Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Dossier

N° 539-540 juin-août 2008

CONFÉRENCE ANTICAPITALISTE EUROPÉENNE

Situation internationale et lutte contre la guerre

Cf. aussi : [Situation Internationale]

Yvan Lemaître

Guerre contre le terrorisme » au service de la politique du « chaos constructif »…

Yvan Lemaître est membre du bureau politique de la LCR. Le texte est celui de l’un des rapports présentés au nom de la LCR dans la conférence anticapitaliste européenne des 31 mai et 1er juin 2008.

Yvan Lemaitre de la LCR. Photothèque Rouge/JMB

Yvan Lemaitre de la LCR. Photothèque Rouge/JMB

1) Le récent voyage de Bush au Moyen-Orient a été un résumé de la politique des USA dans ses véritables objectifs comme dans sa méthode : un soutien sans réserve à Israël, accompagné d’une politique en trompe-l’œil de recherche d’un accord de paix qui, dans les faits, n’a d’autre but que d’entretenir quelques vains espoirs pour mieux soumettre le peuple palestinien !

Il s’agit pour Bush de donner le change pour masquer la véritable stratégie de l’impérialisme dominant. Au mieux, un tel accord ne pourrait qu’entériner un rapport de forces entièrement favorable à l’impérialisme américain et israélien. Le « Grand Moyen-Orient » est un échec et débouche sur un tournant irréversible de la politique des USA. Au lendemain de la fin de l’URSS, l’impérialisme triomphant prétendait apporter la paix et la démocratie grâce au développement de l’économie de marché, parlait d’un nouvel ordre de justice internationale. Le discours idéologique a dû se plier aux réalités économiques, politiques, militaires, il est devenu celui de la « 

La propagande parlait de démocratie et de paix, mais déjà lors de la première guerre en Irak ou de la guerre dans l’ex-Yougoslavie, les armées commençaient, elles, à s’engager dans la politique qui s’est ensuite pleinement déployée au lendemain du 11 septembre 2001, répondant aux nouveaux rapports de forces correspondant à l’évolution du capitalisme mondial.

Le développement du militarisme a toujours accompagné le développement du capitalisme, cette vérité prend aujourd’hui une dimension sans précédent. L’économie de marché repose sur l’exploitation. La violence du marché est inséparable de celle de l’État. Le libéralisme de l’impérialisme globalise, mondialise cette violence.

2) Le tournant de 2001 qui a abouti à la guerre en Afghanistan et à la chute des talibans s’inscrit, par-delà la dimension dramatique et spectaculaire de l’attentat du 11 septembre, dans la cohérence de cette évolution du capitalisme mondialisé à travers les années de transition qui vont de la chute du mur de Berlin et de l’effondrement de l’URSS à la guerre en Afghanistan et à la deuxième guerre en Irak.

L’URSS avait jusqu’alors participé au maintien de l’ordre mondial dans le cadre de la coexistence pacifique avec l’impérialisme. Celle-ci disparue, le développement économique de la mondialisation a encouragé les ambitions des forces réactionnaires, religieuses, que les USA avaient aidées pour contrecarrer l’influence de L’URSS. La guerre d’Afghanistan et ses suites éclairent les véritables objectifs du Pentagone. Certes, la guerre menée par La Force internationale d’assistance à la sécurité, ISAF, sous le commandement de l’OTAN, a abouti à la chute du régime des talibans. Mais cette victoire a fait de l’Afghanistan un bourbier dans lequel les USA et leurs alliés n’ont d’autre choix que de s’enliser.

Loin d’instaurer la démocratie, les USA ont mis en place un pouvoir fantoche, sans État ni autorité, et livré le pays aux seigneurs de guerre et à leurs luttes. Non seulement il n’y a pas de démocratie mais le pouvoir coupé du peuple recherche l’appui des religieux et flatte les préjugés des couches sociales les plus réactionnaires. Le sort des femmes a empiré, à l’oppression religieuse et féodale s’ajoutent les souffrances de la guerre. L’aide de 25 milliards de dollars promise n’a été que partiellement versée ou a disparu, la corruption est partout jusqu’au sommet de l’État. L’économie la plus florissante est celle du pavot. Loin de vaincre le terrorisme, l’occupation militaire l’alimente.

