Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 547-548 mars-avril 2009 *

FRANCE

Nouveau Parti Anticapitaliste, une naissance prometteuse

Cf. aussi : [France]

Guillaume Liégard

Guillaume Liégard, ancien membre du Bureau politique de la Ligue communiste révolutionnaire, élu au Conseil politique national lors du premier congrès du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), est membre du Comité international de la IVe Internationale.

Photothèque Rouge/Esteban

Photothèque Rouge/Esteban

Le 5 février, la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) s’est politiquement dissoute et le congrès de fondation du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) s’est tenu dans la foulée les trois jours suivants.

A cette date, ce nouveau parti comptait 9123 cartes, réparties dans 467 comités de base à travers toute la France métropolitaine. Environ 5900 militant(e)s se sont déplacés dans les différents congrès locaux préparatoires au congrès national, signe du caractère militant de ce nouveau parti. Pour être tout à fait complet, il faut aussi mentionner qu’il existe des équivalents au NPA notamment à l’île de la Réunion et dans les Antilles Françaises.

Un nouveau parti dont la fondation aura été un événement tant en France que pour de très nombreux anticapitalistes à travers le monde entier. A tous ceux qui redoutaient une simple LCR relookée, le congrès du NPA aura apporté un net démenti. C’est bien à un changement de nature et d’échelle que nous assistons mais c’est aussi la poursuite sous d’autres formes d’un même combat pour l’émancipation de l’humanité.

Un projet qui vient de loin

Il n’est pas inutile de revenir, ici, sur les raisons qui ont conduit à lancer le processus de construction d’un nouveau parti et à faire une chose pas banale, celle de dissoudre une organisation, la LCR, ayant quarante ans d’existence et qui par son capital militant accumulé, ses effectifs, son audience politique, sociale et électorale, ne s’était jamais aussi bien portée.

Fondamentalement, c’est la distorsion entre l’actualité, l’ampleur de la lutte des classes en France, sa traduction y compris sur le terrain électoral et la faiblesse de la réalité organisationnelle de la gauche anticapitaliste ou révolutionnaire qui nous a conduit à prendre une initiative. Il s’agit tout à la fois de commencer à résorber ce décalage et en même temps d’offrir une perspective politique sur une orientation claire à la mesure des bouleversements en cours.

Sans remonter trop loin, depuis 2002, presque chaque année nous avons eu l’expression concrète du rejet profond des politiques capitalistes et la manifestation même diffuse à chercher une alternative politique.

● 2002 : Election présidentielle, presque 3 millions de voix et 10 % pour les candidatures d’Arlette Laguiller (LO) et d’Olivier Besancenot.

● 2003 : Une longue grève (jusqu’à trois mois dans certains secteurs) des fonctionnaires contre la réforme du régime des retraites. Malgré le silence d’un parti socialiste acquis au fond des réformes et malgré le comportement de la plupart des directions syndicales, cette grève a réellement failli basculer dans la grève générale. En réalité, il a fallu que la principale confédération syndicale française (la CGT) brise un début de grève reconductible dans les transports pour empêcher la convergence et la généralisation des luttes.

● 2005 : Le rejet à 55 % du Traité Constitutionnel Européen dans le cadre d’une campagne unitaire, militante et où le non de gauche c’est clairement imposé.

● 2006 : Grève victorieuse contre une tentative d’imposer un sous-contrat de travail pour les jeunes (le CPE, Contrat première embauche). Une mobilisation essentiellement portée par la jeunesse, mais présentant des points de jonction avec l’ensemble du mouvement ouvrier par le biais de journées de grèves et de mobilisations.

A tous ces éléments, s’ajoute en toile de fond l’évolution du Parti Socialiste, sa conversion de plus en plus achevée au social-libéralisme et son degré d’intégration dans les institutions qu’elles soient nationales ou internationales (en particulier l’OMC avec Lamy ou le FMI avec Strauss Kahn).

