Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 622 décembre 2015

GRANDE-BRETAGNE

Au-delà du parlementarisme, bases historiques et perspectives pour le corbynisme

Cf. aussi : [Grande-Bretagne]

Shannon Ikebe*

L’élection de Jeremy Corbyn à la direction du Parti travailliste de Grande-Bretagne est l'expression d’un mécontentement et d’une colère énormes face à des conditions qui se détériorent sans cesse depuis le commencement de la crise en 2008.

Jeremy Corbyn © RevolutionBahrainMC

Jeremy Corbyn © RevolutionBahrainMC

Qui l’aurait cru ? La Grande-Bretagne – cette île si souvent décriée pour son absence d’histoire et de pensée révolutionnaires, la terre du fabianisme (1) sans le marxisme, foyer de Thatcher, de Blair et de la City – est désormais un pays où l'on rencontre une des directions les plus radicales d’un grand parti social-démocrate dans le monde capitaliste développé. L’élection de Jeremy Corbyn à la direction du Parti travailliste de Grande-Bretagne est l'expression d’un mécontentement et d’une colère énormes face à des conditions qui se détériorent sans cesse depuis le commencement de la crise en 2008. Peu nombreux sont ceux qui, au début de la compétition électorale, ont anticipé un signe quelconque annonçant la victoire de Corbyn, et parmi eux Jeremy Corbyn lui-même (2). Désormais, grâce au recul, il est possible d’identifier la convergence de tendances qui ont conduit à cette véritable tempête de l’été 2015. Et une analyse de l’histoire du Parti travailliste peut éclairer des situations et des stratégies pour la gauche britannique dans les années à venir.

Synthèse et articles Inprecor

Les contradictions du blairisme et la montée de Corbyn

Même si sa mémoire historique a été obscurcie par l’hégémonie successive du thatchérisme (3) et du blairisme (4), il y avait en Grande-Bretagne une gauche dynamique au cours de la décennie 1970, avec un taux de grève se situant parmi les plus élevés d’Europe. Des niveaux élevés de militantisme des travailleurs ainsi que d’autres formes de mobilisations extraparlementaire ont aussi renforcé les courants socialistes au sein du Labour ; la force de ces derniers au sein du parti dans son ensemble se manifestait dans le programme du parti de 1973, qui demandait la nationalisation des 25 plus importantes entreprises de Grande-Bretagne, ainsi que dans le manifeste électoral de 1974 (5) qui proclamait publiquement l’objectif de « provoquer un déplacement fondamental et irréversible dans l’équilibre du pouvoir et des richesses en faveur des travailleurs ».

La gauche du Labour, avec comme figure principale Tony Benn (6), développa l’Alternative Economic Strategy comme solution de gauche à la crise stagflationniste [combinaison de stagnation et d’inflation], basée sur le développement d’un secteur public extensif et sur le contrôle ouvrier ainsi que sur une politique de relance publique protégée par le contrôle des capitaux. Une grande partie de l’establishment du parti, en particulier sa fraction parlementaire, non seulement ne soutenait pas les projets économiques proposés par la gauche, mais elle ne disposait pas non plus d'un plan pour mettre en œuvre ces programmes adoptés par le parti lui-même. Néanmoins, la gauche du Labour a gagné des positions de pouvoir dans des structures locales du parti et dans certains syndicats clés (7), ce qui lui a donné des pouvoirs accrus à la Conférence annuelle ainsi qu’au sein du Comité exécutif national (NEC) du parti. Mais, au bout du compte, l’influence de la gauche au sein du parti s’est très difficilement traduite en termes de pouvoir réel sur le plan parlementaire et gouvernemental. Même lorsque le Labour était au gouvernement durant 11 ans sur les 15 dans la période entre 1964 et 1979, avec de hauts niveaux de mobilisation des travailleurs, les gouvernements travaillistes de Wilson (1964-1970 et 1974-1976) et Callaghan (1976-1979) étaient très réticents à s’engager d’une quelconque manière sur une orientation de gauche. Face à la chute des profits et à l’inflation, les gouvernements du Labour optèrent pour résoudre la crise principalement au moyen d’une restriction volontaire des salaires sous la houlette des directions syndicales ainsi que par une politique budgétaire « proto-néolibérale » de réduction des dépenses, après 1976.

Confrontée à un gouvernement travailliste radicalement en porte-à-faux avec les orientations politiques de la base militante, celle-ci a concentré ses forces dans l'action en faveur d’une démocratisation interne du parti, ce qu’elle considérait comme une précondition nécessaire pour une transformation socialiste. En 1973 s’est mise en place la Campagne pour la démocratie au sein du Parti travailliste (Campaign for Labour Party Democracy, CLPD), et sa dynamique a été renforcée au moment où le gouvernement travailliste commençait à s’aliéner sa base et à y susciter la désillusion. En 1981, les militants du CLPD parvinrent à faire accepter l’une de leurs principales revendications : une réforme de la procédure d’élection de la direction du parti. Les dirigeants du parti étaient auparavant choisis seulement parmi les membres du Parlement. Dans le nouveau système, les parlementaires conservaient seulement 30 % des votes, tandis qu’une proportion égale était octroyée aux militants locaux du parti organisés dans les Constituency Labour Parties (CLP) et les syndicats obtenaient 40 %. Parmi les trois structures du parti, les CLP étaient des bastions de la gauche. Lors de l’élection de 1981 du dirigeant du Labour, au cours de laquelle Tony Benn s’affrontait à Denis Healey, figure de la droite du Labour, plus de 80 % des voix des CLP s’exprimèrent en faveur de Benn alors qu’une majorité claire des parlementaires et des directions syndicales votèrent pour Healey, lui offrant une victoire avec un très faible avantage (50,4 % contre 49,6 %). Toutefois, les CLP ne représentaient pas seulement un bloc électoral interne de gauche, mais aussi des structures politiques militantes, ce qui est crucial. Ce n’était pas de simples machines électorales. Ils organisaient également des manifestations de solidarité et une éducation politique socialiste.

