Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 657-658 novembre-décembre 2018

DOCUMENT INÉDIT D'AVRIL 1933

Le tournant fasciste en Allemagne (1/2)

Cf. aussi : [Histoire] [Quatrième Internationale] [Trotskysme]

Bolchevik-Léniniste n° 2 (12), 1933.

Les partisans de la revue Bolchevik-Léniniste, estimant nécessaire qu’un point de vue soit adopté de manière organisée sur les événements d’une portée historique mondiale se produisant en Allemagne, présentent des thèses. La rédaction du Bolchevik-Léniniste, qui publie ces thèses, invite tous les bolcheviks-léninistes qui sont dans l’isolateur à en discuter et à exprimer leur opinion.

La rédaction du Bolchevik-Léniniste

1. Le coup d’État contre-révolutionnaire allemand – la contre-révolution de mars – est un événement de la plus grande importance historique (1).

La guerre impérialiste mondiale n’a pas résolu les contradictions de la société capitaliste. Au contraire, elle les a aiguisées, approfondies et placées à un niveau supérieur.

La reprise économique de l’après-guerre (1920-1929) ne s’est pas faite sur la base du marché mondial élargi. Cette reprise reposait sur un retour, plus ou moins rapide, à une demande normale, à d’importants investissements dans des régions détruites par la guerre et à d’énormes investissements dans la technologie industrielle, en particulier aux États-Unis et en Allemagne.

La restriction des marchés mondiaux ainsi qu’une contraction significative du marché soviétique pour les pays capitalistes à la suite de la révolution d’Octobre, avec la croissance géante simultanée de l’appareil de production des États-Unis, de l’Allemagne et d’autres pays du capitalisme et de leurs colonies, ont déterminé la relativité et le caractère illusoire de la reprise économique après la guerre. La totalité de la production mondiale pour toutes les années de croissance économique après la guerre, si l’on part de la production par habitant plutôt que de la taille absolue de la production, n’a pas dépassé le niveau d’avant-guerre.

La croissance économique elle-même n’a pas été homogène dans tous les pays. En raison de la modification des relations sociales de l’après-guerre, la croissance économique des États-Unis était due au déplacement des produits et des capitaux européens, et la croissance économique de l’Allemagne, qui la plaçait en deuxième position après les États-Unis en termes de quantité de marchandises exportées, a eu lieu principalement au détriment de l’Angleterre.

Cette stagnation des forces productives de la société capitaliste a également conduit à la relativité de la stabilisation d’après-guerre, sa fragilité et sa courte durée. Le problème de la guerre pour la nouvelle redistribution des marchés, entre les impérialistes et contre l’URSS, ainsi que le problème de la révolution prolétarienne, se sont donc toujours posés non pas comme des problèmes de décennies lointaines, mais comme des problèmes à l’ordre du jour, du mois et de l’année.

Apaisée et stabilisée après la guerre avec l’aide des capitaux américains, l’Europe – avec une Allemagne soumise au traité de Versailles et au plan Young dans son centre – est en pratique tributaire des États-Unis (2). La part du lion de ce tribut a été payée jusqu’en 1932 par l’Allemagne, pas seulement pour elle-même, mais aussi pour toute l’Europe. Ce faisant, elle s’est transformée, à cause des énormes difficultés qui s’abattaient sur sa population active, en une immense poudrière qui devait exploser, tôt ou tard, sous la forme d’un mécontentement populaire massif ou d’une vague de nationalisme et de chauvinisme – c’est-à-dire révolutionnaire ou contre-révolutionnaire – et de guerre. C’est exactement ce que Trotski voulait dire lorsqu’il soulignait en 1926 que le travail de l’Amérique pour transformer l’Europe en un nouveau type de domination pourrait bientôt rencontrer une « résistance des peuples » – une révolution ou une guerre (3). Une explosion de masse nationaliste ou révolutionnaire en Allemagne signifierait que, à un moment historique, le travail de l’Amérique pour transformer l’Europe – et principalement l’Allemagne, ce maillon le plus fragile et instable du capitalisme – en une sorte de dominion des États-Unis, se heurterait à la résistance des masses populaires. Une telle explosion signifierait l’effondrement de l’équilibre européen, l’effondrement du réformisme européen et de la social-démocratie, qui, en tant qu’ombre du capital américain, perdrait rapidement le reste de son influence et quitterait la scène. Dans ce cas, l’une des deux forces aux deux pôles de la société capitaliste occuperait la scène historique : le fascisme ou le communisme.