En ce qui concerne la LCR, cette période de 2002/2007 est une période de renforcement, d’accumulation primitive pourrait-on dire. Face à l’élargissement de notre audience, dès 2002, nous faisons le choix d’ouvrir toutes grandes les portes de notre organisation. Cela n’a pas toujours été facile, nous avons parfois été bousculés dans nos petites habitudes mais en réalité cela nous a surtout armé pour faire ce que nous faisons aujourd’hui, changer d’échelle. Car si pour nous, le passage de 1500 à 3000 militant(e)s dans cette période fut un réel succès cela paraissait bien maigre au regard de l’espace que nous occupions. Face aux potentialités exprimées dans les mobilisations sociales, au regard des 1,2 puis 1,5 million de voix obtenues lors des élections présidentielles de 2002 et 2007, il y a bien trop d’écart entre ce que nous étions et ce que nous incarnions. Cette contradiction ne pouvait être que transitoire et sans initiative de notre part, c’est notre audience qui aurait été ramenée à notre réalité, pas l’inverse.

Le déclic sera le résultat de l’élection présidentielle de 2007. L’élection de Nicolas Sarkozy marque un tournant dans la situation politique. Élu avec près de 53 %, il l’est surtout au terme d’une campagne menée très à droite et chassant ouvertement sur les terres du Front National. De son côté, le parti socialiste, absent du second tour de l’élection présidentielle en 2002, a fait jouer à plein le réflexe du vote utile et par la voix de sa candidate, passe à côté de la question clé de cette élection, celle du pouvoir d’achat.

Nous obtenons un succès relatif avec 4,1 % des voix et 1,5 million de voix. Surtout les autres candidats à la gauche du PS sont laminés avec 1,9 % pour la candidate du Parti Communiste et 1,4 % pour Lutte Ouvrière.

Dans ces conditions, compte tenu du contexte social et politique et parce que nous sommes arrivés en tête, nous, direction de la LCR, avons alors une responsabilité particulière.

L’expérience de Lutte Ouvrière est aussi un enseignement. A deux reprises, en 1995 et 2002, sa candidate a franchi la barre des 5 % … et puis rien. Au-delà d’un certain stade, les attentes suscitées doivent rencontrer un début de réponse sous peine d’être sévèrement sanctionnées. Or pour résister dans la durée, il faut un projet alternatif, une force collective pour le conduire, bref un parti. Et ce parti, cela ne peut être la LCR. Par sa matrice historique, le trotskysme, parce qu’elle est le produit d’une certaine conception issue des années 1970 de ce qu’est une organisation d’extrême gauche, la LCR, même si elle a beaucoup changé, ne sera pas la réponse à la hauteur des enjeux.

En juin 2007, à l’occasion de la réunion de notre Direction Nationale, nous prenons nos responsabilités en lançant un appel à la constitution d’un nouveau parti anticapitaliste.

Un appel

La volonté de construire un nouveau parti n’est pas nouvelle. Depuis 1992, synthétisé sous la forme « nouvelle période, nouveau programme, nouveau parti », nous portons ce projet. Mais la perspective restait assez abstraite. En particulier, la recherche de partenaires comme préalable à toute avancée est restée pour le moins infructueuse.

En lançant cet appel, nous faisons un choix audacieux qui dans ses modalités a sans doute bien peu de précédents.

Sur le fond du projet d’abord, car cet appel se positionne sur une orientation clairement anticapitaliste. Notre projet dès ce moment-là est bien de créer les conditions pour rassembler au sein d’un même parti celles et ceux qui n’ont pas abandonné la volonté de renverser le système. En finir avec ce système d’exploitation, de domination et de destruction des ressources de la planète, telle est la délimitation que nous apportons. D’autres projets existent sans doute à la gauche du Parti Socialiste, mais par delà les aspects programmatiques, c’est bien la question des alliances et de la gestion ou non des institutions avec les sociaux libéraux qui est le cœur du problème.

