Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 592-593 avril 2013

INDE

Deux journées de grève générale : une puissance plus grande que les armées

Cf. aussi : [Inde]

Soma Marik, Sushovan Dhar et Kunal Chattopadhyay

Plus de cent millions de travailleurs dans toute l’Inde ont fait grève durant deux jours les 20 et 21 février dernier. C’est probablement la plus grande grève générale dans l’histoire de la classe ouvrière.

Le nombre précis des grévistes est difficile à déterminer, mais le mouvement a dépassé tant les attentes des dirigeants syndicaux que les craintes des patrons. Durant les deux journées de grève les chaînes de télévision ainsi que l’internet ont multiplié les commentaires sur l’échec de la grève, sur son caractère inutile, sur la violence des travailleurs, sur l’égoïsme des chefs syndicaux qui conduisent les pauvres travailleurs dans l’impasse. La véhémence de ces campagnes médiatiques était en elle-même la preuve du réveil progressif d’un géant endormi, le prolétariat indien, mettant en évidence sa puissance massive. Lorsque cette force est correctement mobilisée, lorsqu’elle se met en lutte pour ses propres buts avec une plus grande clarté, elle peut prétendre être plus puissante que les armées. Mais aujourd’hui elle est encore partiellement entravée. Les deux dimensions — celle de la lutte et celle de ses limites actuelles — nécessitent des explications.

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Grèves générales

Le terme même de « grève générale », s’il n’est pas correctement employé, peut poser problème. Aujourd’hui on ne peut plus se satisfaire de ce que Rosa Luxembourg ou Léon Trotsky écrivaient après 1905, ni des expériences européennes de la première moitié du XXe siècle.

Pour les anarcho-syndicalistes, la grève générale devait être l’ultime bataille cataclysmique, lorsque le capitalisme aussi bien que l’État seraient paralysés. Les Industrial Workers of the World (IWW) ont repris cette idée. La grève générale devait être le moyen pour renverser le système capitaliste. En conséquence de ce « lockout généralisé de la classe patronale », le contrôle de l’industrie devait passer des mains des capitalistes à celles des masses faisant disparaître les capitalistes de la surface de la terre.

Comme le faisait valoir un pamphlet syndicaliste allemand de 1905, la grève générale était « une nouvelle arme du prolétariat en lutte » pour au moins deux raisons historiques. Premièrement, la révolution des barricades, comme en 1848, n’était plus possible dans les villes modernes avec leurs larges avenues, sans parler des progrès de la technologie militaire. Deuxièmement, « l’industrie moderne, avec sa division du travail extrêmement spécialisée et complexe est peu adaptée pour s’opposer à une grève générale, même si cette dernière est engagée par une minorité de la classe ouvrière ». Néanmoins, les marxistes de la Seconde Internationale avaient une position plus nuancée. Ils rejetaient l’idée selon laquelle une grève générale pouvait en elle-même renverser la classe dirigeante et son État. Mais Rosa Luxembourg, Léon Trotsky et d’autres ont écrit sur la grève générale et, après la révolution russe, elle était clairement perçue comme un instrument de la masse des travailleurs dans la lutte de classes.

En Inde, l’idée de la grève générale a évolué de deux manières. Sous la direction de Ghandhi, le mouvement nationaliste ne voulait pas de formes de lutte spécifiquement prolétariennes. Mais il a développé le hartal — un mouvement de masse incluant la fermeture des boutiques et des marchés, la grève des transports, etc. La montée du mouvement communiste et du syndicalisme massif a vu la croissance des grèves industrielles à partir desquelles les grèves de masse pouvaient également se développer. En 1946, en soutien à la grève des travailleurs des Postes et Télégraphes, les travailleurs de l’Inde dans son ensemble ont répondu à l’appel du Congrès panindien des syndicats (AITUC, regroupant alors l’ensemble des syndicats) en se mettant en grève. Il y avait également eu auparavant une grève de masse lors de la tentative du procès contre le capitaine Rashid Ali, un officier de l’Armée nationale indienne, ainsi que des grèves à Bombay et ailleurs en soutien à la révolte des marins de la Royal Indian Navy (Marine royale indienne).

Après l’indépendance, la légitimité des leaders de la nation signifiait que le Parti du Congrès avait acquis une hégémonie pour une période considérable et les tentatives de grèves générales, en particulier au cours des zigzags ultra gauches du Parti communiste de l’Inde (CPI), puis des partis issus de son éclatement, n’ont pas abouti. La situation s’est également aggravée du fait de la transformation du mouvement syndical. Alors qu’en 1946 l’AITUC était la seule centrale syndicale présente dans l’ensemble du pays, par la suite tous les partis politiques d’une certaine importance ont tenté de construire leur organisation syndicale. En conséquence, aujourd’hui, l’Inde compte un grand nombre de centrales syndicales et souvent plusieurs d’entre elles sont présentes sur le même lieu du travail.

Néolibéralisme et luttes

De ce fait, l’unité d’action de tous les syndicats a été rendue très difficile. Cependant le début de l’offensive néolibérale a entraîné un changement. Les salaires réels des salariés jouissant de contrats de travail légaux ont commencé à baisser. La sécurité de l’emploi a été remise en cause. Les contrats de travail précaires, en particulier externalisés, se sont multipliés. En conséquence les grèves dans divers secteurs de l’industrie et des services se sont multipliées et des grandes grèves (« générales ») ont réapparu. Entre 1991 et le 28 février 2012 il y a eu 15 grèves générales en Inde. Bien sûr, il ne s’agissait pas d’une recrudescence continue de la lutte des classes durant toute cette période.

En 1991, ce sont surtout les syndicats de gauche et les diverses organisations de masse de gauche qui se sont regroupés au sein d’un Comité national de campagne. Mais la domination au sein de la gauche du courant stalinien, évoluant vers la social-démocratie, n’avait pas fourni d’alternative globale. Au contraire, leur politique de collaboration de classe, présentée faussement en tant que « front uni antifasciste », a entravé les luttes de la classe ouvrière.

En 1992, le mouvement communaliste fascisant hindou Rashtriya Swayamsevak Sangh (1) — soutenu par la Sangh Parivar (« famille des associations »), dont il fait partie aux côtés, entre autres, des partis nationalistes hindous VHP (2), BJP (3) et BD (4) —, a détruit la mosquée Babri Masjid à Ayodha. La gauche dominante a alors décidé de limiter les mobilisations contre le libéralisme pour combattre le fascisme (5). Les partis de gauche dans le parlement choisirent alors de tolérer le gouvernement minoritaire de P.V. Narasimha Rao (1991-1996), en tant que moindre mal. Cela fut suivi par le soi-disant gouvernement de front uni avec des ministres du PCI (6) et le soutien sans participation du PCI(M) (7) et du RSP (8), qui n’a en rien ralenti le tournant néolibéral. P. Chidambaram, qui avait été ministre dans le gouvernement de Narasimha Rao, devient en 1996 ministre des Finances dans le gouvernement du Front unifié (Parti du Congrès et CPI) et a présenté ce que les industriels nommèrent « un budget de rêve ».

Le résultat fut le retour au gouvernement du BJP et de ses alliés du Front national démocratique, qui ont continué la même politique néolibérale, en la combinant avec les pogromes et une orientation nationaliste hindouiste. Cela a fourni à la gauche des « raisons » pour soutenir de nouveau l’Alliance progressiste unifiée du Parti du Congrès en 2004 (9). Bien que la gauche ait obtenu cette année-là son plus haut score historique, au lieu de lutter bec et ongles pour des politiques de défense de ceux qui lui ont fait confiance, elle a choisi la modération. Au Bengale occidental, l’État où elle a formé le gouvernement dirigé par Buddhadev Bhattacharjee, elle a suivi la même orientation.

