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Notes de lectures

N° 504 avril 2005 *

LECTURES

Mustapha Bargouthi, une autre voix et une autre voie au sein du mouvement national palestinien

Cf. aussi : [Israël-Palestine]

Anthony Bégrand

Mustapha Bargouthi, Rester sur la montagne, entretiens sur la Palestine avec Éric Hazan, La Fabrique éditions, Paris 2005, 96 pages, 12 euros.

Paris, 29 juin 2007, Mustapha Barghouti, ancien ministre palestinien de l'information donne une conférence de presse à la maison de la radio. Photothèque Rouge/JR

Paris, 29 juin 2007, Mustapha Barghouti, ancien ministre palestinien de l'information donne une conférence de presse à la maison de la radio. Photothèque Rouge/JR

Médecin, dirigeant de l’ONG Medical Relief, Moustapha Bargouthi a été candidat à la présidentielle palestinienne du 9 janvier dernier. Soutenu par la Nouvelle initiative palestinienne (NIP), le FPLP, des syndicats indépendants… il a obtenu plus de 20 % des suffrages.

Quand Éric Hazan, responsable des éditions de La Fabrique, s’est entretenu avec Mustapha Bargouthi, Yasser Arafat venait tout juste d’arriver à Paris pour se faire soigner. Bargouthi n’était pas encore candidat à l’élection qui devait permettre aux Palestiniens de choisir le nouveau dirigeant de l’Autorité palestinienne. Ce n’est pas le candidat qui s’exprime dans ce livre, mais un militant comme il y en a beaucoup d’autres au sein de ce peuple opprimé.

Si Mustapha Bargouthi s’attache parfois à décrire les horreurs de l’occupation, le nouveau livre publié par La Fabrique ne raconte pas le quotidien des Palestiniennes et des Palestiniens. Cet ouvrage nous livre le parcours du futur candidat à la « présidentielle », son analyse du « processus de paix », de l’Autorité palestinienne, de la situation sociale et politique en Palestine, ses méthodes de lutte contre l’occupation… C’est un discours très présent en Palestine mais trop rarement entendu qui s’offre alors à nous, celui qui ne choisit pas entre « l’extrémisme irrationnel » et « la capitulation » (p. 68). Opposé à la militarisation de l’Intifada tout autant qu’aux accords d’Oslo, il fait entendre une autre voix. C’est là tout l’intérêt de cet ouvrage.

Né en 1954 au sein d’une famille dont plusieurs membres connurent les prisons de l’occupant anglais et de la Jordanie, Mustapha Bargouthi a adhéré très tôt au Parti communiste palestinien. Il en était l’un des dirigeants quand ce dernier, en 1991, se transforma en Parti du peuple palestinien (PPP) à la suite de l’abandon de la référence au centralisme démocratique. Quand, en 2003, la direction du PPP vota la « cooptation » par l’Autorité palestinienne, il quitta le PPP pour se consacrer à la Nouvelle initiative palestinienne (NIP), fondée en juin 2002. La NIP est « un espace voué à accueillir toute une série de personnalités et de groupes laïques de gauche » (p. 48). Si elle a des contacts avec des membres du FPLP, du Fatah ou du Hamas, la NIP n’accepte en son sein que des individus ou « des groupes totalement indépendants, aussi bien du Hamas (…) que de l’Autorité » (p. 49).

S’il évoque plusieurs fois le Hamas, dont il critique l’idéologie autant que les méthodes, l’essentiel de ses propos est tourné contre la direction de l’OLP — fondue dans l’Autorité palestinienne —, coupable, selon lui, d’avoir bradé les espoirs et les droits des Palestiniens à l’occasion des accords d’Oslo, en 1993. S’il a toujours privilégié l’unité du mouvement national palestinien et combattu les tentatives israéliennes de couper le mouvement intérieur de la direction de l’OLP en exil jusqu’en 1993, Bargouthi n’a pas de mots assez durs contre ceux qui ont, selon lui, cédé à presque toutes les demandes des gouvernements israéliens, dont les méthodes de négociation sont exposées tout au long du livre. « Une immense armée de bureaucrates », une politique qui conduit à « opprimer son peuple pour maintenir par la force la sécurité d’Israël » (p. 28), le tableau qu’il dresse de l’Autorité mérite à lui seul la lecture de cet ouvrage.

Mais la lecture de ce dernier n’est pas une invitation à la déprime. Les pages consacrées à la « société civile » et aux ONG montrent par exemple une facette intéressante du mouvement national palestinien. En « remplissant le vide créé par l’absence […] de tout système national », les ONG indépendantes de l’Autorité, en plus de l’aide qu’elles apportent, jouent « un rôle de substitut au système de l’occupation ». Dans une situation où l’essentiel des forces politiques est inféodé à une Autorité qui ne constitue pas une arme contre l’occupation, ces ONG permettent aussi au peuple palestinien de garder une boussole. Elles le maintiennent « dans son obstination » (p. 37).

Il y a encore bien d’autres choses dans ce petit livre, où l’on découvre une autre voix et une autre voie au sein du mouvement national palestinien.