2. La crise économique mondiale a profondément ébranlé les fondements de la société capitaliste. Même un Léviathan impérialiste, comme les États-Unis, a tremblé sous ses coups.

Avant la crise, le capitalisme allemand maintenait son équilibre en aspirant continuellement le capital étranger et en développant considérablement ses exportations industrielles, au prix de la surexploitation de toutes les forces du pays. Cela lui a permis dans les années de reprise économique de répondre aux besoins des masses et de calmer leurs sentiments politiques avec l’aide de la social-démocratie.

Jusqu’à la dernière crise mondiale, la bourgeoisie allemande a rationalisé, concentré et élargi son appareil de production.

Les entreprises des industries chimiques et métallurgiques se sont rassemblées au cours des quinze dernières années, soit en fusionnant, soit en mutualisant les bénéfices au nom des « intérêts communs » (par exemple, « l’union des intérêts des usines de peinture », « la société par actions des aciéries unies »). L’appareil productif et les capacités de production du capitalisme germanique ont atteint, malgré les entraves de Versailles, un niveau énorme par rapport à l’avant-guerre.

Toute cette gigantesque réorganisation technologique et structurelle s’est faite principalement par des emprunts à l’étranger. L’Autriche, bien sûr, a fait la même chose, à l’échelle de ce pays, à la différence près que le gouvernement autrichien, contrairement au gouvernement allemand, est en fait privé d’autonomie et de contrôle, étant sous la garde et le contrôle de la Société des Nations.

Une part importante du fonds de roulement de l’économie allemande se compose également de prêts étrangers, de plus des prêts à court terme. Sur les quelque 25 milliards de capital circulant (en 1931), 9 à 10 milliards étaient des capitaux américains, néerlandais, anglais et suisses. La crise économique prolongée a sapé les exportations allemandes, puis l’économie nationale dans son ensemble, déjà épuisée par des énormes paiements dans le cadre des plans de Dawes-Young (4). En plus de l’exportation habituelle des capitaux allemands à l’étranger (de 1925 à 1932, environ 9 milliards de marks), durant la crise les capitaux étrangers ont commencé à fuir l’Allemagne : environ 4 à 5 milliards de marks jusqu’à fin 1932. La fuite panique des capitaux allemands vers l’étranger a commencé à partir de 1931, à la fois en raison de l’instabilité de la situation politique interne, de la crise mondiale du crédit et de l’effondrement de l’étalon-or en Angleterre, lorsque, à la suite de chocs monétaires et des changements de politique douanière (tarifs préférentiels des dominions et droits discriminatoires des pays capitalistes concurrents et de l’URSS), de nombreuses entreprises industrielles allemandes ont commencé à être transférées.

Rétrécissement des marchés mondiaux et intérieurs, fuite des capitaux, resserrement du crédit, fermeture d’entreprises, chômage et appauvrissement des masses, dévastation de la petite-bourgeoisie et de la paysannerie urbaine – tout cela se conjugua et donna naissance aux décrets d’urgence successifs de Brüning (5) dans le seul but de sauver l’Allemagne capitaliste de la catastrophe par une imposition fiscale des masses, tout en préservant les bases du régime politique de démocratie bourgeoise.

L’équilibre politique intérieur a commencé à se briser. Étant donné l’impuissance de l’Amérique à « aider » l’Allemagne dans le futur, les causes de la catastrophe en tant que conséquences de la guerre perdue et du traité de Versailles, sont devenues de plus en plus évidentes dans l’esprit des masses. Les jeunes générations, qui n’avaient pas vécu les horreurs de la guerre, commencèrent à orienter leurs pensées et leur volonté pour mettre fin au traité de Versailles et pour se libérer de la servitude vis-à-vis de la France (le rôle de l’Amérique n’est pas visible pour les masses, car elle reçoit le financement non pas directement, mais par l’intermédiaire de la France). La croissance de la vague nationaliste et chauvine de la petite-bourgeoisie, habilement dirigée vers son cours fasciste par le capital monopoliste de l’Allemagne, a commencé. Ce que la révolution prolétarienne, à cause de la dérive de la direction communiste en 1932 (6), n’a pas réussi à réaliser jusqu’à présent – la libération nationale de l’Allemagne – la petite-bourgeoisie le tente par la contre-révolution.