L'essor de la gauche du Labour a connu un coup d’arrêt majeur après 1981, lorsque l’establishment a réussi à utiliser la sévère défaite électorale aux élections générales de 1983, le parti étant sous la direction de Michael Foot (8) – une défaite largement due à la défection de la droite du parti qui a fait scission pour former le nouveau Social Democratic Party (SDP) –, pour lancer une offensive contre la gauche dont l'orientation rendrait impossible toute victoire électorale.

Neil Kinnock (9), le nouveau dirigeant du parti, élu en 1983, était la personnalité parfaite pour engager une longue offensive contre la gauche du parti dans la mesure où il appartenait à l’aile dite de la « gauche molle » au sein du parti. Sa stratégie impliquait autant la répression des militants de gauche que l’affaiblissement institutionnel des CLP. De nombreux militants furent retirés des listes de candidatures parlementaires, suspendus du parti ou tout simplement exclus pour avoir pris des positions telles que le refus de recueillir la poll tax de Thatcher (10), l’opposition à la guerre du Golfe ou la critique de la direction du parti pour son racisme (l’exécutif du parti condamna la Black Section comme étant « de la division et contraire aux principes centraux du Parti »).

Tout en engageant cette « chasse aux sorcières », la direction Kinnock s'employa à retirer aux CLP les droits de vote qu’ils avaient obtenus en 1981. En lieu et place des débats et des décisions sur les consignes de vote des CLP dans le cadre de réunions du parti, là où de véritables délibérations pouvaient se dérouler, la direction proposa, lors d’une opération intitulée « un membre, un vote » (OMOV, One Member One Vote), d’attribuer un droit de vote à chaque membre par bulletin postal. Autant les partisans que les opposants de l’OMOV ont considéré que réduire le pouvoir détenu par les cercles militants renforcerait le pouvoir de ceux qui disposaient de ressources financières et de l'accès aux médias, c’est-à-dire la direction du parti et les grands médias. OMOV permit également à la direction de retourner la rhétorique de la démocratisation contre la gauche, l'accusant de chercher à concentrer le pouvoir aux mains des militants radicaux « non représentatifs » des CLP. Le principe OMOV pour les CLP lors des élections à la direction du Labour fut finalement introduit en 1993.

Au moment où Tony Blair accéda à la direction du parti, en 1994, même les CLP étaient devenus bien moins menaçants pour la couche dirigeante du parti, en raison des effets combinés des expulsions et des démissions. Le blairisme fut en mesure d’établir une domination absolue au sein du parti en parvenant à désorganiser et à anéantir toute alternative viable au sein du parti. Ce fut le facteur le plus important pour faire de TINA (« il n’y a pas d’alternative ») une réalité, autorisant Thatcher à affirmer que sa plus grande réalisation politique avait été de changer le Labour.

Le blairisme n’a cependant pas été en mesure de bâtir une base sociale active et de masse sur laquelle s'appuyer, d’où son manque d’hégémonie réelle. Blair chercha à créer ce que la politologue Meg Russel appela judicieusement une base « massive, mais passive ». C’est-à-dire ceux qui payent des cotisations et participent éventuellement aux campagnes électorales, mais qui n'ont pas d'autre activité au sein du parti et ne représentent donc pas de menace interne pour la direction. De tels adhérents passifs sont conformes à la stratégie décrite par le politologue Anthony Downs – pour lui, les partis politiques auraient pour seul et incontestable objectif celui de maximiser leurs succès électoraux et ils chercheraient seulement à capter des électeurs en avançant des propositions déterminées de façon exogène et qu’ils ne peuvent changer.

Blair perfectionna cette politique downsienne en cherchant à gagner les électeurs au centre, en fonction de la représentation qu'en donnaient derniers sondages et enquêtes d'opinion, priorisant par-dessus tout la maximisation des possibilités électorales à court terme. Mais la formule « massive et passive » a commencé à prendre l'eau une fois passée l’euphorie des élections de 1997.

Les adhérents qui restaient étaient suffisamment passifs pour ne pas menacer la direction blairiste, mais le soutien qu’ils témoignaient était tiède et conditionnel et s'est ensuite significativement érodé avec la guerre contre l’Irak. En fait, dès 1998, la liste de gauche Grassroots Alliance (Alliance de la base) remporta la majorité des suffrages des membres pour le Comité exécutif national. L’état des adhésions avait empiré. Une fois les Tories battus en 1997, il restait peu de raisons de s'enthousiasmer pour un credo politique dont la principale autojustification résidait dans sa capacité à remporter les élections. Comme cela était prévisible, le nombre des adhérents commença à décliner brusquement après 1997, au point d'être divisé par deux en moins d’une décennie.