En effet, le corollaire, la traduction pratique pourrait-on dire de cet anticapitalisme, c’est la stricte indépendance vis-à-vis du Parti Socialiste. Cela implique en particulier le refus de toute accord de gestion dans le cadre des institutions avec le PS. A l’échelon gouvernemental évidemment mais aussi aux échelons intermédiaires comme les départements ou les régions.

Ce positionnement est, nous le savons, un casus belli pour nombre d’organisations qui mettent en avant leur positionnement antilibéral. C’est le cas en particulier du Parti communiste français (PCF). Certes en 2009, pour les élections européennes celui-ci se présentera avec le Parti de Gauche de Jean-Luc Mélanchon (1) sur des axes bien insuffisants au demeurant. Mais il y a un an, pour préserver ses positions municipales il a recherché un accord systématique avec le PS quitte à accepter dans de nombreuses villes un accord avec le MoDem (2). Et il annonce d’ores et déjà la recherche d’un accord avec ce même PS aux élections régionales de 2010. Il faut dire qu’il participe à l’exécutif, comme supplétif, dans 17 régions sur 22.

A la lumière d’expériences internationales comme au Brésil et en Italie ou tout simplement au vu des bilans désastreux en France des divers mécanos gouvernementaux (union de la gauche, gauche plurielle…), cette indépendance vis-à-vis du PS est une digue absolument indispensable. Mais il est vrai que ce préalable a une conséquence : dans le champ politique à la gauche du Parti Socialiste il n’existe pas en France de partenaires nationaux pour mener ce projet avec la LCR. Soit par dépendance vis-à-vis du PS comme le PCF, soit par sectarisme comme Lutte Ouvrière. Le positionnement de cette organisation ces dernières années ne manque pas de sel. Après avoir développé l’opportunisme le plus effréné lors des élections municipales de 2008 dans le seul but d’obtenir des élus, et en acceptant parfois des accords avec ce qui se fait de pire dans la social-démocratie française (l’accord au premier tour sur les listes Guérini à Marseille par exemple), l’orientation définie pour les élections européennes consiste à affirmer un courant marxiste révolutionnaire. Une constance toutefois, surtout ne rien faire ni avec la LCR hier, ni avec le NPA aujourd’hui.

Cette absence de partenaires n’est pas un souhait de notre part et à bien des égards, l’existence d’une autre organisation prête à s’engager nous aurait simplifié la vie. En particulier, face au reproche pas toujours bien intentionné de ne vouloir construire qu’une LCR relookée, cela aurait été un atout. Convaincus de l’urgence politique et des possibilités d’avancer, nous décidons de ne pas conditionner le lancement du processus à l’existence d’un accord avec telle ou telle organisation en initiant une construction par en bas.

Cette approche est incontestablement un changement de pied vis-à-vis des politiques passées de la LCR pour trouver un débouché à la crise du mouvement ouvrier. Mais ceci renvoie aussi à une évolution de notre part quant à la place relative, entre le vieux et le neuf, entre la recomposition et la reconstruction du mouvement ouvrier. Il ne s’agit pas de faire table rase du passé et bien des secteurs politiques, syndicaux, associatifs peuvent être des points d’appui pour construire un parti anticapitaliste. A condition bien sûr que l’inertie organisationnelle n’empêche pas tout pas en avant et que le vieux n’étouffe pas le neuf. Et pour faire du neuf, il faut aussi du neuf… C’est le sens de l’appel que nous lançons.

Les mobilisations de ces dernières années ont montré une disponibilité à l’engagement, à la radicalité de nouveaux militants, de nouvelles couches du salariat. Avec notre appel, nous offrons la possibilité d’avancer concrètement dans la construction d’un premier débouché politique.

Premières expériences, et rassemblement de la LCR

La période qui s’ouvre en juin 2007 et qui court jusqu’au XVIIe congrès de la LCR en janvier 2008 est celle du rassemblement à l’intérieur de la LCR et des premières expériences de comités pour un nouveau parti.