Les talibans, renforcés en particulier dans le Sud, pénètrent comme ils veulent jusque dans Kaboul, comme l’a démontré la tentative d’assassinat de Karzaï le 27 avril dernier.

Pour éviter le retour des talibans et imposer leur contrôle sur le pays, les USA n’ont d’autre possibilité que de maintenir leur occupation militaire au prix d’une crise permanente dans la région, en particulier avec le Pakistan. Mais c’est bien cela qu’ils voulaient : faire de l’Afghanistan une base militaire, en ayant clairement conscience qu’en agissant ainsi, ils provoquaient une crise permanente affaiblissant tant leurs alliés que leurs adversaires

3) La deuxième guerre d’Irak s’inscrit dans cette même stratégie. Elle visait à faire de l’Irak une base militaire américaine en ayant, là encore, clairement conscience des risques d’une telle occupation militaire.

Cinq ans après que Bush ait proclamé « la mission accomplie », les objectifs affichés de la guerre apparaissent tous comme un leurre : ni armes de destruction massive, ni lutte contre le terrorisme que la guerre entretient, ni démocratie. Au contraire, des luttes de pouvoir sanglantes, une véritable guerre civile désorganisent le pays. Le coût de cette politique est terrible : plus d’un million de morts irakiens, plus de quatre millions de réfugiés, plus de 4 000 soldats américains tués, des milliers de blessés, et 158 000 soldats américains stationnés en Irak

Mac Cain prétend qu’en 2012 « la guerre en Irak aura été gagnée », comme Bush parle de « victoire ». Il envisage le retour d’une partie des boys, une armée irakienne capable d’assurer la police sous l’autorité de l’armée américaine ayant fait de l’Irak une base militaire. Cette victoire ne serait ni celle de la paix ni celle de la démocratie, mais celle des USA qui auraient imposé leur présence au prix d’une crise permanente qui permet de laisser croire que sans eux, ce serait pire et qui justifie ainsi leur présence « sans limite ». C’est ce que les conservateurs américains appellent la politique du « chaos constructif ».

Et d’une certaine façon, les conservateurs ont raison : au regard de ses vrais objectifs, cette politique n’est pas un échec. Au regard des intérêts des peuples, de l’humanité, elle est une aventure criminelle dirigée par un État obsédé par le maintien de sa domination sur le monde, aveuglé par le sentiment de sa puissance. Cette politique est bien celle des classes dominantes de l’empire et c’est pourquoi Obama ne peut s’y opposer, quelles que puissent être par ailleurs ses déclarations d’intentions sur la paix. L’Irak est bien plus qu’un nouveau Vietnam, la guerre s’y inscrit réellement dans « une guerre sans limite ». Cette terrible formule définit bien, en réalité, la folle stratégie de l’empire.

4) Depuis 2001, on assiste à une augmentation constante des dépenses militaires, principalement aux USA. Si les années 1990 avaient vu celles-ci diminuer au lendemain de la chute de l’URSS, le début du siècle les voit à nouveau exploser pour dépasser les plus hauts niveaux du passé. A l’opposé de l’aide aux pays pauvres : quand les USA dépensent 1 dollar pour cette aide, ils en dépensent 23 pour l’armement.

Cette évolution rend compte des nouveaux rapports internationaux qui émergent de la mondialisation. Les USA, puissance hégémonique, voient leur domination fragilisée par l’affaiblissement de leur poids dans l’économie mondiale, suite à l’émergence de la Chine, de l’Inde, du Brésil – et, en conséquence, contestée. Ils développent une stratégie visant à pérenniser cette domination en s’assurant des États-bases militaires dans le monde, places fortes contre les peuples destinées à s’assurer le contrôle des territoires où il y a des richesses naturelles, énergétiques, comme celui des voies de communication.

Les USA déploient une stratégie de colonialisme militaire. Ou les peuples s’intègrent dans leur système de domination mondiale, ou ils sont l’objet de menaces, de pressions. Ce sont les ambiguïtés de la politique à l’égard de la Chine (qu’éclaire l’affaire du Tibet), ou encore les menaces et manœuvres contre l’Iran. C’est aussi le projet de réactiver la Quatrième flotte au large des côtes de l’Amérique latine, menace ouverte contre le Venezuela.

