Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 553-554 septembre-octobre 2009 *

LES NÔTRES

Leni Jungclas (1917–2009)

Cf. aussi : [Allemagne] [Les Nôtres]

Notre camarade Hélène Jungclas, dite « Leni », est morte le 28 juin 2009.

Née Hélène Perz, le 22 août 1917, dans une famille ouvrière social-démocrate de Cologne, elle a commencé à militer en 1929 dans la jeunesse des « Freidenker », les « libres-penseurs », une sorte d’alternative laïque pour les socialistes et un important pilier du mouvement de culture ouvrière jusqu’à la destruction des organisations ouvrières en 1933.

Le père de Leni a quitté le Parti social-démocrate (SPD) et a rejoint le Parti socialiste de gauche (SAP), formé en automne 1931 après un combat désespéré de la gauche du SPD contre sa politique de « défense de la République », qui consistait à soutenir le gouvernement conservateur en avalant ses mesures anti-ouvrières. A 14 ans, Leni a rejoint les Jeunesses du SAP, « Sozialistischer Jugendverband ».

Modiste de profession, elle a participé au travail illégal pendant le Troisième Reich.

Le SAP ayant disparu après la guerre, écartelé par les débats sur le Front Populaire, le stalinisme, l’unité du mouvement socialiste… menés par ses dirigeants en exil, la plupart de ses militants survivants sont revenus au sein du SPD. Leni a rejoint la jeunesse ouvrière des « Faucons » (Sozialistische Jugend – Die Falken). Dès 1947, elle animait un courant marxiste au sein de la section locale du SPD, futur noyau dit « trotskiste » à Cologne.

Au début des années 1950, elle s’est liée à Georg Jungclas (1), dit « Schorsch », secrétaire politique de la section allemande de 1946 à 1974, et de la direction de la IVe Internationale de 1948 à 1974, puis a commencé à militer dans les rangs de la section allemande. Avec lui, elle a été de tous les combats : travail « entriste » dans le SPD (qui avait une hégémonie écrasante dans le mouvement ouvrier en Allemagne de l’Ouest), contre l’adieu définitif du SPD au marxisme, non plus seulement dans la pratique, mais aussi sur le plan programmatique (Bad Godesberg, 1959), mouvements contre le réarmement et la bombe atomique, solidarité avec la révolution algérienne…

Sans adhérer au courant « trotskiste », le père de Leni, Will Perz, accepta de devenir le responsable légal du petit journal Freies Algerien (Algérie libre, 1958–1962) : « Si c’est utile pour la révolution, je fait tout », aurait dit le vieux militant social-démocrate… Avec ses camarades de Cologne, Schorsch était la cheville ouvrière du journal et de beaucoup d’initiatives — publiques, semi-légales et clandestines — de soutien à la lutte du Front de Libération Nationale (FLN) algérien.

Leni a décrit les conditions de la vie de son couple : « L’argent que Schorsch a reçu de l’organisation suffisait à peine pour payer les timbres, le téléphone et une partie des dépenses pour le travail politique. (…) Sauf pendant une période assez courte, on n’avait pas de local, tout s’est passé dans notre appartement, les réunions ont eu lieu dans notre living-room. » Dans un discours tenu en 1997 à la fête du quatre-vingtième anniversaire de Leni, notre camarade Jacob Moneta a constaté : « Schorsch a, dit-on, porté le petit mouvement trotskiste allemand sur ses épaules. Mais on oublie d’ajouter que c’était Leni qui a porté Schorsch sur les siennes. Et même ses partisans les plus adonnés et les plus fidèles ne pouvaient pas soutenir qu’il était un féministe. » C’est Leni qui s’occupait de la plupart des tâches du ménage et qui gagnait l’argent leur permettant de survivre et de donner l’hospitalité à tant de camarades. Elle travaillait d’abord dans une boutique de chapeaux (qui servait aussi de salle de réunions), plus tard dans une administration du service public.

Après la mort de Schorsch en 1975, Leni a continué d’accompagner les activités de notre courant en tant qu’adhérente du GIM, du VSP et, après notre effort de réorganisation de 2001, de la Gauche socialiste internationale (isl). Ses conseils politiques, ses formidables repas et ses anecdotes sur la vie de pas mal de dirigeants de l’Internationale dans les années cinquante et soixante du siècle dernier, resteront en mémoire de ceux et celles qui l’ont connue, à Cologne et ailleurs.

Friedrich Dorn

1. Cf. Ernest Mandel (N.S.), « Georg Jungclas », Quatrième Internationale n° 22, automne 1975 ; http://www.ernestmandel.org/fr/ecrits/txt/1975/jungclas.htm

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