3. Les impérialismes français, britannique, américain n’avaient qu’un seul moyen de préserver l’équilibre interne de Weimar et de Versailles en Allemagne et en Europe : annuler ou reporter la dette et accorder un nouveau prêt à l’Allemagne. La première partie de la tâche a été presque entièrement achevée – l’ajournement a été accordé et les réparations ont été annulées sous condition. Mais cela n’était pas suffisant et n’a pas eu d’effet sur les processus internes du pays. Le dernier recours consistait à accorder de nouveaux prêts à l’Allemagne pour relancer son industrie. Mais accorder des prêts signifie augmenter la production. Et comment résoudre la question de savoir où vendre les marchandises allemandes alors que la crise s’aggrave dans le monde entier ? De plus, avec cette conjoncture, les spécialistes anglais, français et américains peuvent moins que jamais souhaiter un renforcement de l’industrie allemande, donc accroître sa part du marché mondial. Et comment, en outre, confier à l’Allemagne de nouveaux capitaux, alors que la bourgeoisie allemande elle-même ne croit pas à la stabilité de la situation politique en Allemagne et exporte précipitamment ses capitaux à l’étranger ? De plus, dans cette situation, il est impossible de renforcer le capitalisme allemand sans renforcer simultanément ses aspirations à la rupture du traité de Versailles.

Néanmoins, une telle tentative a été faite. Car il était beaucoup moins coûteux de sauver et de préserver les colonies et les territoires européens pris à l’Allemagne avec l’aide d’un gouvernement accommodant de partis intermédiaires qu’au moyen d’une nouvelle guerre. Et en 1931, la France a essayé d’accorder à l’Allemagne, avec l’Angleterre et les États-Unis, un prêt à long terme de 500 millions de dollars, mais sous réserve de l’établissement d’un contrôle douanier sur l’Allemagne, du contrôle financier de ses emprunts et dépenses et de l’engagement de l’Allemagne de ne pas exiger de modifications des traités de paix en sa faveur pendant 10 ans. C’est-à-dire sous réserve de la transformation de l’Allemagne par les « grandes puissances » en une sorte de Chine ou d’Autriche.

Il est clair que l’acceptation de ces conditions par le gouvernement Brüning aurait signifié une accélération extraordinaire du coup d’État fasciste. Cette proposition a été rejetée. Mais en l’absence d’une direction communiste adéquate, l’Allemagne a continué à avancer à toute vitesse vers le fascisme.

4. La croissance rapide du sentiment fasciste était donc due à l’impasse économique, dans laquelle l’Allemagne avait été conduite par l’état du capitalisme d’après-guerre, la crise économique profonde et le système de Versailles, avec en toile de fond la faiblesse de l’avant-garde prolétarienne. À son tour, la croissance rapide du fascisme a intensifié le chaos économique, rendant impossible aux bourses internationales d’aider son économie avec les capitaux. Un cercle vicieux a été créé, à partir duquel il n’y avait pas de sortie « normale ». Cela allait dégénérer par une explosion de l’équilibre de l’après-guerre et, surtout, de la coquille politique de Weimar, sous l’impact de grandes masses de « la nation » sous la direction du capital financier. La contre-révolution de mars constitue la rupture du premier maillon du système de Versailles. C’est pourquoi le coup d’État fasciste a été accueilli avec tant de haine par la bourgeoisie des pays victorieux et avec tant d’espoir et de joie par la bourgeoisie des pays vaincus dans la guerre impérialiste, et des pays insatisfaits de l’issue de la guerre. D’où les sympathies inattendues de la bourgeoisie des pays victorieux pour les ouvriers et même les communistes d’Allemagne, dont la lutte contre le fascisme visa à consolider les systèmes étroitement liés de Versailles et Weimar. Il est également compréhensible que les gouvernements fascistes de Hongrie et d’Allemagne veuillent aider la bourgeoisie autrichienne à fasciser son pays.