Le premier enjeu après l’appel de la Direction Nationale c’est de rassembler très largement les militant(e)s de la LCR autour de ce projet. Un accord très large s’est dessiné au sein de notre DN puisqu’il regroupe 4 des 5 courants de janvier 2006. Reste à s’assurer que l’organisation est bien convaincue par le lancement du processus. Pour porter un tel projet, une telle ambition même, une majorité confortable ne suffit pas, il faut emporter l’adhésion la plus large, l’enthousiasme des militants. Si ce ne fut pas toujours facile, s’il y eut le temps du débat et de la conviction, en janvier 2008 c’est près de 83 % des militants de la Ligue qui se retrouvent sur cette orientation.

Parallèlement, le développement, le succès de premières expériences nous montrent que nous ne faisons pas fausse route. L’attente que nous avions sentie pour construire un nouveau parti est bien au rendez-vous, parfois au-delà de nos espérances.

Il n’est pas possible de relater le processus en détail et on se référera utilement au livre de François Coustal (3). Mais ces premières expériences concentrent déjà tous les éléments qui vont faire le succès des comités pour un nouveau parti.

C’est d’abord l’élargissement de l’implantation sociale, sans commune mesure avec ce que pouvait être celle de la LCR. Dès le début, des cadres syndicaux y compris en responsabilité dans des Unions départementales s’engagent. C’est le cas à Marseille notamment, où la LCR est à l’initiative du processus mais également dans la région de Mulhouse (dans le Haut-Rhin) et là, il faut bien le dire, c’est tout à fait indépendamment de nous. Dans les deux cas, le projet du NPA entre en résonance avec les préoccupations de groupes ou courants locaux aux trajectoires très différentes mais qui reprennent à leur compte l’appel lancé par la LCR.

Deuxième élément qui ne s’est jamais démenti, c’est l’émergence de préoccupations qu’on pourrait appeler éco-socialistes. Il existait une commission écologie au sein de la LCR qui a travaillé et produit tout à fait sérieusement tout au long de ces dernières années. Mais la place que prend cette dimension éco-socialiste, non plus comme un rajout mais comme quelque chose qui doit être transversal, s’affirme d’emblée.

Troisième élément, même si à cette période, il est encore embryonnaire quoique bien réel, un développement de l’implantation dans les quartiers populaires. De ce point de vue, si le travail accompli demeure fragile, c’est une vraie rupture avec la réalité sociologique de la LCR même si la préoccupation existait.

Un choix irréversible

Avec le rassemblement d’une très large majorité de 83 % et sur la base des premières expériences réussies, nous décidons au congrès de la LCR de jeter toutes nos forces dans la bataille. Surtout, en fixant une date pour la fondation de ce nouveau parti, fin 2008/début 2009, c’est-à-dire en fixant une date pour la dissolution de la Ligue, nous procédons à un choix irréversible et nous le savons.

L’année 2008 sera celle du développement du processus mais aussi du basculement progressif de la LCR, vers le NPA. Une fois les élections municipales passées, qui sont un vrai succès pour la LCR, des dizaines de nouveaux comités apparaissent un peu partout en France. Mais si rapidement il existe 300 à 350 comités de base, la seule structure nationale existante pour piloter le processus demeure la direction de la LCR. C’est la raison pour laquelle nous proposons une première réunion nationale des comités à la fin juin 2008. Celle-ci doit permettre une première rencontre entre les différents comités et l’objectif est double : d’une part disposer d’un appel qui ne soit plus celui issu de la LCR mais bien des comités NPA réunis, du parti en constitution ; d’autre part, il s’agit de mettre en place une équipe nationale dont le rôle est de conduire l’ensemble des comités jusqu’au congrès de fondation.

Le pari est largement réussi et pour tout dire dépasse nos attentes. 800 délégué(e)s de 330/350 comités adoptent un nouvel appel et mettent en place le Collectif d’Animation National (le CAN) qui va désormais gérer l’activité nationale des comités jusqu’au congrès de fondation. Notons au passage que la LCR fait le choix d’être minoritaire au sein de ce CAN.