Les syndicats non liés à la gauche, notamment l’INTUC, animé par le Parti du Congrès, et le BMS dirigé par le BJP, ont également pris leurs distances et n’ont pas soutenu les actions militantes. Même si le BJP a fréquemment déclaré s’opposer au néolibéralisme au nom des entreprises locales (swadeshi), il s’agissait d’une rhétorique visant à obtenir le soutien des opposants. En général le BMS n’a pas rejoint les grèves de masse, comme en 2010.

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La situation a cependant changé en 2012-2013. En 1991-1992 les partis de gauche et les syndicats qu’ils dirigeaient ont été sous le choc de l’effondrement de l’URSS et des États bureaucratiques d’Europe de l’Est. Depuis, une nouvelle génération de la classe ouvrière a grandi, souvent non syndiquée mais également indemne des souvenirs des défaites et des fausses œillères idéologiques.

Les grèves ouvrières à répétition ont d’abord présenté une Inde différente des clichés les plus répandus. Elles ont montré que l’Inde n’était pas seulement un nouveau miracle économique, pas plus qu’uniquement un pays où le taux de suicide des paysans est très élevé, mais que c’est aussi la seconde plus importante classe ouvrière de la planète qui, maintenant, est de plus une des plus militantes.

Les syndicats traditionnels

Pourquoi les centrales syndicales ont-elles entrepris une action d’une telle envergure ? D’abord, la classe ouvrière a subi une pression continue qui a provoqué une colère grandissante à cause des pertes salariales, des licenciements dans le secteur manufacturier, des réductions de l’emploi, de la précarisation du travail, de l’insécurité croissante, etc. Une grande partie des travailleurs, dont des syndiqués, ont alors fait pression sur les syndicats pour qu’ils agissent. Les directions syndicales — aussi bureaucratisés qu’elles pouvaient l’être — ne pouvaient ignorer ces signaux. Même si les directions des principaux syndicats avaient l’intention de se limiter à une action symbolique, leurs bases ont poussé pour des actions plus militantes, y compris pour la grève. Ce fut la première raison d’un appel à une grève générale de deux jours, après une seule journée de grève en 2012 (10).

Les bureaucraties syndicales ont vu que leur statut a été profondément bouleversé depuis le début de la mondialisation, justement parce que leur position — y compris les faveurs occasionnelles qu’elles obtiennent de la classe dirigeante — dépend en dernière analyse de la classe ouvrière. Ainsi, sans cesser d’être des réformistes, à certains moments ils ont même défié les dirigeants des partis de gauche. Par exemple, en 2010, face aux critiques de Buddhadev Bhattacharjee, alors chef du gouvernement du Bengale occidental, qui accusait les syndicats de provoquer inutilement des grèves, le dirigeant de la centrale syndicale AITUC et député du CPI, Gurudas Dasgupta, a répondu : « Avant que Buddhadev soit né et avant que je ne naisse moi-même, les travailleurs protestaient par des grèves. Ils vont continuer. » (11)

Au cours des deux dernières décennies le nombre d’adhérents syndicaux a stagné, voire a diminué. Les activités syndicales ont été en général confinées aux secteurs bénéficiant d’un contrat de travail légal ainsi qu’aux entreprises du secteur public où l’adhésion dépasse les 70 % de salariés. Dans le passé la propriété étatique d’une part et les liens privilégiés des syndicats avec les partis politiques de l’autre rendaient plus facile non seulement la syndicalisation mais également l’obtention des avantages salariaux dans les entreprises du secteur public. Le début du processus de libéralisation provoquant le démantèlement du secteur public a affaibli les capacités syndicales d’influencer les directions politiques pour obtenir les augmentations des salaires. Ainsi le mode d’intégration du mouvement syndical a été modifié.

En outre, la dépendance partisane des syndicats a signifié une multiplication des structures syndicales, y compris au sein de chaque lieu du travail. Cela impliquait également que la prise de décisions était hyper centralisée impliquant des prises de décisions ad hoc, des dirigeants extérieurs aux entreprises et vieillissants, un mode de direction très personnalisé et carriériste, des confrontations intersyndicales inutiles, l’absence de directions de rechange, la non prise en compte des questions de genre tant au sein des directions que dans la formulation des revendications et des programmes d’action. Tout cela a conduit à une distanciation entre les syndicats et la masse des travailleurs. Bien que formellement les travailleurs restent adhérents des syndicats, ils n’ont plus une identité syndicale comme dans le passé. Une enquête de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) indique qu’en 2004, dans l’État de Gujarat, seulement 20 % des salariés savaient quelque chose à propos des syndicats et, pire, que 33 % des personnes interrogées pensaient que le meilleur moyen de représenter les intérêts du travail était une représentation directe auprès des employeurs contre 7,4 % qui choisissaient la représentation syndicale et 14,8 % l’action collective directe.

Dans le passé, les partis politiques se sont servis des syndicats pour assurer leur hégémonie et pour recueillir des votes lors des élections. Mais au cours de la plus récente période de l’accumulation du capital les partis ont délaissé les syndicats, les considérant comme « apprivoisés » en absence d’un mouvement militant actif. Ainsi, G. Sanjeeva Reddy, président de la centrale syndicale INTUC, n’a pas le droit à la parole au sein du Parti du Congrès sur les questions économiques et politiques, bien qu’il soit membre de son organe suprême. De même, lors de la grève de quatre jours contre la privatisation de l’aéroport de Calcutta, le dirigeant de la centrale syndicale CITU et du Parti communiste de l’Inde (marxiste), M.K. Pandhe, qui soutenait le mouvement, a été fortement critiqué par le gouvernement central pendant que Buddhadev Bhattacharjee, le dirigeant du CPI(M) et chef du gouvernement du Bengale occidental a présenté ses excuses lors d’une réunion du patronat indien pour les actions menées par les membres de son parti qui ont provoqué l’arrêt de l’aéroport. En février 2013, Buddhadev Bhattacharjee s’est également opposé à la grève générale. Et au Bengale occidental le CPI(M) a capitulé devant la pression bourgeoise, prenant ses distances avec le syndicat CITU au nom du respect de la Journée de la langue maternelle (12).

Durant des années les partis de gauche ont délaissé l’action collective indépendante et se sont consacrés à l’établissement des zones d’influence et des réseaux de patronage, employant les institutions régionales et locales sous leur contrôle pour développer une clientèle dépendante d’eux, depuis les capitalistes locaux jusqu’aux jeunes chômeurs. Durant des années ils se sont limités au cadre du système capitaliste et maintenant ils n’ont d’autre choix que de poursuivre les attaques contre les travailleurs. Dans les années 1950-1960, malgré leur bureaucratisation, la majorité des dirigeants des partis de gauche étaient d’origine syndicale ; aujourd’hui leurs véritables dirigeants ont rarement un passé syndicaliste (indépendamment du fait qu’ils aient été ou non des travailleurs auparavant).

Depuis le milieu des années 1980, le mouvement ouvrier organisé a été incapable de contester l’évolution de l’idéologie de la classe dominante. La multiplicité des syndicats a conduit à une rivalité entre eux, favorisant une attitude « paroissiale » et sans principes des dirigeants envers leurs membres. Comme la capacité de négociation des syndicats est liée à leur taille, ils ont tout fait pour gonfler le nombre de leurs adhérents.

Renouveau syndical

Par la suite quelques syndicats se sont rendus compte que seule une organisation indépendante, vigoureuse et garantissant la loyauté de ses membres peut faire face aux défis imposés par le patronat et le gouvernement. Ils ont saisi le danger de la division syndicale. Alors que les syndicats nationaux et leurs confédérations s’alignaient sur les partis politiques correspondants, des syndicats « indépendants » qui se sont développés ont commencé à abandonner la politique au nom de la défense des intérêts des travailleurs. L’inefficacité des syndicats et des confédérations syndicales affiliés à tel ou tel parti politique a conduit leurs membres à considérer que l’adhésion syndicale ne représente pas pour eux un intérêt pratique.