Cette tendance commença à alarmer même la direction du New Labour (11), laquelle, après tout, dépendait de l’activité gratuite des adhérents lors des campagnes. La direction d’Ed Miliband (12), qui représentait un rejet partiel du blairisme, tout en restant fermement ancré dans les limites du New Labour, a lancé l’initiative « refonder le Labour » (Refounding Labour) en 2011, pour une nouvelle démocratisation du parti.

La rhétorique de Refounding Labour est assez frappante dans sa tentative d’intégrer les critiques de gauche adressées au New Labour. Elle a d'abord visé à amender l’article 1 de la Constitution du parti, pour s’éloigner de la conception d'un parti centré sur la question parlementaire. Désormais, le but du Labour est « de réunir les membres et les sympathisants qui partagent ses valeurs afin de développer des actions politiques, de renforcer les collectivités au moyen d’actions collectives et d’aides ainsi que de promouvoir l’élection de représentants du Labour à tous les niveaux du processus démocratique. » Ce rejet symbolique des conceptions purement électoralistes et parlementaristes du parti s’est accompagné de la création du Réseau des sympathisants qui implique de développer un réseau de « sympathisants » qui pourraient participer aux campagnes électorales, sans bénéficier pour autant des droits des membres.

La réforme des élections de la direction en 2014 peut être vue comme un prolongement et l'aboutissement du processus initié par Refounding Labour. Au prétexte d’une allégation fabriquée autour d’un plan du syndicat Unite (13) de « truquer » le processus de sélection parlementaire à Falkirk [Écosse], le Rapport Collins [2013] du parti proposa l’introduction d’un système OMOV pour les élections à la direction, éliminant autant les votes des syndicats que celui des parlementaires, ainsi que l’extension du droit de vote des « sympathisants enregistrés » qui paient une taxe de 3 livres sterling. Le changement était principalement motivé par le désir de réduire l’influence des syndicats, les syndicats étant récemment devenus des forces de gauche significatives au sein du parti, mais les votes spéciaux des députés étaient également supprimés en parallèle à ceux des syndicats afin d’accréditer la proclamation de démocratisation.

Tant que le New Labour bénéficiait encore d'un soutien populaire, de telles mesures de « démocratisation » auraient pu renforcer la capacité du parti sans menacer sa structure de pouvoir existante. Personne n’a envisagé un instant que la poursuite du principe OMOV jusqu’à sa conclusion logique puisse en réalité représenter un danger et que la gauche du Labour puisse en tirer avantage. Après tout, quel qu’ait été le mécontentement envers le New Labour, la candidate de gauche, Diane Abbott (14), n’avait remporté que 7,42 % des suffrages des membres en août 2010, en dernière position parmi les 5 candidats [Ed Miliband, David Miliband, Ed Balls et Andy Burnham].

Cependant, l’approfondissement des mesures d’austérité du gouvernement de coalition [entre le parti conservateur et les libéraux-démocrates] depuis 2010, ainsi que la montée de mouvements radicaux contre l’austérité dans le sillage de la crise économique de 2008 – mouvement étudiant de 2010, grèves importantes du secteur public en 2011, mouvement pour l’indépendance de l’Écosse en 2014 – ont transformé le paysage politique, préparant la voie du rejet d’une direction du Labour qui continuait de refuser de combattre les vagues d’austérité des conservateurs.

Il est maintenant possible d’identifier les contradictions structurelles du New Labour qui ont explosé de manière spectaculaire à l’été 2015. Le blairisme, à son apogée, représentait le triomphe parfait du néolibéralisme dans sa version TINA. Mais sa domination a produit deux mouvements en sens inverse : la démocratisation du parti visant à le légitimer et à garantir les contributions volontaires, d'une part ; le développement de mouvements contre l’austérité à l’extérieur du parti, d'autre part. Simultanément, le fait de ne pas disposer de sa propre base de masse active l'a rendu vulnérable aux menées des forces d’opposition, facilitées par les deux contre-tendances mentionnées ci-dessus. En outre, la profondeur de la domination du New Labour – en termes d’absence d’une alternative bien organisée – masquait le caractère superficiel de son hégémonie, rendant ses partisans incapables de contrer les menaces avant qu’il ne soit trop tard. Et la faiblesse des partis à la gauche du Labour en Angleterre, comparée à une grande partie des pays de l’Europe continentale et à l’Écosse, est ce qui a conduit à l'expression d'une politique anti-austérité au sein du Labour Party qui, de tous les autres partis de la social-démocratie traditionnelle, est celui où la néolibéralisation a progressé le plus profondément.

La victoire de Corbyn n'était certainement pas inévitable. Il n’est pas difficile d’imaginer que l’un des députés du New Labour ait pu refuser de soutenir sa candidature (15) ou encore ne l'ait déposée qu'avec quelques minutes de retard, ce qui aurait dès le départ exclu sa participation. Mais au-delà d'un concours de circonstances, cette victoire montre que des tendances plus profondes sont à l’œuvre dans le Labour et la société. Elles sont aussi importantes pour comprendre le nouveau paysage politique avec l'élection de Corbyn à la tête du parti.