Pour ce Collectif d’Animation National la tâche n’est pas mince. Réuni une première fois début juillet puis durant l’université d’été au mois d’août, il lui faut créer les conditions pour produire des premiers projets de textes et organiser la discussion démocratique avec les militants et les comités. Se met alors en place un véritable processus constituant, avec des allers retours entre le CAN et les comités. Des centaines d’amendements sont produits, une réunion nationale des comités organisée au mois de Novembre permet d’aboutir à une nouvelle synthèse des trois textes qui repartent ensuite vers les comités… et suscitent à nouveau des centaines d’amendements. Cette approche, parce qu’elle permet une réelle appropriation des textes de tous les militants qui participent au processus, a permis de cimenter autour d’un projet commun des histoires, des trajectoires et des expériences différentes.

Autour de textes mais aussi autour d’une pratique commune. Parti militant, le NPA au fur et à mesure de son développement construit ses différentes interventions. Progressivement l’activité militante qui était celle de la LCR est remplacée par celle des différents comités pour un nouveau parti. De fait, au cours de l’automne, les différentes sections ou cellules de la LCR ont cessé d’avoir une intervention politique et les réunions n’ont plus d’autres sujets que la préparation du congrès de dissolution qui approche à grands pas.

Le Congrès de fondation

Après le congrès de dissolution de la LCR du 5 février qui a recueilli une très large majorité de 87 %, s’ouvrait le congrès du NPA — point d’aboutissement d’un long processus constituant. Le caractère sérieux et attentif d’une salle de plus de 1000 personnes, dont plus de 650 délégués élus, a été largement remarqué. La manière dont les différentes commissions ont pris à bras le corps les centaines d’amendements sur chacun des trois textes (principes fondateurs, statuts, orientation), a été vécue comme un exercice de démocratie directe qui a peu d’équivalent.

Il n’est pas possible de retracer ici toutes les décisions prises par le congrès de fondation du NPA. Signalons que tous les textes adoptés et nombre de vidéos réalisées tout au long de ces trois jours figurent sur le site du NPA (4). Mais, restons classique, parce qu’un parti, c’est d’abord un programme et revenons succinctement sur quelques éléments qui figurent dans ce que nous avons appelé les « principe fondateurs ».

Le NPA ne se définit pas comme un parti révolutionnaire mais comme un parti voulant « révolutionner la société ». Certains n’ont voulu voir qu’une ruse sémantique, la réalité est tout autre. En fait derrière le terme de parti révolutionnaire se cachent plusieurs compréhensions. Pour les uns, et c’est sans doute à une échelle large l’acception la plus communément partagée, derrière la révolution, il y a les expériences de la Révolution Française, la Commune de Paris, voire les expériences de juin 1936 et mai 1968. Pour le courant marxiste révolutionnaire auquel appartenait la LCR, la définition était plus étroite : un parti révolutionnaire c’est un parti qui a un programme et une stratégie pour faire la révolution. Dans ces conditions, et au vu de notre projet, révolutionner la société permet de définir un camp, celles et ceux qui n’ont pas renoncé à abattre ce système sans s’avancer plus avant sur les hypothèses stratégiques.

En revanche les principes fondateurs sont clairement d’inspiration marxiste y compris dans leur rapport à la question si cruciale de la nature de l’État. Notre programme indique que l’État et ses institutions sont des instruments de la bourgeoisie, et qu’ils ne peuvent être mis au service d’une transformation politique et sociale, en conséquence de quoi ceux-ci doivent être renversés.