C’est alors que des syndicats nouveaux ont commencé à apparaître. Ils n’étaient pas affiliés à des partis, étaient très militants. En particulier de telles initiatives des travailleurs ont eu lieu dans les entreprises Kantoria et Victoria Jute Mills (Bengale occidental), à Kamani Tubes (Maharashtra), à Madura Coats (Kerala) et à l’usine Maruti Suzuki dans la ville de Manesar (région de Delhi). Parfois ces syndicats tentaient de se limiter seulement à la lutte économique, mais parfois ils ont dû s’affronter à des problèmes politiques. Des syndicats indépendants au niveau de l’entreprise sont également présents chez Siemens, Brooke Bond, Pfizer et dans d’autres multinationales.

Nombre de ces syndicats indépendants ont été considérés comme plus utiles par les travailleurs. Une confédération indépendante — la Nouvelle initiative syndicale (NTUI) — a connu un développement significatif, atteignant actuellement 1,1 million de membres. Réalisant les effets désastreux de la division pour la classe ouvrière, un secteur indépendant, militant et socialement conscient de la classe ouvrière, non soumis à la loyauté politique mais focalisé sur les intérêts des travailleurs, a joué un rôle pilote pour former la NTUI, considérée non pas comme une division syndicale supplémentaire mais comme l’outil pour l’unité des travailleurs. Depuis sa première Déclaration d’intentions « Pour une nouvelle initiative » en 2001 jusqu’à son Congrès de fondation en 2006, le mot d’ordre central de la NTUI a été « l’unité est la perspective ». Cela a orienté toutes ses actions. NTUI a continuellement cherché le dialogue avec les autres centrales syndicales, comme AITUC, HMS, CITU etc. afin de garantir l’unité syndicale sur les lieux du travail.

Dans cette situation si les vieux syndicats ignoraient les pressions de leur base, ils perdaient leurs membres.

La condition ouvrière sous le néolibéralisme

Les écrits des médias bourgeois ou les commentaires des internautes capables de consacrer des heures à une telle activité suggèrent que les travailleurs paresseux voudraient des augmentations au détriment de ceux qui travaillent durement. Ainsi un de ces commentateurs écrit : « C’est ce qui se produit quand les citoyens deviennent accros à l’argent facile. Les syndicats ont vu que le gouvernement distribue des cadeaux par le biais de la loi sur la garantie de l’emploi rural (NREGA), etc. et maintenant ils veulent aussi une part du gâteau. Ce que personne ne veut comprendre c’est que l’argent doit être gagné, il ne peut être imprimé. Plus vous imprimez de l’argent et plus sa valeur s’érode et on revient à la case départ. » (13)

Autrement dit, les travailleurs voudraient des faveurs sans travailler.

The Telegraph, un quotidien fanatique de la droite de la classe dirigeante, qui à la recherche de modèles du néolibéralisme encore plus libéraux est prêt à soutenir le fasciste Narendra Modi pour qu’il devienne le premier ministre, a écrit ce qui suit dans son éditorial du 20 février 2013 : « Si la grève vise à forcer le gouvernement à modifier sa politique, elle a déjà fait faillite. Il est peu probable que le gouvernement va revenir sur sa politique de réformes sous la pression des syndicats. Il y a des raisons économiques contraignantes qui font que la politique de réformes du gouvernements est cruciale pour l’économie du pays. Une des revendications qui ont conduit à l’appel à la grève concerne les prétendues violations de la loi du travail. Mais les faits sont très différents. Les lois du travail périmées sont la principale raison de la faible productivité et du bas taux d’investissement en Inde. S’il faut faire quelque chose, c’est bien d’amender les lois du travail de manière à les rendre compatibles avec une économie moderne. Mais ceux qui pensent qu’une grève peut aider à réduire les prix ont évidemment des idées étranges sur le fonctionnement de l’économie. »

Les chaînes de télévision ont tout au long de la journée du 20 février montré les images de travailleurs mettant le feu à une voiture et lançant des pierres sur une usine.

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On peut prendre appui sur ces textes pour ouvrir la discussion. On y apprend que :

1. Les grévistes sont violents (les dominants ne le sont pas, bien sûr) ;

2. Le droit du travail est périmé et doit être abandonné pour le bien de l’économie, ainsi la productivité du travail va augmenter ;

3. Une grève ne peut pas réduire les prix ;

4. Les travailleurs sont paresseux et veulent de l’argent sans travailler.

Entre 2008 et 2011 la productivité du travail en Inde a augmenté de 7,6 %. Durant la même période les salaires réels des ouvriers ont baissé de 1 %. Le Rapport mondial sur les salaires 2012 de l’OIT, dont proviennent ces informations perce le mythe des « réformes » présentées comme une aide pour les pauvres. Entre 1999 et 2007, c’est-à-dire durant la période précédente, les données disponibles indiquent également une baisse des salaires réels de 1 % alors que la productivité a augmenté de 5 %. Autrement dit, en douze ans (1999-2011) la productivité du travail en Inde a augmenté de 12,6 % tandis que les salaires réels des ouvriers ont baissé de 2 %. La présentation de ces données en deux périodes indique également que la crise économique mondiale n’a nullement modifié la situation. Avant comme pendant la crise les travailleurs sont invités à se serrer la ceinture alors que la productivité non seulement n’a pas baissé mais continue de grimper en pente raide.

Deux chercheurs (14) indiquent que l’introduction du libéralisme économique en Inde a eu comme conséquence l’augmentation de la part de la capitalisation boursière des 50 principales entreprises, qui est passée de 32 % en 1997 à près de 40 % en 2001.

Au cours des dix dernières années la part des bénéfices dans le PNB a plus que doublé par rapport à la part des salaires, tant dans le secteur manufacturier que dans celui des services. Les patrons savent utiliser les failles de la législation du travail aussi bien que la non exécution des lois pour réduire les salaires. Tant les entreprises que le gouvernement emploient de plus en plus d’intérimaires pour réduire les coûts salariaux et augmenter la productivité.

La loi sur le travail intérimaire de 1970 (Contract Labour Regulation and Abolition Act) est donc celle que les travailleurs tentent d’utiliser pendant que les patrons la contournent et tentent de l’abolir en la présentant comme périmée. Meenakshi Rajeev (15), qui a étudié la situation des intérimaires, indique que la majorité d’entre eux gagne 2000 roupies (soit 28,75 euros) par mois. Formellement, les intérimaires sont censés bénéficier du Fonds de prévoyance. Cela constitue pour eux une charge, car leur maigre salaire est ponctionné, mais de plus, changeant souvent d’employeur, ils ne parviennent pas à récupérer leurs cotisations. De plus, il y a beaucoup d’agences du travail intérimaires qui ne sont pas enregistrées et qui, si elles déduisent ces cotisations des salaires des travailleurs, ne les déposent jamais et pour échapper aux contrôles changent régulièrement de nom et d’adresse. En évitant l’enregistrement, ces agences en plus de l’argent ainsi volé, évitent également de payer les impôts sur les bénéfices, les cotisations de sécurité sociale, etc., ce qui augmente leur marge.

Dans l’industrie, le secteur public emploie plus de 50 % de salariés intérimaires et le secteur privé plus de 80 %. Une enquête d’un organisme gouvernemental indique que plus de 36 millions d’ouvriers sont employés au travers des agences d’intérim. Le Ministère du travail estime que près de 28 % de la main d’oeuvre industrielle indienne, forte de 459 millions (ce qui inclut toutes les formes de contrats de travail), est employé sous des contrats précaires, c’est-à-dire 128 millions.