5. La contre-révolution de mars signifie, en fin de compte, l’élimination des vestiges de la révolution du 9 novembre [1918] et du système de Weimar (7). Mais cela signifie-t-il aussi le retour au pouvoir des forces sociales et politiques qui gouvernaient l’Allemagne avant la révolution de novembre, c’est-à-dire la restauration au sens direct et immédiat ?

Le régime fasciste en Allemagne, quelle que soit la forme de gouvernement – qu’il s’agisse d’une monarchie fasciste ou d’une république fasciste – est un régime de terreur fasciste plutôt qu’une réaction de Bismarck ravivée, et constitue la prédominance de la partie la plus puissante et agressive du puissant capitalisme monopoliste allemand, des sommets du capital industriel et bancaire, plus ou moins soutenu par le grand capital agraire, mais n’est pas une domination des junkers [nobles, propriétaires terriens en Prusse], plus ou moins soutenus par le capital industriel et bancaire, ce qui serait un retour à avant la révolution.

Que représentait le régime en Allemagne avant novembre [1918] ? En utilisant une formulation brève et concise de Trotski, on pourrait dire :

Jusqu’au 9 novembre, l’Allemagne était un pays sans traditions révolutionnaires. La bourgeoisie arriva trop tard pour concurrencer sérieusement les forces de la vieille société. Après une modeste expérience en 1848, elle a garanti à Bismarck aidé par l’armée prussienne l’unification de la patrie. Les junkers, des purs féodaux, ont été appelés pour régler les tâches de développement capitaliste et ont pris en main toutes les ressources de la société bourgeoise. Après la guerre de 1864-1866-1870, les féodaux des régions à l’est de l’Elbe sont passés de la selle prussienne sur la selle impériale (8). La bourgeoisie libérale n’a pas franchi les frontières de l’opposition « responsable », permettant aux junkers de mettre de l’ordre dans la société capitaliste et de disposer de ses forces militaires. Enfin, lorsque la bourgeoisie allemande a été confrontée à de nouveaux défis de nature mondiale par le développement capitaliste, elle a quand même donné à ceux qui étaient unis autour de la monarchie la possibilité de diriger une nation armée.

L’organisation militaire allemande était en pleine conformité avec le système de l’État allemand avant la révolution. Ensemble, ils formèrent une tour féodale sur les fondations capitalistes.

La révolution de novembre a radicalement changé les rôles des groupes sociaux dominants : La « tour féodale » a été politiquement détruite, le pouvoir direct a été transféré à la bourgeoisie dans son ensemble, la bourgeoisie libérale est passée d’une opposition « responsable » à l’exercice direct du pouvoir en tant que propriétaire, et l’ensemble des junkers, économiquement préservés, sont devenus l’opposition « responsable ». En Allemagne, un régime d’ample démocratie bourgeoise a été mis en place, s’appuyant directement ou indirectement sur les réformistes.

Le coup d’État fasciste ne modifie pas le rôle des classes ni la nature sociale du système. Il signifie seulement une concentration de la plénitude du pouvoir direct entre les mains d’une étroite couche dirigeante de la bourgeoisie industrielle et financière. La démocratie bourgeoise de l’Allemagne, qui ne pouvait être comparée dans son ampleur qu’à celle de la Nouvelle-Zélande ou de l’Australie, est impitoyablement brisée. Conformément aux objectifs nationaux et internationaux du fascisme, un régime de terreur blanche est en train d’être mis en place, par rapport auquel la politique réactionnaire de Bismarck – qui a imposé la loi sur les socialistes (9) expulsant 900 personnes des zones en état de siège et emprisonnant 1 500 pour une peine totale d’environ 1 000 ans (8 mois par personne) – apparaît comme un détail.

6.. La victoire du fascisme allemand marque la fin de l’ère du pacifisme démocratique d’après-guerre et est un coup dur, peut-être fatal, à la démocratie bourgeoise comme forme dominante du règne de la bourgeoise dans les pays décisifs du capitalisme.

La réaction terroriste – le fascisme – apparaît sur le premier plan de la scène historique, peut-être pour de longues années.