La gauche contemporaine et les possibilités d’une nouvelle plateforme de gauche

Quelle est la situation politique face à laquelle se trouve la nouvelle direction Corbyn ? Aucune euphorie électorale ne peut dissimuler le fait élémentaire que Corbyn est dans une position extrêmement fragile au sein du parti. Le plus manifeste et évident est que plus de 90 % des députés appartiennent d’une manière ou d’une autre au New Labour, ce qui reflète de longues années de domination du New Labour ; c'est la première fois qu'un dirigeant du parti prend ses fonctions avec une fraction parlementaire aussi hostile, dans la mesure où les députés possèdent une part significative des voix pour l'élection de la direction. Alors que Corbyn désignait John McDonnell comme chancelier de l’Échiquier de son shadow cabinet (16) et même si celui-ci ne comprenait aucun blairiste déclaré, la présence significative de personnalités du New Labour dans ce dernier était dans une certaine mesure inévitable.

Les survivants du New Labour peuvent à tout moment attaquer Corbyn, avec le soutien solide des médias bourgeois, du Daily Mail aux éditeurs du Guardian (17), en s'appuyant également sur des menaces réelles ou supposées de fuite de capitaux et de désinvestissement. De telles attaques peuvent faire perdre le Labour dans les enquêtes d'opinion et/ou lors d’élections législatives partielles et, bien qu'ils en soient les premiers responsables, ils ne manqueraient pas d'utiliser ces échecs contre Corbyn. Leur affirmation de « l’inéligibilité » de Corbyn s’appuie en effet sur leur propre capacité et volonté de saper son éligibilité en lançant des attaques au sein du parti.

Cette déstabilisation fournira une occasion aux forces du New Labour de tenter de tuer le corbynisme, que ce soit au par un coup de force interne ou au moyen de formes plus subtiles de cooptation.

L’état du parti au-delà de la fraction parlementaire (PLP) n’offre pas nécessairement une situation de confort au corbynisme, même si l'influence du New Labour n’est nulle part aussi forte qu’au sein du PLP. Après tout, il s’agissait d’un parti toujours largement New Labour il y a encore quelques mois : le caractère subit de la poussée de Corbyn traduit le fait que les forces qui le soutiennent ne sont que peu présentes dans les structures du parti, y compris dans les CLP, bastion traditionnel de la gauche. Le soutien à Corbyn dans les CLP était, en fait, bien plus faible que les votes réels qu’il a obtenus ; alors qu’il a réuni 59,5 % des suffrages au total, parmi les CLP qui ont soutenu un des candidats il n’a recueilli que 39 % des suffrages.

Parmi l’ensemble des CLP, il n’était soutenu que par 23,5 % d’entre eux (à comparer avec 1981 lorsque 78,3 % des CLP votèrent pour Tony Benn). Un sondage suggère qu’il a gagné un soutien plus important parmi les sympathisants enregistrés que parmi les membres et que, parmi ces derniers, l’appui le plus important provient de ceux qui ont rejoint le parti après les élections de 2015 (18). Il est ironique de remarquer que la structure de la base d'appui de Corbyn ressemble aux formes que le New Labour considère comme étant les siennes : une masse de membres-sympathisants du parti, qui sont en général relativement peu engagés dans la vie du parti, votant pour une figure populaire lors d’une élection basée sur le principe OMOV.

Bien sûr, la différence fondamentale réside dans le fait que plus de 10 000 activistes se sont portés volontaires pour la campagne de Corbyn. Mais la structure du corbynisme, au moins actuellement, est distincte de celle de la nouvelle gauche des années 1970 qui était avant tout et surtout fondée sur les CLP. En effet, un système électoral dont la gauche se faisait traditionnellement la championne – les votes lors des réunions des CLP – aurait très probablement été plus désavantageux pour la campagne de Corbyn dont les partisans sont comparativement moins impliqués dans les CLP. Le danger qui en découle est que la plupart des électeurs de Corbyn, en particulier les sympathisants enregistrés (non-membres), restent atomisés et isolés après l’élection ; la démocratie plébiscitaire doit être prolongée en une démocratie délibérative et participative au sein du parti. La position délicate de la direction Corbyn rend la question de la stratégie organisationnelle cruciale. Il n’y a pas de possibilité de survie pour le corbynisme sans que le Labour Party devienne un mouvement social, comme l'a déclaré Corbyn lui-même.

À quoi ressemble un parti-mouvement social ? Avant tout, un tel parti est l'agent d’une articulation politique réussie. Ainsi que les politologues Cedric de Leon, Manali Desai et Cihan Tugal (19) l’ont affirmé, des partis de ce type « intègrent des intérêts et des identités disparates en des blocs socio-politiques cohérents ». Or, selon Antonio Gramsci, un tel parti fonctionne comme « constructeur, organisateur [et] persuadeur permanent » de la volonté populaire. Cela signifie non seulement que les élections et les parlements cessent d’être le seul point focal de l’activité du parti et que les militants du parti s’impliquent dans d’autres mouvements sociaux, mais aussi que le parti articule une vision du monde complète, fondée sur des institutions qui deviennent des éléments centraux de la vie sociale d’un grand nombre de membres et de militants.