L’étude économique du gouvernement des États de l’Inde indique qu’entre 1991 et 2006 le nombre d’emplois du secteur public a été réduit de 870.000. En même temps le nombre de personnes employées sous des contrats précaires, en tant qu’ « intérimaires » ou « occasionnels » ou dont le rapport légal entre l’employeur et l’employé est incertain, a augmenté dans le secteur formel (déclaré). Tous ces développements ont réduit la proportion de salariés couverts par les lois du travail. En outre, de nombreux travailleurs engagés dans le secteur formel risquent encore de perdre la protection de la loi. En 2005, le nombre total de la main d’œuvre en Inde était estimé à 457 millions, dont près de 395 millions travaillaient dans le secteur informel. Et parmi ceux employés par le secteur formel, seulement 53 % étaient couverts par les lois du travail, 47 % constituant la part « informelle » du secteur formel. Les chiffres varient, mais on estime qu’environ 90 % de l’ensemble des travailleurs ne bénéficient pas de la protection du code du travail.

Selon le « World Development Report 2013 : Jobs’ » de la Banque mondiale, le travail à temps partiel s’accroit en Inde. De manière significative le nombre de travailleurs temporaires a augmenté de plus de 10 % et 2009 et de 18 % en 2010. Plus inhabituelle est l’augmentation du nombre de travailleurs informels dans le secteur formel : ce rapport indique également que le nombre de travailleurs informels dans les firmes officiellement déclarées est passé de 32 % en 2000 à 68 % en 2010. Plusieurs études menées dans les industries essentielles — les cimenteries, la métallurgie, la sidérurgie, le textile — ont constaté un nombre élevé d’intérimaires, atteignant 60 % à 70 % de l’ensemble de la main d’œuvre, voire jusqu’à 90 % dans certains secteurs, dont le bâtiment et les travaux publics.

La classe ouvrière n’a pas cessé de s’accroître en nombre sous le néolibéralisme, jusqu’à défier les dominants. Mais son aliénation augmente également. « L’usine mondiale » a imposé la restructuration des emplois. Les compétences sont remises en cause. Quant aux femmes, leur condition est encore pire.

Dès 1995 le Rapport sur le développement humain a montré que 70 % des personnes vivant sous le niveau de la pauvreté — défini de manière très basse — étaient des femmes. Tant les hommes que les femmes subissent l’exploitation, mais de manière différenciée, selon la manière dont la patriarcat est lié au capitalisme. Il y a une demande du travail salarié des femmes directement sous la domination du capital. Mais en même temps il y a une demande visant à maintenir la famille en tant qu’unité de reproduction de la force du travail et de renforcer le rôle du travail domestique des femmes. Ces tendances contradictoires ont été utilisées dans la réorganisation du processus du travail pour créer la flexibilité, le travail à temps partiel, le travail à domicile et ainsi de suite.

Cela ne signifie nullement que les deux aspects de la vie des femmes — en tant que travailleuses domestiques et en tant que salariées — sont liés de manière harmonieuse. Alors qu’au sein de la famille les hommes contrôlent les ressources et sont les principaux décideurs, à l’extérieur, dans la hiérarchie salariale le statut des femmes n’a jamais égalé celui des hommes. La majorité d’entre elles est confinée dans les emplois mal payés, peu qualifiés et précaires. La mondialisation a intensifié cela et avec ses méthodes d’aliénation a atteint une part significative de la main-d’oeuvre féminine. La hiérarchie du genre est reproduite sur les lieux du travail où les propriétaires, les managers et les chefs sont surtout des hommes, alors que ce sont les femmes qui travaillent à la chaîne. Les femmes se plaignent des restrictions pour pouvoir aller aux toilettes. Les cas de harcèlement sexuel sont nombreux sur les lieux du travail et en dehors. Les mauvaises conditions du travail et sa longue durée provoquent des maladies professionnelles qui signifient pour ces femmes la perte d’emploi.

C’est aussi cette pauvreté et les multiples pressions qui sont à l’origine du fait que les femmes sont victimes de la violence exercée si fréquemment. Pour ne citer qu’un exemple récent, trois sœurs, des petites filles âgées de 5, 10 et 11 ans, ont été attirées par des offres de nourriture — parce que depuis la mort de leur père elles vivaient dans la pauvreté extrême —, violées et assassinées à Murmadi dans l’État de Maharashtra. Les femmes qui travaillent dans de nombreux secteurs industriels sont constamment en danger, ce qui indique que la montée de la violence contre les femmes et la précarité des emplois les forcent à devoir accepter les conditions du travail de plus en plus mauvaises et dangereuses.

Les hausses des prix et les bas salaires ont été les questions majeures des luttes ouvrières ces dernières années. Selon les sources gouvernementales, l’indice des prix des articles consommés par les travailleurs a augmenté rapidement depuis 2001. Les données pour une seule ville, Calcutta, montrent que le prix moyen du kilogramme de riz est passé de 13,67 roupies en 2006 à 22,21 roupies en 2010. Durant la même période le prix du blé est passé de 10,65 à 10,78 roupies par kg. Divers sortes de légumes ont vu leur prix passer de 33-45 roupies le kg à 70-110 roupies. Le prix de diverses sortes d’huile de cuisson a augmenté de 46-47 roupies par litre à 60-67 roupies, le kilo de poisson frais de 91 à 157 roupies, l’oignon de 9,58 à 28,60 roupies, le charbon de bois de 1544 roupies pour un sac de 40 kg à 2040, le lait de 16,50 à 24 roupies pour un litre, et ainsi de suite (16).

Nous avons cité les prix de Calcutta, mais les données de toutes les villes indiquent des augmentations similaires. Au cours de la décennie 2002-2012 les prix ont augmenté de 284 %. Le logement, la santé et l’éducation sont devenus beaucoup plus chers. Et l’accès à la nourriture est certainement la question politique la plus importante pour les masses laborieuses. Les indicateurs de nutrition, déjà parmi les pires du monde, ont stagné et la consommation de calories par tête d’habitant a en fait diminué. La faim persistante a empiré. L’an dernier l’inflation s’est concentrée sur les biens de consommation et le taux moyen d’inflation s’est accru.

Les salaires sont l’autre côté de la médaille des prix. Le salaire journalier minimum pour les travailleurs non qualifiés à Delhi est de 203 roupies (2,91 €) et pour les ouvriers qualifiés de 248 roupies (3,55 €). A Maharashatra il varie entre 116,54 roupies (1,67 €) et 310,62 roupies (4,45 €) dans l’industrie cinématographique, à Tamil Nadu entre 80 et 207,42 roupies (entre 1,15 € et 2,97 €), au Bengale occidental entre 87,50 et 163,30 roupies (entre 1,27 € et 2,34 €) par jour. Cependant, si on calcule le salaire minimum selon les normes du 15ème ILC (Congrès Indien du Travail) et les jugements ultérieurs de la Cour Suprême, en fonction des prix moyens actuels des 4 métropoles (l’indice des prix à la consommation pour des Travailleurs Industriels est calculé sur cette base par le Bureau de travail), le salaire minimal quotidien devrait être de 346,42 roupies (4,96 €).

Les salaires minimum dans divers États, en particulier pour les ouvriers agricoles, sont si bas que même si un ouvrier trouvait un emploi tous les jours de l’année en étant payé le salaire minimum il ne serait pas capable de satisfaire les besoins fondamentaux de sa famille tels qu’ils sont spécifiés par le 15ème ILC et les jugements ultérieurs de la Cour Suprême (Unichoy contre l’État de Kerala en 1961 et Raptakos Brett contre l’Accord contractuel en 1991), qui servent de base pour déterminer le salaire minimum. A plusieurs occasions, la Cour Suprême a également imposé l’augmentation du salaire, en déclarant que le salaire minimum constitue la limite inférieure en deçà de laquelle les salaires ne peuvent être autorisés à descendre pour des raisons humanitaires, qu’ils doivent être payés quel que soit le type de l’entreprise, son niveau de bénéfices ou sa situation financière ainsi que la disponibilité de la main d’œuvre prête à accepter un salaire plus bas. Selon la Cour Suprême, le non payement du salaire minimum signifie le « travail forcé » selon l’article 23 et les employeurs n’ont pas le droit de gérer une entreprise s’ils ne versent pas au moins le salaire correspondant au minimum vital.