À la lumière des plus grands événements qui se déroulent en Allemagne, les communistes révolutionnaires sont obligés de réfléchir et de comprendre ce que cette transformation abrupte de l’histoire introduit dans les problèmes mondiaux les plus importants. Quel sera à court terme le sort du capitalisme et du mouvement communiste mondial ? Quelles sont les perspectives et les conditions de la révolution prolétarienne en Europe ? Quelles seront les perspectives pour l’URSS et en conséquence ses problèmes ? Quelles sont les tâches directes de l’organisation internationale des bolcheviks-léninistes ? Il faut répondre immédiatement à toutes ces questions, ne serait-ce que de manière schématique et générale.

7.. La contre-révolution de mars se fonde sur l’intersection et l’imbrication des facteurs objectifs suivants :

a) Le désir croissant des cercles dirigeants du capitalisme monopoliste, qui résulte de la restriction de la libre concurrence par les monopoles capitalistes, de renforcer la réaction et d’éliminer progressivement la démocratie bourgeoise ;

b) La volonté des classes dominantes de réagir en contrecarrant la montée révolutionnaire des masses produite par la crise historique de l’ensemble du système capitaliste et les soulèvements révolutionnaires qu’il a subis après la guerre ;

c) La fin du pacifisme démocratique et des illusions des masses vis-à-vis de la démocratie bourgeoise. La crise finale du bastion du réformisme mondial – de la social-démocratie allemande – en conséquence de l’arrêt de l’afflux des capitaux américains en Allemagne ;

d) L’énorme déception des masses allemandes vis-à-vis du régime du parlementarisme démocratique bourgeois qui, sous les coups de la crise économique mondiale, a ébranlé toute la vie économique nationale du pays et démontré l’impuissance du régime de Weimar à les sauver de la faim, de la pauvreté et de la destruction ;

e) L’abandon des communistes par les ouvriers organisés et par la petite-bourgeoisie travailleuse à la suite des résultats du « socialisme » stalinien et de l’impuissance de la direction opportuniste du Parti communiste allemand à prendre le pouvoir ;

f) La montée du chauvinisme de la petite-bourgeoisie, du lumpen-prolétariat et de certaines couches du prolétariat à cause des difficultés imposées par le traité de Versailles ;

g) L’impossibilité pour la bourgeoisie allemande de continuer à tenir le pouvoir entre ses mains par des méthodes et dans le cadre du système pourri de Weimar tout en maintenant les bases du traité de Versailles.

Tout cela a été la base de la puissante croissance du fascisme allemand, une croissance qui s’est terminée après presque huit mois de crise politique par un coup d’État.

L’alternative formulée dès 1922 par Trotski – le communisme ou le fascisme – est maintenant réalisée en Allemagne par la solution fasciste.

8.. Le fascisme allemand ne « pousse » pas dans la République de Weimar, ne se dissout pas en elle, ne s’adapte pas « au cadre et aux formes de la démocratie bourgeoise », mais il la démolit par un coup d’État, mené en alliance avec les junkers du parti « national » avec à sa tête le Président de la République.

La contre-révolution a programmé le coup décisif à la classe ouvrière au début de 1933, ce qui n’était pas accidentel. À la fin de l’année 1932, la vague de masse de la contre-révolution avait déjà atteint son paroxysme. Puis, les masses ont commencé à se détourner des fascistes avec la croissance continue de l’électorat communiste. Un nouveau retard dans la mise en œuvre de la situation contre-révolutionnaire menaçait de renforcer ce retrait des masses déçues par la lenteur du fascisme de la contre-révolution et de renforcer le processus de radicalisation qui avait commencé. Le régime allemand de Weimar ne pouvait pas opposer des obstacles décisifs à ce processus. Comme l’expérience de 1932 l’a montré, le seul obstacle sérieux auquel le prolétariat et la petite-bourgeoisie qui le suivait seraient confrontés dans leur propre tentative de renverser l’État de Weimar ne pouvait être que la stupidité (ou l’opportunisme) de la direction communiste. Le choix pour les sommets de l’impérialisme allemand était alors : soit un coup d’État contre-révolutionnaire, au moment le plus favorable pour eux au cours de ces 14 dernières années, soit le risque de laisser passer cette chance et d’être confronté dans un ou deux ans, sinon plus tôt, à une nouvelle année 1923 (10). Telle était la question à la fin 1932.