Malgré leurs échecs tragiques, le SPD allemand d’avant 1914 et le Parti communiste italien de l’après-guerre sont devenus des partis de masse ayant des racines sociales, avec leurs quotidiens, clubs de lecture et sportifs, théâtres et bars. Même au sein du British Labour Party, de nombreux CLP dans les années 1970 et 1980 ont joué le rôle de centres organisateurs de mouvements sociaux divers, même si l’échelle n’est pas comparable au SPD ou au PCI. Les CLP ont organisé ou participé à des manifestations contre Thatcher, envoyé des militants dans les campements antinucléaires à Greenham Common et aux piquets de la grève des mineurs (en 1984).

De tels partis de masse sont « passés de mode » au cours des dernières décennies. Alors que les partis traditionnels sont devenus des machines électorales vides, les tendances les plus dynamiques des mouvements de gauche contemporains, fondées sur la création de communautés alternatives et sur des formes plus profondes d’engagement et d’identité politique, tendent à éviter la forme parti.

Mais tout parti qui cherche à transformer les relations existantes de pouvoir doit bâtir ce type de capacités d’articulation politique et devenir un acteur sur tous les terrains de lutte, à l’intérieur et à l’extérieur des structures étatiques, dans une perspective de modification des rapports de forces sociaux. La prééminence et les ressources d’un grand parti au sein de l’ensemble de la société lui donnent un avantage pour devenir un pôle d’attraction politique. Cependant, il existe là aussi de sérieuses contradictions. La logique des élections est en effet différente de celle des mobilisations militantes. Ces dernières dépendent de la profondeur de l’engagement militant et de leur capacité subversive. Les premières dépendent, elles, d’un grand nombre de personnes qui y adhèrent au plan électoral mais dont l’engagement est limité.

Par ailleurs, les sondages d’opinion ont un certain effet normatif qui réifie le statu quo. Les sondages montrant les positions radicales comme étant impopulaires, qui sont fondés sur l’état existant de « l’opinion publique », pèsent sur l’équilibre du pouvoir au sein du parti au désavantage de ceux qui sont partisans de stratégies visant à modifier l’opinion politique présente. Et comme l’establishment du parti accepte l'état actuel de l’opinion plutôt que de chercher à le modifier, il fait en sorte qu’elle se reproduise. Il n’est donc pas aisé d’échapper au fantôme d’Anthony Downs.

Le succès du corbynisme – la transformation du Labour Party en un parti-mouvement social de gauche avec des objectifs et des capacités d’articulation – fait face à des difficultés supplémentaires, dans la mesure où il implique la transformation d’un parti de masse comprenant de puissantes forces qui y sont opposées. Un tel projet politique requiert des luttes interconnectées, autant internes qu'externes. Cela exige des sections locales du parti qui sont pôles sociaux politisés dans les collectivités et qui s’engagent dans une multitude de luttes extraparlementaires, tout en cultivant une identité politique profonde et globale parmi ses adhérents. Sans des mobilisations sociales actives qui puissent faire bouger la culture politique du pays plus largement, les luttes internes en faveur du corbynisme ont peu de chance de réussir.

De telles mobilisations peuvent renforcer la direction de Corbyn à l’intérieur, en affaiblissant l’affirmation qu’elle serait électoralement désastreuse et, moins directement mais peut-être de manière plus significative, en menaçant le capitalisme de révoltes populaires de telle sorte qu’une fraction de la bourgeoisie en viendrait à considérer les attaques contre Corbyn comme trop risquées. Pour autant, la gauche du Labour ne peut négliger ce qui est considéré comme des luttes purement internes, même si elles semblent ésotériques ou moins importantes pour des mouvements sociaux plus larges. Les mobilisations en général doivent être transformées en des forces concrètes dans les centres de pouvoir spécifiques au sein du parti. Il est décisif de mettre sous pression les députés du New Labour au niveau des CLP, avec une menace sérieuse et une possibilité concrète d'aboutir à la révocation du mandat des députés blairistes lors des prochaines élections. S'il est vrai qu'une telle stratégie de l’escalade comporte toujours le risque d’une défaite face à des offensives plus importantes venant de la droite, il est à l'inverse très improbable que de telles offensives de la droite puissent cesser en réponse à des attitudes « pacifiques » de la gauche.

En outre, la base de Corbyn doit être organisée de telle façon qu’elle puisse aussi capter tous les autres postes éligibles au sein du parti. Malgré la victoire retentissante de Corbyn, la gauche a échoué dans d’autres élections internes du parti. Alors que la gauche dispose d’une majorité parmi les sièges électifs de l’exécutif du parti – le NEC –, ses candidats ont été largement battus lors des élections du vice-président, lors des primaires pour le candidat à la mairie de Londres ainsi que pour la Conference Arrangement Committee (avec Angela Eagle, Diane Abbott, Katy Clark et Jon Lansman) (21). Comme toutes ces élections se sont déroulées cet été, les candidats de la gauche auraient pu gagner si les électeurs de Corbyn avaient aussi voté pour eux.