Le NPA est aussi un parti qui se bat pour le socialisme : « la seule réponse à la crise globalisée du capitalisme, le combat dont dépend l’avenir de l’humanité, c’est le combat pour un socialisme du XXIe siècle, démocratique, écologique et féministe » indiquent nos principes fondateurs. Après quelques hésitations entre « socialisme », « éco-socialisme » et « socialisme du XXIe siècle », c’est ce dernier qui après un vote a été retenu. Mais la dimension écologique est fortement présente avec ce constat fondamentalement juste qu’il ne peut y avoir de combat pour le socialisme que si la planète continue à exister…

Le NPA, l’internationalisme et la IVe Internationale

Le Nouveau Parti Anticapitaliste, fidèle à ses principes fondateurs, aura sa propre politique, ses propres relations internationales. Mais parce qu’il est un parti réellement internationaliste, parce qu’il sait qu’il ne peut y avoir de développement des forces anticapitalistes en France sans équivalences en Europe et dans le monde, le NPA porte en lui un projet de regroupement des forces anticapitalistes. La conclusion de nos principes fondateurs est d’ailleurs explicite sur ce sujet : « Notre parti cherche à se lier à toutes les forces qui dans le monde luttent contre le capitalisme. C’est pourquoi, le NPA engagera le dialogue et des collaborations politiques avec les autres forces anticapitalistes et révolutionnaires dans le monde dans la perspective de la constitution d’une nouvelle Internationale ».

Évidemment, en sachant une chose, c’est que dans la concrétisation pratique, dans les choix, la méthode de construction, il y a des éléments qui renvoient très profondément à la réalité sociale et politique française, à la manière dont est constitué le champ politique en France. Ce n’est donc pas, cela ne peut être un quelconque modèle.

Alors c’est vrai que des inquiétudes ont vu le jour tant dans l’ex-LCR que dans le reste de la IVe Internationale. Le choix de la LCR de se dissoudre, vu son importance dans l’Internationale, n’est pas sans conséquences. Le NPA n’est pas et n’a pas vocation à être section française de la IVe Internationale. Pourtant avec le NPA, même après la dissolution de la Ligue, c’est bien plus d’espace, plus d’influence pour la IVe Internationale.

L’importante délégation étrangère au congrès de fondation suffit à le démontrer : plus de 100 personnes, issues de 70 organisations et venant de 45 pays des cinq continents. Un tel attrait a été possible parce que le projet du NPA porte en lui une dynamique qui intéresse bon nombre d’organisations et courants à travers le monde. Mais sans l’existence de la IVe Internationale, ses réseaux, rien de tout cela n’aurait été possible

Quelles perspectives désormais

Le congrès de fondation a été un franc succès. Avec plus de 9 000 membres, le NPA est déjà une force qui compte dans le paysage politique français. Mais le congrès s’il est une étape importante du processus, n’est réellement qu’une étape dans la construction et le développement de notre projet. La dynamique se poursuit et dans les trois semaines qui ont suivi la création du NPA, ce sont plus de 3000 demandes d’adhésions et de contacts qui nous sont parvenus. La réalité de ce nouveau parti, sa dynamique et les développements de la crise du capitalisme doivent conduire à de nouvelles décantations au sein de certains secteurs du mouvement ouvrier français.

Surtout, face à la gravité de la crise internationale, financière, économique, alimentaire et écologique, face à l’ampleur des effets sociaux désastreux que génère la récession mondiale, l’exaspération sociale ne fait que grandir. Déjà des mobilisations importantes se développent. 2,5 millions de personnes dans les rues le 29 janvier, la grève reconductible des personnels de l’enseignement supérieur et bien sûr la grève générale en Guadeloupe et en Martinique.

En ce début 2009, le NPA à peine créé développe une politique tous azimuts de front unique. C’est à son initiative qu’un texte commun de 11 organisations de gauche a vu le jour, appelant à la poursuite de la mobilisation après le succès des manifestations du 29 janvier et en soutien à la lutte en Guadeloupe. Etre un outil dans les luttes en favorisant l’unité la plus large est une première urgence de l’heure. Mais parallèlement, le NPA défend ses propres positions et notamment celle d’une augmentation de 300 euros de tous les revenus, avec un écho croissant. La grève exemplaire menée par le LKP en Guadeloupe montre que de telles revendications sont non seulement nécessaires, qu’elles peuvent trouver un large écho de masse, mais que des victoires partielles sont aussi possibles.