Cette situation a unifié les cercles dirigeants du capitalisme monopoliste en Allemagne autour de la réalisation immédiate de sa tâche : le coup décisif porté à la classe ouvrière et à la « révolution inachevée » du 9 novembre 1918.

Seuls les aveugles ou ceux qui ne voulaient pas regarder pouvaient ne pas saisir cette situation, d’une clarté exceptionnelle. Une telle situation dictait impérativement aux communistes des préparatifs généraux énergiques et rapides pour empêcher le coup d’État et rattraper leur retard des années précédentes, c’est-à-dire immédiatement : créer un front unique ouvrier antifasciste, préparer tout de suite une grève générale, armer les ouvriers, déclarer largement leur disponibilité et leur détermination de repousser les premières tentatives de coup contre-révolutionnaire par tous les moyens et de toutes leurs forces.

9.. Les forces motrices derrière la contre-révolution de mars sont les cercles les plus réactionnaires et chauvins du capitalisme monopoliste allemand, de l’impérialisme allemand qui, à travers son parti fasciste, a fait de la petite-bourgeoisie et des travailleurs déclassés son pilier social. Ce conglomérat social est uni par la haine de la République de Weimar et du communisme, par la haine des partis qui ont dirigé l’Allemagne de Weimar et fait la paix à Versailles, par le désir de briser les chaînes de Versailles et de ressusciter un « empire allemand » puissant.

Le Parti des nationalistes (parti des grands propriétaires terriens et seulement au second plan des grands industriels) et le Parti des nationaux-socialistes (parti des grands industriels principalement, sinon principalement, en termes de buts et objectifs, mais pas en termes de composition sociale) sont unis par un programme spécifique d’exploitation du prolétariat et d’agression extérieure, de création d’un empire puissant qui se débarrasserait des chaînes de Versailles ne serait-ce que sur le dos de l’URSS. Ils se divisent surtout sur la question de la forme du futur État. Les nationaux-socialistes cherchent à établir une dictature de leur parti selon le modèle italien, pour établir une domination politique du capital industriel ; les nationalistes cherchent à restaurer la monarchie ou à créer une république conservatrice et, dans les deux cas, rétablir le rôle politique d’avant-guerre des grands domaines.

Malgré toutes les divergences politiques entre les deux partis, et même lorsque ces divergences sont aiguës, il faut garder à l’esprit leurs affinités sociales et génétiques exceptionnelles. Le NSDAP (Parti ouvrier national-socialiste allemand) n’a pas scissionné, mais fut issu du seul parti national d’autrefois. Son programme a pour but de s’emparer de la petite-bourgeoisie et des ouvriers déclassés, d’orienter leur mécontentement dans un sens réactionnaire, pour faire d’eux un instrument des magnats du capital financier.

Ce programme « radical », pris au pied de la lettre, a même conduit certains opposants à une évaluation erronée du fascisme en tant que mouvement de gauche radical, ce qui a été à l’origine des pires erreurs théoriques et tactiques dans la situation allemande.

La petite-bourgeoisie et les ouvriers déclassés attendent du coup réalisé avec leurs mains des rivières de lait et de miel. Ils placent en lui leurs espoirs pour un avenir meilleur. Ils croient en lui. Comme à l’époque de la brume militaro-patriotique de 1914-1915, ils sont prêts à mourir pour cet avenir. Bien sûr, après le coup d’État, ils seront progressivement déçus par le fascisme. Mais lorsque le gouvernement fasciste sera renforcé, la petite-bourgeoisie évoluant vers la gauche sera freinée pendant un certain temps par un nouvel appareil d’État, qui dispose de moyens incomparablement plus puissants que celui de Weimar pour réprimer les masses. Il sera alors difficile à cette petite-bourgeoisie de nouer un lien actif avec le prolétariat révolutionnaire.