Synthèse actualisée Inprecor

Un aspect troublant concernant la fixation des salaires minimum par les Bureaux consultatifs vient du fait que dans de nombreux cas leur montant n’est pas lié à l’augmentation des prix, ce qui fait que le salaire minimum réel est érodé par l’inflation. Bien que la loi sur le salaire minimum stipule qu’il doit être révisé tous les cinq ans, cela arrive rarement en pratique. Selon cette loi tant que leur montant n’a pas été révisé, c’est le montant existant qui s’impose. Cela conduit à une léthargie dont les travailleurs sont les victimes.

Le salaire minimum légal peut s’avérer être un instrument utile pour lutter contre la discrimination salariale des femmes et des travailleurs appartenant aux castes défavorisées ainsi que des travailleurs migrants, qui sont généralement surreprésentés en bas de l’échelle salariale. En fin de comptes, la mise en œuvre du salaire minimum contribue également à la réduction de la pauvreté. La salaire minimum est donc supposé fixer le plancher salarial, mais malgré cela il est actuellement utilisé par les patrons en tant que plafond dans la plupart des secteurs de l’emploi informel. Ainsi, au lieu d’être un salaire anti pauvreté il est devenu un salaire de misère.

Les revendications des grévistes

Ce sont les conditions décrites ci-dessus qui ont déterminé les principales revendications de la grève. Il s’agissait des exigences suivantes :

— Indexation de tous les salaires sur l’inflation ;

— Sécurité alimentaire universelle ;

— Les salaires de MGNREGA (17) ne doivent pas être inférieurs au salaire minimum ;

— Le salaire minimum doit être augmenté à 10 000 roupies par mois (143,11 €) ;

— Un système de santé universel et complet financé publiquement ;

— Salaire égal pour travail égal pour tous les salariés, y compris les intérimaires et les travailleuses ;

— Non au harcèlement sexuel sur les lieux du travail et création obligatoire des comités de prévention du harcèlement sexuel ;

— Défense et régénération du secteur public.

La majorité de ces demandes ne nécessitent pas d’explications, sauf pour souligner que, selon l’Index mondial de la famine de 2011 établi par l’Institut international de recherches sur la politique alimentaire, environ 60 millions d’enfants indiens souffrent d’insuffisance pondérale et de malnutrition alors que 21 % de l’ensemble de la population de l’Inde souffre de malnutrition (18). Une étude de l’année 2000 indiquait que 70 % des femmes indiennes entre 15 et 49 ans souffraient de malnutrition et ce taux atteignait 75 % pour les femmes enceintes (19).

Le MGNREGA a été souvent vanté par le gouvernement comme le moyen de sortir de la pauvreté. Il a été également beaucoup attaqué par les scribouillards de droite. En fait, il s’agit d’une pathétique demi-mesure, même si dans un pays où le chômage est massif il peut avoir une certaine utilité. Selon cette loi une personne par famille devrait se voir garantir l’emploi durant 100 jours par an. En réalité, ce n’est pas le cas. Mais dans la mesure où les gens bénéficient d’un emploi sous MGNREGA dans les campagnes, cela devrait aider à lutter contre les salaires encore plus bas. Bien sûr, cela impliquerait que les revenus MGNREGA ne soient pas inférieurs au salaire minimum.

Une des revendications importantes de la grève générale concernait le rétablissement des droits démocratiques des travailleurs. Comme en Inde il y a périodiquement des élections législatives, des élections aux Assemblées étatiques et aux conseils municipaux et ruraux, on dit qu’en Inde il y a une large démocratie. Mais, pour la plus grande partie de la classe ouvrière, la démocratie ne s’étend pas à son existence quotidienne. C’est pourquoi les revendications incluaient l’obligation d’enregistrement des syndicats au plus tard 45 jours après leur demande ainsi que la ratification des Conventions 87 et 98 de l’Organisation Internationale du Travail. La Convention 87 garantit aux travailleurs le droit de former les syndicats de leur choix sans ingérence de l’État, la Convention 98 fixe ce que les lois ne peuvent pas imposer aux syndicats. La négociation collective et le droit d’exister en tant qu’Être humain sont pris en charge par ces lignes directrices de l’OIT.

Un évident manque de sensibilité aux questions de genre, au niveau des centrales syndicales, a fait que de nombreuses revendications spécifiques des femmes n’ont pas été intégrées dans la liste des revendications. Même des demandes aussi élémentaires que la création des crèches ou des toilettes séparées pour les femmes sur les lieux du travail, bien que si importantes pour les travailleuses, n’ont pas trouvé place dans la liste des revendications. Mais certaines demandes ont été mises en avant. La liste comprend, comme nous l’avons vu, l’exigence centrale d’un salaire égal pour un même travail ainsi que celle de l’arrêt du harcèlement sexuel sur les lieux du travail. Il s’agit, bien sûr, des questions centrales du point de vue des travailleuses. Même si, après le cas Bhanwari Devi et le jugement dit Vishakha de la Cour Suprême (20), le harcèlement sexuel et le viol ont commencé à être pris en compte, la plupart des institutions ne disposent toujours pas de comités de prévention stipulés par le jugement Vishaka. Si les femmes doivent travailler en tant qu’égales il faut mettre fin à la violence sexuelle dont elles sont victimes. Le fait que les syndicats ont mis en avant cette revendication indique leur prise de conscience. Mais cela montre également que les propriétaires et les patrons poursuivent toujours ces actes inadmissibles.

Au sein du mouvement syndical les femmes ont également mis en avant d’autres revendications, dont celle que les prestations de maternité soient prises en charge par la sécurité sociale pour toutes les femmes, ce qui est très important car une importante proportion des travailleuses sont intérimaires ou travaillent informellement.

Un torrent de propagande contre la grève

« La grève ne résout pas les problèmes » — tel est le commentaire favori des politiciens et des journalistes bourgeois. Avec une croissance économique record des deux dernières décennies l’inégalité des revenus a doublé, plaçant le pays en dernier parmi les soit-disant « économies émergentes ». Les hausses des prix, la restructuration du travail, les privatisations et la dérégulation de l’économie, le gel des salaires et les autres « solutions » néolibérales ont rendues insupportable la vie, même de ceux qui ont un travail. En même temps les larges pans des populations suburbaines et rurales ont continué de glisser dans l’abîme de la pauvreté et de la privation.

Les scandales de la corruption des politiciens réactionnaires ainsi que les clameurs sur les petites questions sans importance ont continué à occuper le devant de la scène. Le mouvement « anti-corruption » autour du démagogue populiste Kisan Baburao Hazare (dit Anna Hazare), soutenu par des secteurs du capital corporatiste qui a vu là une manière d’attaquer ses adversaires financiers et politiques, visait en premier lieu à détourner l’attention et à laisser échapper la pression de la révolte de cette société bouillonnante du chaos naissant.

La cupidité a infesté les médias indiens qui ont joué un rôle néfaste dans la croisade en vue de masquer les vrais problèmes qui affligent des millions et de mettre sans cesse en avant le chauvinisme religieux et nationaliste. Mais à la suite de l’appel à la grève générale lancé par les onze principales centrales syndicales, la machine médiatique s’est emballée dans un torrent de propagande contre la grève. L’éditorial du The Telegraph, déjà cité, résumait cette campagne : la grève ne peut pas réussir parce que le gouvernement ne peut accepter vos demandes.