Le dilemme d’une telle stratégie apparaît clairement si on se réfère à l’expérience de la gauche du Labour dans les années 1980 : la tension qui naît entre la volonté de gagner et de transformer le parti et celle de s’engager dans des mouvements sociaux plus larges. On a cherché à mobiliser largement pour une alternative de gauche, en s’assurant tout d’abord le contrôle du parti. Mais la guerre de tranchées dans les luttes internes a rendu difficile de s'engager pleinement dans des mouvements sociaux extérieurs au parti. C’était aussi la source de désaccords stratégiques parmi les différents groupes de la gauche du Labour. L’aile la plus orientée vers les mouvements de la gauche du Labour critiquait la campagne pour la démocratisation du parti (CLDP), non sans raison, en l'estimant trop absorbée dans les arcanes des affaires internes au parti aux dépens d’une mobilisation plus large.

Mais une leçon importante pour les corbynistes des luttes passées de la gauche du Labour réside dans l’importance de la création d’un réseau de masse qui organise la gauche du Labour, afin de lutter simultanément pour la transformation du parti et de mobiliser, plus largement, contre l’austérité, sans tomber dans le sectarisme. Même si la transformation du parti oblige les membres de la gauche à être actifs au sein du parti, ils ne doivent pas se laisser absorber par les organismes officiels du parti, tels que les CLP. Pour que l’ascension de Corbyn se transforme en une force puissante sur le long terme, une telle transformation politique est nécessaire afin de protéger la direction Corbyn des attaques et afin de continuer à tirer le parti vers la gauche, sans se laisser capter par les mécanismes du parti. Et cette direction peut alors devenir le noyau de forces qui visent à une articulation politique.

Certaines structures internes de la gauche du parti des années 1970 existent encore. Le CLPD est toujours actif et il est lié à la Grassroots Alliance qui défend une plateforme de gauche pour les élections au comité du parti. Jon Lansman, un organisateur de longue date du CLPD, a coordonné la campagne de Corbyn. Mais une grande partie du mouvement à l’origine de la victoire de Corbyn provient de l’extérieur des structures existantes. Et il y a des différences notables entre la culture politique du CLPD et de nombreux activistes « Corbyn ». Le CLPD, en raison du processus d’auto-sélection, est composé de ceux qui sont restés au sein du Labour tout au long des plus sombres années Blair, plutôt que de rejoindre d’autres mouvements sociaux extraparlementaires ou les Verts. Ils possèdent les connaissances institutionnelles nécessaires aux luttes internes du parti. Par contre, nombreux sont les activistes « Corbyn » qui tendent à être influencés par la culture horizontaliste de la gauche du « nouveau millénaire ». Pour le corbynisme, développer un rapport prenant appui simultanément sur ces cultures politiques disparates est crucial.

En dépit de la large popularité de la gauche benniste parmi les activistes du parti, ceux-ci ont eu des difficultés à créer une telle organisation de masse autonome. Malgré l’influence qu’elle a gagnée grâce à son savoir-faire organisationnel, le CLPD n’eut jamais plus de 1 200 membres dans tout le pays à son point le plus haut et d’autres formations internes au parti ne parvinrent pas à attirer des supporters de cette orientation, en particulier en dehors de Londres.

Sans minimiser les difficultés de construire un tel groupement, bien organisé, qui réussit à maintenir la base militante constamment engagée sans se laisser absorber au sein de l’appareil du parti, il y a trois facteurs qui créent aujourd’hui une condition plus favorable, si on la compare avec les années 1970 et 1980. Le plus important est le plus évident : la gauche a déjà gagné la direction, avec l’ensemble du pouvoir institutionnel et symbolique qui lui est associé. Malgré la position délicate de Corbyn au sein de la fraction parlementaire, son poste met à sa disposition un pouvoir plus décisif au sein de l’appareil du parti, lequel peut protéger les militants de gauche des « chasses aux sorcières » de la droite du Labour. Mais la dimension symbolique n’est pas moins cruciale. Toute tentative de transformer un tel parti de gauche implique des luttes internes, lesquelles sont sensibles aux accusations de division et d'atteinte à l'intégrité du parti. Mais ce sont ceux qui s'opposent à la direction qui sont les plus vulnérables dans la mesure où le parti tend à s'identifier à sa direction. Robert Michels a énoncé en ces termes la position d’un dirigeant au sein de son parti : Le Parti, c’est moi. Il est bien plus difficile pour la droite d’accuser la gauche de divisionnisme alors que c'est elle qui s'oppose à la direction.

Le deuxième facteur est le tournant à gauche des principaux syndicats. Historiquement, les bureaucraties syndicales ont été principalement le pilier de la domination conservatrice au sein du parti, maintenant des relations étroites avec son establishment. Le tournant à droite depuis 1982 a été crucial dans l’effondrement de la gauche de Tony Benn. Ces bureaucraties ont facilité la persécution de la gauche sous Kinnock. Mais le New Labour, dont ils ont eux-mêmes encouragé le développement, a commencé à s’aliéner les dirigeants syndicaux lorsqu’il a refusé d’abolir la législation thatchérienne des rapports de travail. Len McCluskey, dirigeant d’Unite en particulier, est devenu un critique puissant du consensus néolibéral au sein du parti ; Unite a soutenu puissamment la campagne en faveur de Corbyn, dont l’équipe de campagne était même basée au siège d’Unite, et il a reçu le soutien de syndicats qui représentent 70 % de l’ensemble des membres. Parce que le lien parti-syndicat a survécu, les syndicats disposent encore à l’interne d’un pouvoir considérable, le plus important au sein du National Executive Committee.