10.. Déterminer avec précision l’équilibre actuel des forces de classe en Allemagne est difficile. Le coup d’État est toujours en cours et donc le rapport des forces change d’heure en heure. Une chose est certaine. Une classe ouvrière désorientée et divisée s’est opposé avant le coup, et continue à s’opposer, au front uni de la réaction enragée. Les groupes nationalistes ont été forcés – par le nombre et la conscience du prolétariat allemand – à se préparer à un coup d’État pendant 14 ans. La facilité avec laquelle ils ont réussi à infliger leurs premiers coups, habituellement décisifs dans de tels cas, est due en grande partie à la désorientation du prolétariat allemand ces dernières années, surtout au moment le plus crucial de la lutte. Écartelé entre trois secteurs – social-démocrate, communiste et « chrétien » – il n’était unifié par personne, personne n’a essayé de le rassembler pour lutter, même face au coup d’État fasciste. Aucun de ces détachements n’a tenté d’empêcher un coup d’État contre-révolutionnaire. En conséquence, la contre-révolution n’a pas encore rencontré une résistance unie ni même partielle des travailleurs.

Bien sûr, de la part des partis antifascistes (ou non fascistes) « de Weimar », purement bourgeois – le centre catholique et le Parti allemand d’État (ancien Parti démocrate) – on ne pouvait pas s’attendre à une résistance physique au fascisme. Après tout, même un coup d’État fasciste classique, purement hitlérien, n’est pas une atteinte à la propriété privée des magnats de l’industrie lourde, des catholiques ou de la bourgeoisie commerciale démocratique. La crainte des expériences capitalistes-étatistes du nouveau régime et la menace d’être longtemps effacé du contrôle direct du pays ne pouvaient et ne peuvent servir d’incitation à combattre le nouveau gouvernement sous une forme ou une méthode autre que le vote parlementaire et les articles d’opposition dans la presse, et surtout lorsque ces partis ne sont pas directement aux commandes du gouvernement.

Il faut utiliser l’opposition de ces partis et des travailleurs sous leur influence, c’est-à-dire des travailleurs orientés démocratiquement, comme ceux des syndicats chrétiens et des syndicats Hirsch-Duncker (11), pour les arracher à ces partis. Afin de s’opposer activement au fascisme, les communistes ne pouvaient agir qu’en avançant le mot d’ordre d’un front unique ouvrier antifasciste avec ces travailleurs. Mais ça n’a pas été fait. Plus que cela. Du fait de l’inaction et de la passivité totale des dirigeants communistes avant la nomination d’Hitler au poste de chancelier du Reich, au moment de sa nomination (30 janvier 1933) et après sa nomination, et même au moment du coup d’État lui-même, toute cette force importante de travailleurs à l’esprit démocratique n’a pas été mise en marche. Ils sont restés sous la pleine influence du Centre et du Parti allemand d’État, c’est-à-dire témoins passifs du coup.

Le Centre et le Parti allemand d’État, ce sont des partis de la bourgeoisie libérale. Ils sont antifascistes dans la mesure où la démocratie bourgeoise s’oppose à une autre forme d’État bourgeois – le fascisme. Mais le régime d’ample démocratie bourgeoise a été conquis par les mains des ouvriers, non par la bourgeoisie, et, par conséquent, sa liquidation fasciste pourrait être empêchée non par la bourgeoisie, même si elle est libérale, mais seulement par les ouvriers pour qui elle est un tremplin pour la lutte pour leurs besoins quotidiens et pour l’établissement de leur dictature.

Le centre ne vote pas pour le fascisme. Mais s’il s’avère que le résultat immédiat du coup d’État n’est pas le régime fasciste classique, mais un État semi-fasciste, quelque peu atténué pour ainsi dire, le centre le soutiendra sans aucun doute directement, comme il a soutenu autrefois la monarchie de Wilhelm.

Du côté du principal détachement contre-révolutionnaire, c’est-à-dire national-socialiste, on trouve : une partie de l’appareil d’État central (dont une partie voire toute la police), un réseau en expansion rapide d’appareils locaux et des Landtage, des autorités municipales et communales que les nationaux-socialistes saisissent par des coups de force locaux, des centaines de milliers de soldats, une masse de petits-bourgeois, de fonctionnaires, d’employés et d’ouvriers arriérés. Ils disposent de facteurs qui un très grand rôle dans le rapport des forces entre les classes : la détermination et la cruauté, l’enthousiasme et la volonté de passer à l’attaque.