Les prochaines élections européennes de juin 2009 sont aussi une échéance importante. D’abord parce que ces élections vont être surdéterminées par la gravité des effets sociaux de la crise capitaliste. Face à l’envolée du chômage, aux plans de licenciements, il convient de défendre un projet en rupture avec ce qu’a été la construction européenne depuis le traité de Rome en 1957, en rupture avec le système capitaliste dans la clarté et dans la durée. Il ne peut y avoir une tactique électorale pour les années paires et une autre pour les années impaires. Ce n’est pas seulement dérisoire au regard de la profondeur de la crise sociale et politique, profondément cela nourrit la désespérance et empêche l’émergence d’une réelle alternative politique. En revanche, il est sans doute possible avec ces élections de commencer la construction d’un rassemblement des forces anticapitalistes européennes. Un rassemblement sans doute partiel et limité à cette étape mais qui serait déjà un premier pas en avant.

Le sentiment anticapitaliste, la recherche d’une alternative politique à ce système absurde se développe dans ce pays. Or nous abordons cette période pleine d’incertitudes avec un nouvel outil qui par son programme, son positionnement peut fédérer une partie des aspirations à une rupture radicale avec le système. Alors est-ce qu’avec le NPA, on répond à toutes les questions politiques de l’heure ? La réponse est évidemment non. La perspective reste un parti anticapitaliste de masse capable de construire un autre rapport de forces social et politique. Cela prendra sans doute du temps même si des éléments d’accélération sont loin d’être exclus compte tenu de la situation.

Mais posons la question autrement, est-ce qu’avec la constitution du NPA nous avons franchi un pas important, un palier même dans la réalisation de cet objectif ? Incontestablement, c’est le cas. Amplifier la dynamique autour du NPA, être capable d’agréger de nouvelles traditions issues du mouvement ouvrier français, surtout favoriser par nos pratiques et nos revendications les mobilisations à venir tel est l’enjeu. La tâche ne sera sans doute pas aisée mais elle est enthousiasmante et nous y sommes prêts. ■

Notes

1. Le Parti de gauche (PG) a été lancé le 12 novembre 2008 par Jean-Luc Mélenchon (sénateur) et Marc Dolez (député), qui ont quitté le PS et rejoint à l’Assemblée nationale et au Sénat les groupes animés par le PCF. Le 18 novembre il a constitué avec le PCF un « front de gauche pour une autre Europe démocratique et sociale, contre la ratification du Traité de Lisbonne et les traités européens actuels » en vue des élections éuropéennes de juin 2009. Deux autres élus nationaux, Jacques Desallangre (député-maire de Ternier) et François Autain (sénateur, ex-MRC) ont rallié le PG, qui a tenu son meeting de lancement le 29 novembre en présence d’Oskar Lafontaine (Die Linke, Allemagne) et son congrès de lancement (600 délégués), consacré à l’adoption des statuts, des mesures d’urgence pour répondre à la crise économique et préciser la stratégie électorale, du 30 janvier au 1er février 2009. Un congrès consacré au programme du PG est annoncé pour l’automne 2009.

2. Le Mouvement démocrate (MoDem) a été crée en 2007 par François Bayrou (alors président de l’UDF), à la suite de l’élection présidentielle lors de laquelle ce dernier s’était opposé à Nicolas Sarkozy. Il se revendique du centrisme, du social-libéralisme et de l’européisme et regroupe la partie de la droite libérale qui a refusé de rejoindre l’UMP de Nicolas Sarkozy.

3. François Coustal, Incroyable histoire du Nouveau Parti Anticapitaliste, Éditions Demopolis, Paris 2009, 234 pages, 14,00 €

4. http://www.npa2099.org

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