Si la politique de l’impérialisme tel que Lénine le décrivait, c’est-à-dire la politique d’expansion du capital financier par l’exportation des capitaux et des marchandises, prétendait à un rôle progressiste, la politique impériale des USA aujourd’hui ne le peut même plus. Le stade suprême du parasitisme capitaliste est notre avenir pour le 21e siècle. Il a pour corollaire un développement inégalé du militarisme et un État de guerre permanent en réponse à la révolte des peuples. Mais l’hyper-impérialisme étant impossible, cette stratégie ouvre une nouvelle phase d’instabilité internationale, de guerre permanente, face à laquelle la seule réponse est la lutte révolutionnaire, internationaliste, contre le pouvoir des classes dominantes impérialistes.

5) Dans ce contexte, la place et le rôle de l’OTAN se sont modifiés. Créée en 1949 au début de la guerre froide et de la mise en œuvre par les USA de la politique dite de contention (« containment »), l’Organisation du traité de l’Atlantique-Nord s’adapte aux besoins de l’impérialisme dominant. Elle a d’abord servi de cadre d’alliance, d’intégration économique et politique en particulier vis-à-vis des pays de l’ancien glacis soviétique, au lendemain de l’effondrement de l’URSS, pour devenir aujourd’hui un instrument d’alliance politique et militaire au service de la stratégie de l’empire, en échange de quelques « dividendes de la paix » pour ses alliés.

La décision, annoncée par Sarkozy au sommet de l’OTAN des 2 et 3 avril 2008, d’envoyer des renforts de 700 hommes en Afghanistan et de réintégrer le haut-commandement de l’OTAN, en est l’illustration. Au moment où la France prend la présidence de l’Union européenne, Sarkozy espère pouvoir bénéficier de l’appui américain pour aller plus avant dans la politique de défense européenne et asseoir sa position personnelle. Ce qui intéresse les Américains, c’est d’obtenir une acceptation de principe du programme antimissile sur le sol européen, en particulier en Pologne et en République tchèque. Si défense européenne il y a, elle ne peut être à leurs yeux que... américaine.

6) La lutte contre la guerre est en conséquence une composante essentielle de notre lutte contre la domination des classes capitalistes. Les deux sont indissociables. Cette lutte passe par une bataille politique pour en dévoiler les véritables enjeux, démystifier les justifications « démocratiques », les mensonges d’État, le cynisme des classes dominantes, pour mettre à nu le véritable contenu de leur politique qui associe un nouveau colonialisme financier à un colonialisme militaire. Elle met au premier rang la lutte contre notre propre impérialisme et s’inscrit dans la perspective d’une Europe de la paix. Cela veut dire une Europe pleinement indépendante de la politique des multinationales comme de l’impérialisme dominant, une Europe fondée sur la coopération des peuples, une Europe qui ne pourra naître que des mobilisations ouvrières et populaires.

Dés aujourd’hui la lutte pour cette Europe exige une rupture avec l’OTAN et la dénonciation des traités impérialistes. Nous exigeons le retrait des troupes d’occupation d’Irak et d’Afghanistan. Retrait de l’Otan, pas un euro pour la guerre ! C’est ce que nous défendons au sein des mobilisations contre la guerre, demain contre la venue de Bush en France, en septembre à Malmö, dans les manifestations contre la présidence française de l’Union européenne ou dans celles qui auront lieu à Strasbourg et à Kiel à l’occasion du soixantième anniversaire de l’OTAN.

Il nous appartient de discuter des voies et moyens pour qu’apparaisse au niveau européen un courant pacifiste conséquent, militant pour une paix respectueuse des droits des peuples, c’est-à-dire anticapitaliste, révolutionnaire, inscrivant sa lutte pour la paix dans une volonté de construire des États-Unis socialistes d’Europe.

La lutte pour la paix est au cœur de l’histoire du mouvement ouvrier de nos différents pays, dans sa lutte contre la barbarie des guerres impérialistes déclenchées par « ces fous d’Europe » dont parlait Trotsky pour désigner les vieilles classes dominantes. Parions que cette douloureuse histoire saura porter ses fruits, pour que le mouvement ouvrier se donne aujourd’hui les armes pour construire une Europe instrument de la lutte pour la paix dans le monde et un nouveau droit international régissant la coopération des peuples.■

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