. Ce n’est pas le cas en Allemagne ou même en Italie.

Les PME et entreprises de taille intermédiaire (ETI) sont sous la coupe réglée de leurs donneurs d’ordre des grands groupes. Il y en a donc moitié moins en France qu’en Allemagne et un tiers de moins qu’en Italie. Pourvoyeurs d’emploi théorique par le nombre, elles sont devenues un réservoir de chômage avec la crise. Leur situation et leur position sont notoirement différentes en Allemagne et en Italie, où elles sont une pièce importante du dispositif de production.

Finalement le déficit de la balance commerciale française (différence entre importations et exportations) avoisinera fin 2012 les 75 milliards d’euros. Dans ce cadre le seul solde industriel sera négatif de plus de 45 milliards (60 % du déficit total). Fin 2011, l’excédent industriel frise 270 milliards d’euros en Allemagne et 60 milliards en Italie. Compétitivité, mais pas principalement par les coûts.

Deuxième conclusion : une politique de renforcement de la compétitivité devrait s’adresser prioritairement à ces questions-clés. Éducation et formation, informatisation et automatisation, recherche et innovation, politique fiscale et ressource financière bon marché pour les PME-ETI. Les sujets ne manquent pas et le « coût du travail » ne figure pas en tête de liste. D’abord et avant tout, une politique industrielle est une politique tout court, qui obéit à des priorités de long terme et appelle un pilotage économique et social : le contraire du libéralisme (de gauche ou de droite) !

Les grands patrons qui sont montés au créneau de la compétitivité dirigent des groupes industriels, des sociétés de services, des banques ou des entreprises de haute technologie. Pour tous ceux-là, la complainte sur le « coût du travail » est déplacée. Mondialisés, ayant depuis longtemps réparti leurs investissements et leurs sites sur toute la planète, ces groupes ne sont nullement confrontés en France à un problème de compétitivité à l’exportation.

Leur offensive, on le sait, obéit à d’autres exigences, françaises, européennes et mondiales.

Pour humer ce qui mitonne dans les marmites, voici par exemple quelques extraits d’un rapport récent de la Banque centrale européenne (BCE) : « La priorité devrait être de rendre les salaires réactifs (flexibles) aux conditions du marché du travail […] Une différenciation accrue des salaires entre les différents types de travailleurs et d’emplois est nécessaire […] De telles politiques devraient également contribuer à accroître la pression à la baisse exercée par les chômeurs sur les salaires … » (3)

Ces gens-là savent ce qu’ils veulent et ce qu’ils font. ■

* Charles Aubin a été pendant longtemps un dirigeant de la LCR et de la IVe Internationale. Il est aujourd'hui consultant en analyse économique, financière et sociale.

Notes

1. Les données et arguments utilisés ici ont été puisés à plusieurs sources, outre les statistiques (Insee, Eurostat, OCDE). La Lettre du CE et du CHSCT publiée par le groupe Apex-Isast assistant ces instances représentatives du personnel est reprise sur son site (www.Apex.fr), notamment l’article intitulé « Après les pigeons, voici les vautours ». L’économiste Henri Sterdyniak a écrit pour l’OFCE une note détaillée : « Compétitivité, le choc illusoire… » dont le contenu est aussi synthétisé sur le site des « Économistes atterrés ». Attac et la Fondation Copernic ont rédigé ensemble une note : « En finir avec la compétitivité ». Tous ces écrits sont accessibles sur les sites respectifs. L’économiste Michel Husson, qui y a participé, a publié sur son site (www.hussonet.free.fr) une note sur « Les mystères de la non-compétitivité française ». Le rapport Gallois est en ligne sur le portail du gouvernement (www.gouvernement.fr).

2. Ces points sont synthétisés dans une tribune de J.-M. Harribey, M. Husson, P. Khalfa et J. Rigaudiat, membres de la Fondation Copernic, publiée dans Le Monde (16 novembre 2012).

3. « Les marchés du travail et la crise », rapport de la BCE (octobre 2012)

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