Bien que cette grève ne pouvait pas arrêter complètement tout le pays, elle a été un des plus importants mouvements du prolétariat indien, soulevant les véritables problèmes et dépassant les tensions et les divisions imposées aux masses pour les détourner de leur unité de classe. Comme en 2012, l’appel à la grève émanait des onze centrales syndicales ainsi que d’un vaste éventail de syndicats sectoriels. Telle était la pression des bases ouvrières dont la plupart des centrales syndicales et des dirigeants syndicaux ont dû tenir compte pour préserver un semblant de crédibilité parmi les travailleurs révoltés contre leurs politiques réformistes inefficaces et compromettantes. Même la centrale syndicale INTUC, liée au Parti du Congrès, qui dirige le gouvernement, a dû participer à la grève. Son président, G. Sanjeeva Reddy, a déclaré : « Notre principale exigence c’est la suppression des contrats intérimaires et la mise au pas de l’augmentation incontrôlée des prix ». Même les syndicats affiliés au BJP ont participé à la grève.

Si l’on regarde les reportages et les rapports, si on déconstruit les messages des médias dominants, on obtient l’image d’une énorme colère de la classe ouvrière et d’un véritable soulèvement.

Nous avons délibérément laissé de côté les rapports détaillés des divers syndicats. Penchons-nous d’abord sur les données fournies par les journaux bourgeois « sérieux », dans lesquels les capitalistes s’informent entre eux des questions économiques.

Dans un reportage d’Odisha le 20 février, premier jour de la grève, Business Standard annonçait : « La vie normale de l’État a été perturbée et le trafic routier dans sa majeure partie n’a pas eu lieu. La grève a touché les services ferroviaires. Pas moins de neuf trains express n’ont pas atteint leur destination, un a été annulé et deux ont été reportés par les autorités de l’East Coast Railway (ECOR). L’effet de la grève a été plus important dans les villes industrielles comme Rourkela, Paradip, Sundergarh, Keojhar, Talcher et Angul. La région industrielle Angul-Dhenkanal a été inégalement touchée par la grève. Les unités de GMR Energy et de Bushnan Steel furent paralysées car aucun salarié n’a travaillé. Mais les cités industrielles d’Angul, y compris les mines de charbon, ont fait état d’un fonctionnement normal. La centrale électrique de la National Thermal Power Corporation (NTPC) ainsi que la fonderie de la National Aluminium Company (Nalco) ont fonctionné, bien que la seconde a enregistré moins de travailleurs présents. La direction de Mahanadi Coalfields Ltd (MCL) a annoncé que les salariés sous contrat à durée indéterminée dans les deux champs de Talcher et d’Ib Valley sont venus travailler alors que la plupart des intérimaires n’ont pas rempli leurs fonctions. » (21)

Synthèse actualisée Inprecor

Selon un autre article rapportant le second jour de la grève, « les services bancaires sont paralysés et 14 millions de chèques d’un montant de près de 800 milliards de roupies n’ont pas été traités au cours des deux derniers jours du fait de la fermeture des chambres de compensation » (22). « Business Line » rapporte que la grève a entraîné une perte de recettes d’un milliard de roupies des principaux ports du pays (23). Un autre reportage indique que les transports ont été touchés dans tout le pays.

La plupart des articles indiquent que la grève a été un échec au Bengale Occidental — où le CPI(M) qui dirige le Front de gauche a perdu les élections face au Trinamool Congress, dirigé par Mamata Banerjee (24). Cela mérite débat.

D’abord, la plupart des journaux ont employé le terme « bandh » (25) au lieu de celui de « grève générale », car nombre de Tribunaux indiens ont jugé que si la grève est légale, le bandh ne l’est pas. Dans certains cas il a même été suggéré que les partis qui appellent à un bandh devraient indemniser les dommages provoqués ainsi. Ce n’est donc pas sans raisons que ce terme a été mis en avant par les médias.

De plus, au cours des 34 années durant lesquelles le CPI(M) dirigeait le gouvernement au Bengale Occidental, il a souvent utilisé l’appareil gouvernemental et ses cadres pour imposer un bandh. Le succès du bandh était alors mesuré non pas par les arrêts de travail dans l’industrie mais surtout par la fermeture des offices publics et l’arrêt du travail de leurs employés. Même si ces employés gouvernementaux font partie de la classe ouvrière, ils jouissent d’une meilleure situation que les autres travailleurs, recevant une retraite et l’allocation de vie chère (ils venaient de la toucher au Bengale Occidental un mois plus tôt). Ils sont également plus menacés par le gouvernement actuel, très à droite. C’est pourquoi leur réponse à l’appel à la grève a été plus limitée cette fois.

Mais les transports à Calcutta et dans d’autres régions du Bengale Occidental ont été réduits et les bus qui circulaient étaient vides, ce qui est inhabituel dans cette métropole surpeuplée et indique l’ampleur de la grève. Les fabriques de jute, les maisons de thé, la ceinture industrielle Asansol-Durgapur et bien d’autres entreprises ont connu une forte participation à la grève. Dans le secteur des transports sur environ 42 000 autobus et minibus privés, moins de 2 000 ont roulé. Seul le travail obligatoire dans les bus publics a permis de limiter le déficit des transports en commun. Parmi les 120 maisons de thé du Bengale Occidental très peu ont pu signaler le 20 février une activité régulière. Les services bancaires étaient clos. Dans la zone industrielle de Barrackpur la grève était très suivie, de même que dans la zone industrielle de Taratala (ces zones sont situées au nord et au sud de Calcutta).

Deux reportages et une percée majeure

Le premier reportage a fait l’ouverture des journaux télévisés le 20 février : dans la ville de Noida les travailleurs ont mis en feu une voiture et ont attaqué les bureaux de direction. Il s’agissait de souligner que ce sont les grévistes et non les patrons ou le gouvernement qui emploient la violence, de même que l’année dernière, après les affrontements à Manesar, les médias ont juste rapporté que les travailleurs ont tué un patron sans dire un mot sur ce qui avait déclenché le conflit : les violences patronales, la discrimination des « castes inférieures » dont les ouvriers étaient victimes, ni le fait que la direction les avait lockoutés (26).

Le second rapport a été mentionné seulement sur les pages intérieures dans la presse du lendemain : dans la ville d’Ambala un chauffeur briseur de grève a écrasé un dirigeant de l’AITUC, qui est mort.

Dans les zones industrielles de Gurgaon, Manesar et Noida les syndicats étaient traditionnellement faibles. Tenter d’organiser les travailleurs impliquait donc d’affronter une résistance sérieuse des propriétaires et de leur gouvernement, de faire face à leurs violences massives, aux licenciements, etc. C’est aussi une zone industrielle où les contrats intérimaires sont dominants.

A Maruti Suzuki India Ltd (MSIL), un des principaux constructeurs automobiles en Inde, une étude réalisée par Prasenjit Bose et Sourindra Ghosh avait montré que les revenus annuels des ouvriers ont augmenté de 5,5 % entre 2007 et 2011 pendant que l’indice des prix de la région avait grimpé de 50 %. Ils signalaient par contre, que le revenu annuel du PDG de MSIL a augmenté entre 2007 et 2011 de 419 %, atteignant 20,45 millions de roupies (291 270 €), alors que celui de son second augmentait de 91,4 % durant la même période. Ils ont également établi que les profits nets de l’entreprise ont augmenté de 2200 % depuis 2001 (27).

