Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 588-589 décembre 2012

POLOGNE

Vers une grève générale en Silésie ?

Cf. aussi : [Pologne]

Jan Malewski

Quatre syndicats préparent une grève générale en Silésie. Pour le paiement des salaires dus, contre la précarité.

« Quatre plus grands syndicats agissant en Silésie — “Solidarnosc”, OPZZ, FZZ et “Août 80” — ont mis en place un comité de protestation et de grève. Cela signifie le début de préparation d’une grève générale. Si les syndicalistes ne parviennent pas à s’entendre avec le gouvernement, la protestation pourrait avoir lieu en février prochain. (…) “Notre but c’est d’obtenir le changement de la politique socio-économique du gouvernement et si nous n’y parvenons pas — de changer de gouvernement” — déclarait au cours de la conférence de presse le chef d’“Août 80”, Boguslaw Zietek. “Nous ne faisons pas une grève pour la grève. Si au cours de 3-4 mois nous trouvons un accord avec le gouvernement et si cela conduit à un changement de la politique socio-économique, alors bien sûr il n’y aura pas de grève” — a rajouté le chef de “Solidarnosc” de Silésie, Dominik Kolorz. » (1)

Synthèse actualisée Inprecor

C’est la première fois depuis 1989 qu’une structure intersyndicale régionale des quatre syndicats les plus importants a été constituée en Silésie et ce serait la première fois depuis 1981 qu’une grève générale aurait lieu dans la région. La raison ? Les employeurs de la région doivent déjà à leurs salariés plus de 8 millions d’euros de salaires non versés, 26,6 % des salariés en Pologne sont employés sur des contrats précaires, le chômage a officiellement dépassé 12,5 % de la population active et les licenciements se poursuivent : Fiat réduira sa production de 40 % fin décembre, supprime plusieurs dizaines d’emplois chaque mois et prépare un licenciement collectif, General Motors a réduit sa production de 20 %, Mittal a stoppé plusieurs hauts fourneaux…

Face à cela, le premier ministre Donald Tusk déclarait qu’il n’acceptera aucune loi visant à ce que les travailleurs précaires bénéficient de la sécurité sociale et a annoncé que les mesures exceptionnelles de flexibilisation du temps de travail, introduites en 2009, seront maintenues. Son gouvernement néolibéral a décidé d’un « plan pour redynamiser l’économie » : 52 milliards d’euro d’ici 2015 seront offerts aux banques, aux producteurs d’énergie des infrastructures, à l’industrie militaire et serviront à financer l’exploitation du gaz de schiste. En septembre dernier, l’âge de départ à la retraite a été porté à 67 ans et le gouvernement ne veut pas prendre en compte les travaux pénibles. Tusk a également annoncé que le congé de maternité sera porté à un an… mais ne sera payé qu’à 80 %, une manière de réduire l’emploi des femmes.

Lors de son congrès régional, le 27 septembre, “Solidarnosc” avait adopté l’idée d’une grève générale d’avertissement et adopté cinq revendications :

1. un système de protection des entreprises qui ne licencient pas alors qu’elle réduisent leur production ;

2. des compensations pour les entreprises qui seront touchées par les taxes supplémentaires du fait de l’adoption par l’Union européenne de son paquet climatique ;

3. la limitation légale des contrats précaires ;

4. la liquidation du Fonds national de santé et son remplacement par des caisses régionales ;

5. le maintien des retraites anticipées pour les salariés exerçant des travaux pénibles.

Ces revendications sont très discutables. Pourtant les syndicalistes d’“Août 80“ ont considéré que la possibilité d’organiser une mouvement d’ensemble des travailleurs était plus importante que la discussion sur le caractère de ces postulats. « D’abord, nous devons dépasser l’atomisation des travailleurs et montrer que l’action collective est possible » expliquait Boguslaw Zietek, interrogé au téléphone. La possibilité d’un accord entre le syndicat le plus combatif, « Août 80 », et la plus grande centrale syndicale, « Solidarnosc » a suffit pour que les deux autres centrales acceptent de créer une intersyndicale pour préparer la grève.

Le syndicat « Août 80 » a mis toutes ses forces dans la préparation de la grève. Il publie un hebdomadaire gratuit de 8 pages, Kurier Zwiazkowy, dont le tirage a été augmenté à 30.000 exemplaires. Il a réalisé des centaines de milliers de tracts. « Les habitants prennent nos journaux et nos tracts avec beaucoup d’intérêt. En une heure, autour de 2.000 disparaissent. Ils discutent, posent des questions. Comme ils disent eux-mêmes, c’est bien que les syndicats se soient enfin mis d’accord et s’occupent ensemble des gens » — dit Patryk Kosela, porte-parole d’“Août 80” » (2).

La loi de grève polonaise est très restrictive : elle ne permet pas de déclarer une grève générale contre le gouvernement et impose que dans chaque entreprise les travailleurs votent en faveur de la grève dans un référendum. De plus une grève doit être précédée par une grève d’avertissement de 4 heures. Les référendums ont commencé à être organisés le 21 novembre dans la sidérurgie et dans les chemins de fer. Leurs premiers résultats sont encourageants : 83,5 % en faveur de la grève au Laminoir des métaux non-ferreux de Labedy, 96 % dans l’Acièrie « Buczek » de Ruda Slaska, 96,5 % dans le Combinat chimique de coke à Zabrze, 96,9 % dans l’Acièrie « Pokoj »… A suivre !  ■

Notes

1. Agence de presse polonaise PAP, 23 octobre 2012

2. Cité par : http://www.sferatv.pl/index.php/aktualnosci/aktualnosci-ruda-slaska/item/2785-referendum-strajkowe.html

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