Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 577-578 octobre-novembre 2011

LES NÔTRES

Daniel Noverraz dit Léonce Aguirre (1949-2011)

Cf. aussi : [Les Nôtres]

Jan Malewski

Montreuil, 4 octobre 2011. Enterrement de notre camarade Aguirre. Photothèque Rouge/Romain Hingant

Montreuil, 4 octobre 2011. Enterrement de notre camarade Aguirre. Photothèque Rouge/Romain Hingant

Daniel Noverraz, connu sous son nom d’emprunt Léonce Aguirre, nous a brutalement quitté le 29 septembre 2011. Initialement proche du parti communiste, il a rejoint la IVe Internationale dès 1968 à Lausanne, à la suite du Mai 1968 français et de l’impact du rôle joué alors par la section française et par la Jeunesse communiste révolutionnaire, en rupture avec le stalinisme à la suite de l’intervention contre-révolutionnaire de l’URSS en Tchécoslovaquie, en août 1968. En 1969, il participa à la fondation de la Ligue marxiste révolutionnaire (LMR), section suisse de la IVe Internationale.

Charles-André Udry, dirigeant historique de la LMR et de la IVe Internationale, écrivit dans un message après la mort d’Aguirre : « Alors, les pseudonymes étaient de rigueur. Le sien était “Stanislas”. Mais tous l’appelaient “Nono”. Un diminutif qui renvoyait à son nom de famille, mais qui faisait corps avec sa générosité. Cette dernière soudait la camaraderie quotidienne chez les plus jeunes militants et militantes, comme l’affection chez ceux que l’on peut se risquer à nommer : les aînés. Le caractère mutin, il l’avait pleinement. Et, peut-être, est-ce là l’origine de son nom d’adoption : “Aguirre”.

« Il fut de toutes les activités militantes : la distribution régulière des tracts La Brèche sur les entreprises ; les mobilisations de soutien à la lutte du peuple vietnamien contre l’intervention militaire des États-Unis ; celles des jeunes pour l’accès gratuit aux salles de cinéma ; l’animation des Cercles étudiants “La Brèche” ; les manifestations devant l’ambassade de Pologne à Berne en décembre 1970, à l’occasion des émeutes ouvrières de Gdansk ; la solidarité avec les travailleurs de LIP en 1973.

« Son élan militant reposait sur un socle de convictions consolidées par une vive sensibilité à l’injustice sociale et par la volonté de comprendre la réalité socio-économique et politique dans laquelle il agissait.

« Comme d’autres militants de Suisse française, il “émigra” politiquement en France et s’intégra, comme divers amis et camarades, à la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), section française de la IVe Internationale. Un fort internationalisme complice existait au cours des années 1970. »

Au début des années 1980 il intégra le comité central de la LCR, devint permanent, anima le courant minoritaire « ARA », réservé notamment face aux projets majoritaires de recomposition de la gauche avec ceux qui, comme Juquin, rompaient avec le PCF. Il doutait alors de leur évolution à gauche. Il remettait aussi en cause l’analyse de l’URSS et des pays de l’Est comme des « États ouvriers dégénérés/déformés », contestait la « tragique nécessité » de la politique des bolchéviques au cours de la révolution russe, revisitant en particulier la tragédie de Cronstadt — il écrivit plus tard à ce sujet une retentissante tribune dans l’hebdomadaire de la LCR, Rouge. Il considère également, la question de l’écologie comme fondamentale et à l’époque où la LCR reste sensible essentiellement aux grands mouvements de masse anti-nucléaire (Malville, Plogoff), il défend une conception plus généraliste de l’écologie comme contestation d’ensemble du système et fait la promotion de mobilisations comme celle en défense de la Loire, fleuve sauvage.

Favorable à la construction de syndicats lutte de classe, il soutiendra en 1988, à la suite des exclusions perpétrés par la direction de la CFDT, la création de SUD PTT et du CRC Santé sociaux, à l’origine de l’Union syndicale Solidaires, alors que la majorité de la LCR hésitait, attachée à l’idée de l’unification syndicale.

Au début des années 1990 il est un des cofondateurs de la tendance « Révolution ! », défendant la construction d’un parti révolutionnaire contre ce qu’elle considérait comme les dérives de la direction de la LCR, dans le prolongement de la politique de recomposition et de construction d’une alternative, et défendait notamment l’alliance avec Lutte ouvrière.

Après le renouveau des mobilisations ouvrières — marquée par les grèves de novembre et décembre 1995 — Aguirre s’est engagé dans la mise en place d’une nouvelle majorité au sein de la LCR, qui aboutira à la promotion de listes communes avec Lutte ouvrière pour les élections européennes de 1999 et permettra d’atteindre pour la première fois les 5 % nécessaires pour avoir des élus (3 LO et 2 LCR) au Parlement européen.

Lors de l’apparition du mouvement altermondialiste Aguirre s’y engagea résolument, y voyant un facteur fondamental du renouveau politique et espérant que de nouvelles formes d’organisation internationale pourraient y naître. Lors des Forums sociaux mondiaux et européens (Florence, Paris, Londres, Athènes), avec les camarades des autres sections de la IVe Internationale, il tentait de peser dans ce sens.

La campagne unitaire contre le Traité européen de 2005 en France et son succès, l’ont convaincu qu’il était possible de construire une unité durable des antilibéraux. Il s’engagea alors dans la bataille pour une candidature unitaire lors de la présidentielle de 2007. S’il a soutenu la création du Nouveau parti anticapitaliste, cherchant à l’élargir tant aux courants et organisations libertaires qu’aux courants réformistes radicaux, il l’envisageait comme un moyen de l’unité des antilibéraux. Il s’engagea donc à nouveau dans la construction d’une minorité « unitaire » au sein du NPA — la « position 3 » puis la « position B ». Tout en pestant fréquemment contre la culture minoritaire, qu’il considérait comme la « tradition trotskiste », il poursuivit pourtant cette culture jusqu’à sa mort, participant ainsi pleinement aux divisions tacticiennes qui marquent encore les premiers pas de la construction d’un nouveau parti anticapitaliste en France.

Pourtant, au-delà des accords ou des divergences, les discussions avec Aguirre étaient toujours marquées de sa part par le respect et la reconnaissance des autres, par une volonté ferme de dépasser les tensions et de parvenir, enfin, à construire ensemble l’outil politique dont les travailleurs ont besoin. ■

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