Synthèse et articles Inprecor

Bien sûr, la gauche ne peut pas seulement compter sur un soutien permanent des appareils syndicaux, mais avec une base syndicale mobilisée, elle se trouve dans une position plus favorable. Enfin, la présence des médias sociaux offre aujourd’hui un avantage à la base. Sans adhérer au cliché commun qui exagère leur rôle dans les mouvements contemporains, il faut reconnaître qu'ils résolvent un problème spécifique auquel se sont heurtées les tentatives précédentes d’organiser un courant à l’échelle nationale : bâtir des connexions solides entre les militants de gauche dans différentes circonscriptions et coordonner les campagnes entre celles-ci.

Les risques stratégiques pour le corbynisme restent significatifs. Travailler au sein d’un parti toujours truffé de blairistes fait qu’il est difficile d’éviter les accords avec les tendances néolibérales du parti. Par exemple, Sadiq Khan, le candidat du parti pour les élections à la mairie de Londres de l’année prochaine, a affirmé qu’il cherchait à être « le maire le plus business-friendly [ami du business] de tous les temps ». Les corbynistes font face à un dilemme : soit se discréditer en faisant campagne pour un tel candidat néolibéral, soit refuser de le faire et faire face à des accusations de déloyauté vis-à-vis du parti. La situation est même plus contradictoire en Écosse où la gauche est en majorité indépendantiste (22), où existe un parti de gauche qui se développe en se nourrissant du radicalisme de base du mouvement indépendantiste, et où le système électoral ne défavorise pas les petits partis. La dirigeante du Scottish Labour Party, Kezi Dugdale, est une personnalité appartenant entièrement au New Labour ; elle a affirmé que la direction Corbyn quitterait le parti « en s’enfuyant par les coulisses ». En Écosse, la gauche ne peut simplement pas s’organiser autour de Corbyn de la même façon qu’elle le fait en Angleterre ; la promotion des intérêts de parti en tant que tel est anglocentriste et affecte la solidarité avec les radicaux écossais.

Personne à gauche ne devrait avoir d’illusions au sujet du Labour Party. Les mots inoubliables de Ralph Miliband, en ouverture de son ouvrage Parliamentary Socialism (1961), constituent toujours la caractérisation la plus pertinente de ce parti – « De tous les partis affirmant que le socialisme est leur objectif, le parti travailliste a toujours été l’un des plus dogmatiques – non au sujet du socialisme, mais au sujet du système parlementaire » – à cela près que ce parti ne se réclame plus d’un objectif socialiste. Et qu’il est très improbable que Corbyn puisse le transformer en un parti socialiste, quand bien même il le voudrait vraiment. Si les forces corbynistes ne peuvent briser un tel dogmatisme parlementaire, elles seront incapables de menacer sérieusement les intérêts de classe capitalistes ainsi que d'en finir avec la tyrannie du TINA, dans un monde où même la social-démocratie a été écartée en maints endroits.  ■

* Shannon Ikebe est doctorant de sociologie à l’Université de Californie, Berkley. Cet article a été publié le 8 octobre 2015 sur le site viewpointmag.com puis traduit de l’anglais et annoté par la revue électronique suisse A L’Encontre http://alencontre.org/

Notes

1. Référence au « club de pensée socialiste », créé dès 1884 et dont les intellectuels les plus connus furent George Bernard Shaw (1856-1950) et les Webb – Sidney (1859-1947) et Beatrice Potter (1858-1943). Les Webb soutiendront le régime stalinien. Leur ouvrage The Truth About Soviet Russia, publié en 1942, sera largement utilisé par les partis staliniens.

2. Jeremy Corbyn a annoncé sa candidature en juin et a été élu à la tête du Labour Party le 12 septembre avec 59,5 % des votes.

3. Margaret Thatcher, Première ministre conservatrice de mai 1979 à novembre 1990.

4. Tony Blair, premier ministre travailliste de mai 1997 à juin 2007.

5. Harold Wilson avait déjà suscité des « espoirs » de changement lors de son élection en 1964; entre 1970 et 1974, il était le leader de l’opposition travailliste face au conservateur Edward Heath ; il a réoccupé le poste de Premier ministre entre mars 1974 et avril 1976.

6. Tony Benn (1925-2014), était l’une des principales figures de l’aile gauche de son parti dans les années 1970 et 1980, et est connu comme l’une des rares personnalités politiques à s’être radicalisée au gouvernement plutôt que dans l’opposition, notamment par réaction avec le fonctionnement et l’action de la Communauté européenne. Il a été secrétaire à l’Industrie (1974-1975) et secrétaire à l’Énergie (1975-1979). Il a déposé dans les années 1990 un Commonwealth of Britain Bill qui aurait fait de la Grande-Bretagne une république. Il s’est opposé à l’adhésion à l’UE, a fait campagne pour l’abolition de la Chambre des Lords et s’est opposé aux guerres des Malouines, d’Irak et d’Afghanistan. Malgré plusieurs tentatives pour renoncer à la succession – il a en 1960 hérité de son père William Wedgwood Benn, élevé à la pairie en 1942, le titre de vicomte Stansgate. Sa campagne pour permettre la renonciation à la pairie aboutit à l’adoption du Peerage Act 1963 ; il renonça à son titre immédiatement après la promulgation de la loi. Il a été membre du Parlement de 1950 à 2001 sauf en deux brèves périodes. En 1999, alors parlementaire, il place clandestinement une plaque en l’honneur de la suffragette Emily Davison dans un placard à balais du Palais de Westminster. En janvier 2009 il signe en compagnie de 300 autres signataires dont des députés, des sénateurs, des dirigeants politiques, des dirigeants de syndicats, des professeurs et des artistes un « appel irlandais pour une justice en Palestine » en faveur du boycott d’Israël.