Voilà pourquoi, ignorant les menaces, les travailleurs de ces zones ont rejoint la grève massivement, bien au-delà de ce que le patronat prévoyait. La déclaration la plus claire à ce sujet est celle de l’ASSOCHAM (Association des Chambres de Commerce et de l’Industrie) qui a déclaré le 20 février dans un communiqué de presse : « Contrairement aux prévisions initiales, qui prévoyaient des pertes de l’ordre de 150 à 200 milliards de roupies, le PIB pourrait être érodé de près de 260 milliards du fait de l’effet néfaste du bandh sur l’activité industrielle et sur les services bancaires et financiers. » (28)

La classe dirigeante avait tenté de contrôler ces zones. Plus de trois cent enquêtes de police ont été ouvertes et plus de cent arrestations ont eu lieu avant même le début de la grève. Il y a eu un déploiement policier massif pour terroriser la population. C’est cette violence, cette absence absolue des droits démocratiques qui a provoqué dans quelques cas des affrontements. C’est ce que la classe dominante attendait. La rapidité avec laquelle ses sbires ont agi et avec laquelle les demandes « de rétablir la confiance des investisseurs » ont été faites, indique les enjeux.

Mais la grève a été massive non seulement dans les banques — qui sont visibles et donc la classe dominante ne pouvait pas mentir à leur sujet — mais aussi dans le secteur minier, dans les Postes, dans les communications, dans l’industrie d’armements, dans les ports et les transports.

Au-delà de la grève

Au cours de la dernière décennie et même un peu plus longtemps, l’Inde a été présentée par les experts économiques occidentaux comme un exemple du rôle modernisateur du néolibéralisme. Il y a eu un développement important des « classes moyennes », dont le pouvoir d’achat a augmenté et s’est traduit par une évolution des modes de consommation profitable à la grande industrie manufacturière. L’industrie automobile de l’Inde est devenue la sixième au monde. En 2011 elle a fabriqué plus de 3,9 millions de véhicules. Au cours de la même année les ventes de téléphones portables ont atteint 213 millions d’unités et celles des ordinateurs personnels 11,5 millions.

Ce que ces experts n’ont pas signalé, c’est le caractère extrêmement biaisé de cette croissance. Car la classe ouvrière de l’Inde n’en bénéficie nullement. Après plus de deux décennies de politiques néolibérales les travailleurs ne croient plus la propagande qui répète sans cesse qu’ils vont prendre part à cette croissance. Au cœur de la lutte entre les syndicats et le gouvernement il y a la question des retraites décentes, car la loi sur les retraites a lié le montant des pensions (pour lesquelles les salariés payent les cotisations) aux instruments financiers, afin de garantir de plus grands profits aux assurances privées et autres sociétés financières. Cela met les prestations de retraite en grand danger (29).

Entre l’énorme pression d’en bas pour lutter — pression exprimée par la grève de plus de 100 millions de travailleurs, beaucoup plus que le nombre d’adhérents de tous les syndicats — et l’incapacité des syndicats traditionnels de mener des luttes durables, il y a une contradiction. Alors que la classe dominante tente de reprendre l’initiative, l’attitude des syndicats liés tant aux partis bourgeois qu’aux partis réformistes est hésitante. Alors qu’ils ont appelé à une « grève générale » ils n’ont pas tenté d’attirer un des secteurs essentiels pour la réussite d’une telle grève : les cheminots. Ils n’ont même pas tenté d’y organiser une grève symbolique, de quelques heures, qui aurait arrêté les trains.

C’est donc à des initiatives comme la NTUI d’avancer et de construire des liens plus étroits. C’est aussi aux courants dissidents dans les partis de gauche et à « l’extrême gauche » de faire que le travail syndical devienne leur tâche centrale. Le rassemblement de toutes ces forces serait en mesure de créer un pôle de gauche. Car sinon les luttes de la classe ouvrière, malgré leurs proportion héroïque, ne pourront pas avancer vers l’étape suivante. Forte de plus de 450 millions, la classe ouvrière de l’Inde est encore seulement en partie consciente de son potentiel. ■

* Soma Marik enseigne l’histoire à RKSM Vivekananda Vidya Bhavan de Calcutta et milite au sein du Forum contre l’oppression des femmes (Nari Nirjatan Pratirodh Mancha) ainsi que dans le réseau Maitree. Kunal Chattopadhyay, militant de Radical Socialist (une organisation marxiste-révolutionnaire en Inde), est professeur de littérature comparée à l’Université de Jadavpur. Sushovan Dhar est militant de Radical Socialist et syndicaliste de la confédération Nouvelle initiative syndicale (NTUI). Cet article a d’abord paru sur le site web de Radical Socialist : http://www.radicalsocialist.in

(Traduit de l’anglais par JM).

Notes

1. Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS, littéralement : organisation des volontaires nationalistes ou organisation patriotique nationale) est une organisation paramilitaire de droite, fondée en 1925 par Keshav Baliram Hedgewar pour lutter contre le colonialisme britannique et contre le séparatisme musulman. Ce mouvement avait été mis hors la loi par les autorités coloniales britanniques, puis en 1948 après que Nathuram Godse, qui fut un militant du RSS, assassina Mahatma Gandhi, puis à nouveau durant l’état d’urgence (1975-1978) et encore une fois à la suite de la démolition de la mosquée Babri Masjid construite dans la ville d’Ayodha au XVIe siècle, à la suite de l’invasion moghole.

2. Vishva Hindu Parishad (VHP, Congrès mondial des Hindous) est une branche de RSS fondé en 1964 en vue de développer l’idéologie hindouiste, encourager l’orthodoxie religieuse et s’opposer à la conversion. En 1983 le VHP a commencé la campagne contre la mosquée Babri Masjid.

3. Bharatiya Janata Party (BJP, Parti du peuple indien) est un des principaux partis politiques en Inde, nationaliste hindouiste. Premier parti dans la chambre basse du Parlement (Lok Sabha) de 1996 à 2004, son leader historique, Atal Bihari Vajpayee fut Premier ministre (deux semaines en mai 1996, puis de mars 1998 à mai 2004) et a approfondi les réformes économiques libérales. Dans l’État de Gujarat le dirigeant de ce parti, devenu chef du gouvernement local, a mis en place un « laboratoire » de l’Hindutva (hindouisme) dont un des effets furent les pogroms antimusulmans (800 à 2000 morts) en 2002.

4. Bajrang Dal (BD) est une organisation de jeunesse politico-religieuse hindouiste, une ramification du VHP voulant obtenir l’expulsion des minorités musulmanes et d’imposer l’hindouisme en tant que religion d’État. Elle revendique 1,3 millions de membres.

5. Cf. Kunal Chattopadhyay, The Fascist Upsurge (1993) : http://www.radicalsocialist.in/articles/national-situation/64-the-fascist-upsurge-1993

6. Parti communiste de l’Inde (CPI), fondé officiellement en décembre 1925, a connu un essor après la seconde guerre mondiale, dirigeant les soulèvements armés dans les États indiens du Télangara, Reipura et Kerala. En 1950 le secrétaire général du CPI, B.T. Ranadive, a été rétrogradé pour « aventurisme de gauche » et le CPI abandonnait la stratégie de la révolution armée au profit du parlementarisme, s’alignant sur la politique de l’URSS qui établit des relations étroites et un partenariat stratégique avec l’Inde dirigée par le Parti du Congrès. Lors de la guerre sino-indienne de 1962 la direction du CPI soutien le gouvernement indien, ce qui provoquera une scission. En 1996 il a formé le Front unifié avec le Parti du Congrès et entra dans le gouvernement. Il fait partie du Front de gauche qui avait fait partie, de 2004 à 2008, de l’Alliance progressiste unifiée, une coalition gouvernementale de centre-gauche dirigée par le Parti du Congrès. Aux élections de 2009, dans le cadre du « troisième front » il a obtenu 4 élus au Lok Sabha (Chambre basse de l’Inde).