7. Les syndicats sont affiliés au Labour Party depuis le début du XXe siècle. Il en découle que les syndicats paient une cotisation annuelle au parti et, en retour, eux et leurs membres disposent d’un statut d’affilié. Ainsi, ils élisent 12 des 32 membres du NEC et 50 % des délégués à la Conférence annuelle du parti. À l’échelle locale, les sections syndicales sont aussi, souvent, affiliées aux instances régionales du parti (Constituency Labour Parties) qui se superposent aux circonscriptions électorales.

8. Michael Foot, dirigeant du parti de 1980 à 1983, obtient 27,6 % des suffrages contre 42,4 % pour Margaret Thatcher et 25,4 % pour David Steel de l’Alliance SDP-Libéraux avec David Steel.

9. Neil Kinnock, né en 1942, sera le dirigeant du Labour de 1983 à 1992. Par deux fois, il échouera lors des élections générales. La première fois, face à Margaret Thatcher en 1987 ; la seconde face à John Major en 1992. Il sera, par la suite, membre de la Commission européenne de 1995 à 2004, sous la présidence du luxembourgeois Jacques Santer puis de l’italien Romano Prodi.

10. Poll tax, autrement dit impôt par tête, ou capitation (per capita). C’est un impôt locatif forfaitaire adopté en 1989 par le gouvernement de Margaret Thachter et mis en œuvre en 1990. Il frappait l’ensemble des foyers et non les personnes et sans distinction de revenu ou de capital ce qui en faisait un emblème d’inégalité sociale face l’impôt. La réaction contre cet impôt emblématique de la politique conservatrice fut vive et en mars 1990 la mobilisation populaire fut qualifiée de « poll tax riots », d’émeutes contre l’impôt. John Major, qui succéda à Thatcher, dut le supprimer en mars 1991 et le remplacer, en 1993, par un impôt progressif.

11. Formule élaborée dès 1994 et officialisée dans le document pré-électoral datant de 1996.

12. Ed Miliband a été installé à la direction du parti travailliste en 2010, après avoir été le rédacteur des discours de Gordon Brown, dirigeant du Labour de 2007 à 2010 et Premier ministre durant la même période.

13. Unite, formé en 2007, suite à une fusion, constitue actuellement le syndicat le plus grand en nombre d'affiliés.

14. Diane Abbott, première femme noire siégeant à la Chambre des Communes, élue de la circonscription populaire de Hackney North at Stoke Newington.

15. Il faut que 15 % des députés du Labour apportent leur soutien pour qu’un candidat puisse se présenter, dans ce cas il en fallait 35 et Corbyn a reçu 36 soutiens.

16. Dans le système parlementaire britannique, le parti d’opposition forme un « cabinet fantôme » parallèle à celui en charge, il est chargé de « surveiller » l’action des ministres. Le chancelier de l’Échiquier est le ministre des Finances. John McDonnell est fils d’un docker et syndicaliste. Il a été responsable du département des Finances dans la mairie du « grand Londres » à l’époque de Ken Livingstone (maire de mai 2000 à mai 2008). McDonnell comme député se tient à la marge du groupe et agit dans un regroupement de la gauche du Labour intitulé « Oui aux services publics, non aux profits privés ». Il s’oppose à l’augmentation des frais d’inscription à l’université et aux mesures sécuritaires qui fleurissent. En 2003, il avait voté contre la guerre en Irak. Il a été un des animateurs de la campagne de Jeremy Corbyn.

17. The Guardian est un quotidien situé à gauche dans l’éventail de la presse britannique.

18. Aux élections du 7 mai 2015 les tories (conservateurs) remportèrent 36,9 % des suffrages et une majorité absolue avec 330 sièges au Parlement.

19. Voir l’ouvrage collectif de Cedric de Leon, Manali Desai et Cihan Tugal ayant pour titre Building Blocs: How Parties Organize Society. Stanford, CA 2015, Stanford University Press.

20. Antonio Gramsci, Cahiers de prison, « Problèmes de civilisation et de culture ».

21. Le Conference Arrangement Committee se charge du programme de la Conférence annuelle du parti, tranche la validité des motions d’urgence et fait office de direction lors de celle-ci.

22. Robert Michels, Sociologie du parti dans la démocratie moderne, Enquête sur les tendances oligarchiques de la vie des groupes (1911, disponible aux Éditions Gallimard, coll. Folio essais, Paris 2015).

22. Le Scottish National Party, dirigé par Nicola Sturgeon, a aspiré les voix du Parti travailliste sur la gauche.

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