7. Parti communiste de l’Inde (marxiste) — CPI(M) — a été formé en 1964 par la fraction du CPI qui avait refusé de soutenir le gouvernement indien lors de la guerre sino-indienne de 1962, se réclamant alors de 60 % des membres du CPI. D’abord appelé PC de gauche, il adopta son nom actuel lors des élections de 1965 dans l’État de Kerala. Après une période gauche, durant laquelle des milliers de dirigeants du CPI(M) ont été emprisonnés, le CPI(M) se divisa durant l’insurrection paysanne de Naxalbari, dirigée par des dirigeant régionaux du parti Harue Majumdar et Kanu Sanyal, mais violemment réprimée par le gouvernement du Bengale occidental au sein duquel le CPI(M) était dominant. La scission donna naissance au Comité panindien de coordination des communistes révolutionnaires (AICCCR) qui forma en avril 1969 le CPI (Marxist-Leninist). Actuellement le CPI(M) dirige le Front de gauche, qui avait soutenu le gouvernement dirigé par le Parti du Congrès de 2004 à 2008 et, en 2009, fait campagne en tant que « troisième front », face à l’Alliance progressiste unifiée du Parti du Congrès et à l’Alliance démocratique nationale du BJP, obtenant 16 élus élus au Lok Sabha.

8. Partis socialiste révolutionnaire (RSP) a ses origines dans un courant marxiste indépendant, hostile à la ligne stalinienne du « socialisme dans un seul pays » mais non trotskiste, qui s’est développé au sein de l’Association d’auto-culture (Anushilan Samiti) au Bengale au cours des années 1920-1940, dont les militants, affaiblis par la répression, ont rejoint le Parti socialiste du Congrès (CSP) avant de fonder leur propre part en 1940. Présent surtout au Bengale occidental, il dispose de 2 élus au Lok Sabha.

9. Cf. Kunal Chattopadhyay et Soma Marik, The Left Front and the United Progressive Alliance (2004) : http://www.radicalsocialist.in/articles/national-situation/62-the-left-front-and-the-united-progressive-alliance-2004

10. Kunal Chattopadhyay, « A first assessment of Indian strike — to break their haughty power » : http://www.internationalviewpoint.org/spip.php?article2524

11. http://www.business-standard.com/article/economy-policy/nationwide-industrial-stir-cripples-left-ruled-states-110090800059_1.html

12. Cf. « Class Struggle versus Serving the Rulers and Becoming Regional Linguistic Chauvinist : The Retreat of CITU in the coming General Strike », http://www.radicalsocialist.in/blog/522-class-struggle-versus-serving-the-rulers-and-becoming-regional-linguistic-chauvinist-the-retreat-of-citu-in-the-coming-general-strike

13. Cf. les commentaires de l’article : http://www.firstpost.com/india/bharat-bandh-live-maruti-suzuki-workers-to-join-strike-tomorrow-632059.html

14. J. Dennis Rajakumar & John S. Henley, « Growth and Persistence of Large Business Groups in India » : http://journals.hil.unb.ca/index.php/JCIM/article/download/5676/6681

15. Meenakshi Rajeev, « Contract Labour Act in India : A Pragmatic View », http://www.igidr.ac.in/pdf/publication/PP-062-33.pdf

16. http://labourbureau.nic.in/CPI_Prices.htm

17. Adoptée en 2005, la loi nationale sur la garantie de l’emploi rural (National Rural Employement Guarantee Act, NREGA, renommé en 2009 MGNREGA — les deux premières lettres pour Mahatma Ghandi), autorise les adultes d’un ménage rural à s’enregistrer comme demandeurs du travail. Une fois enregistrés, ils doivent accepter tout travail non qualifié dans un rayon de 5 km de leur village et travailler au moins 100 jours par an, ce qui leur garantie en principe un revenu journalier qui ne doit pas être inférieur au salaire rural minimum fixé par la loi de 1948 (au 1er avril 2012, son montant officiel variait entre 122 et 191 roupies — soit entre 1,75 et 2,73 euros — par jour selon les États). Le gouvernement indien vient d’annoncer fin mars que ce revenu va être dorénavant lié à l’index des prix de consommation ruraux, après un jugement du 23 septembre 2011 de la Haute Cour de l’État de Karnataka, imposant qu’il ne pouvait être inférieur à 155 toupies par jour au 1 janvier 2009, jugement qui doit passer en appel le 9 avril 2013 devant la Cour Suprême.

18. Cf. http://www.ifpri.org/publication/2011-global-hunger-index

19. Sunny Jose & K. Navaneetham, « A Factsheet on Women’s Malnutrition in India », http://www.jstor.org/discover/10.2307/40277858?uid=3738016&uid=2&uid=4&sid=21101837999663

20. Bhanwari Devi a travaillé depuis 1985 dans le cadre d’un projet gouvernemental de protection et d’alphabétisation des femmes dans l’État de Rajasthan. En 1992 elle a tenté de s’opposer au mariage des filles mineures. C’est alors que son mari et elle ont été agressés et qu’elle a été violée collectivement par 5 hommes. Elle a porté plainte et, après que cinq juges furent dessaisis, le sixième a statué en novembre 1995 que des hommes d’une « caste supérieure » n’ont pas pu violer une femme de la « caste inférieure » des Dalits. Le gouvernement de l’État de Rajasthan a fait appel au jugement de novembre 1995, mais quinze ans plus tard la Haute Cour de cet État n’avait pas rejugé l’affaire et deux des accusés sont morts. Bhanwari Devi fait l’objet de l’ostracisme de la population réactionnaire dans son village et, en septembre 2011, elle a été assassinée. Des députés de l’État de Rajasthan ont été accusés de ce meurtre. Le procès intenté par Bhanwari Devi a été à l’origine d’une campagne nationale et internationale, « Justice pour Bhanwari ». Plusieurs groupes de femmes, organisées au sein de la plate-forme collective Vishaka, ont porté un litige d’intérêt public devant le Cour Suprême. Le jugement de cette dernière, en août 1997, a constitué le fondement de la définition juridique de l’harcèlement sexuel.

21. http://www.business-standard.com/article/current-affairs/trade-unions-strike-hits-normal-life-in-odisha-113022000740_1.html

22. http://www.livemint.com/Politics/PAVknFkOoAuwcnQZUX4ubP/Strike-paralyses-banks-industry-for-second-day.html

23. http://www.thehindubusinessline.com/industry-and-economy/logistics/major-ports-suffer-rs-100cr-loss-as-strike-hits-operations/article4439447.ece?homepage=true&ref=wl_home

24. Le All India Trinamool Congress (TMC) est un parti de droite dans l’État du Bengale Occidentaln formé en 1998 essentiellement par des membres du Parti du Congès. En 2011 le TMC a remporté les élections dans cet État, après 34 ans du gouvernement du CPI(M), et sa dirigeante, Mamata Banarjee, est devenue Ministre en chef (Gouverneur).

25. « Bandh » est un terme hindi signifiant « fermeture » employé par les militants politiques en Asie du Sud pour arrêter toutes les activités. C’est une action de désobéissance civile, accompagnée par les grève des salariés mais allant au delà (fermeture des boutiques, « ville morte » etc.).

26. Cf. http://kafila.org/2012/07/19/maruti-suzuki-manesar-workers-casteist-attack-and-repression/ ainsi que http://www.radicalsocialist.in/articles/statement-radical-socialist/news/489-maruti-suzuki-manesar-workers-resisting-caste-violence-facing-brutal-repression

27. http://www.thehindu.com/opinion/op-ed/article2490903.ece

28. http://www.assocham.org/prels/shownews.php?id=3908

29. Il n’y a pas de système de sécurité sociale universel en Inde et c’est sous prétexte de faire un premier pas dans cette direction que le gouvernement indien à instauré à compter du 1er janvier 2004 un système national de pensions par capitalisation à deux niveaux : un obligatoire, ne permettant pas de retraits prématurés, le second volontaire, permettant des retraits avant l’âge de la retraite. Depuis le 1er avril 2008 les retraites par répartition (dont disposaient seulement les salariés du secteur public et qui garantissait des prestations de retraite) ont été remplacées par ce système généralisé de retraites par capitalisation (qui ne garantit pas le montant final des retraites).

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