Le détachement contre-révolutionnaire nationaliste peut compter pour sa part sur : la partie décisive de l’appareil d’État, les cent mille soldats de la Reichswer, une partie de la police et de la gendarmerie, environ deux cent mille paramilitaires « Stahlhelm » (12), l’essentiel des généraux et des officiers de l’empire, la noblesse et les grands propriétaires terriens.

En cas de conflit ou de crise avec les nationaux-socialistes en ce qui concerne le choix de la forme du gouvernement, la Reichswer pourrait se diviser sérieusement, mais les nationalistes pourraient compter sur les sociaux-démocrates, qui préféreront la monarchie ou une république semi-fasciste en tant que « moindre mal », comparé au régime totalement fasciste. N’étant pas sous le feu direct de la critique communiste, les dirigeants sociaux-démocrates vont sans doute tenter d’échapper à la catastrophe en mettant sur la balance en faveur de Hindenburg (13) toute la base de masse qui leur reste, dès que (et si) il s’avère que ce dernier se différencie d’Hitler.

Il n’est guère possible aujourd’hui de préciser avec une certitude catégorique les formes sous lesquelles le coup d’État se cristallisera à l’étape suivante, sera-t-il conservateur contre Weimar ou tout de suite fasciste achevé, car il n’est pas suffisamment clair à ce stade lequel des partenaires dispose dans ce bloc de l’hégémonie réelle.

Bien entendu, les deux variantes de développement possible à court terme sont tout aussi dangereuses pour la classe ouvrière, elles portent les mêmes calamités et le même régime de terreur.

Des frictions internes et une lutte accrues entre les alliés sont inévitables. Cette lutte peut même parfois prendre des formes très aiguës, car les contradictions au sein de la classe, entre le capital agraire et industriel, et les contradictions entre les aspirations de la petite-bourgeoisie et les tâches de l’oligarchie financière vont apparaître peut-être sous des formes très inattendues. Mais un éclatement du bloc avant le renforcement du nouveau régime, à la suite d’une explosion de ses contradictions internes, est peu probable, les buts et objectifs des deux partenaires sont trop étroitement alignés. Le prolétariat, donc le Parti communiste, devait et pouvait – et peut encore –utiliser les contradictions dans le camp de la bourgeoisie dans son ensemble entre sa partie fasciste et libérale-démocrate non fasciste. Mais au sein du Front de Harzburg (14) les contradictions sont très minimes de ce point de vue. Bien entendu, cela ne signifie pas que le prolétariat ne doit pas suivre avec vigilance tous les hauts et les bas de cette lutte et qu’il ne doit pas l’utiliser à son avantage.

L’itinéraire concret de la contre-révolution n’exclut pas la possibilité que, déjà dans le processus du coup d’État, les nazis vont submerger les nationalistes, les repoussant finalement au second plan. Mais il est également possible que le transfert du plein pouvoir aux fascistes se fasse avec un coup d’État supplémentaire, relativement pacifique, ou – ce qui est le plus probable – la fusion des deux partis en un seul avec l’érosion du centre et des vestiges des autres partis bourgeois. Peu importe si cela passe ou non par une phase de coalition avec ces vestiges.

Notes

1. Aux élections du 5 mars, les nationaux-socialistes (le NSDAP de Hitler) a obtenu la majorité au Reichstag. Puis une « loi pour l’uniformisation des Länder avec le Reich » (Gesetz zur Gleichschaltung der Länder mit dem Reich) a été adoptée, dissolvant les parlements régionaux (Landtag) dont la nouvelle composition a été déterminée par les résultats des élections générales du 7 mars, permettant ainsi aux nazis de remplacer les élus régionaux.

2. Le Traité de Versailles, signé le 28 juin 1919 par les puissances victorieuses de la Pemière Guerre mondiale et imposé aux États vaincus, a établi une charte pour la Société des Nations et les conditions de la paix en Europe, déclarant l’Allemagne et ses alliés seuls responsables des dommages de guerre. L’Allemagne doit payer 132 milliards de marks-or, perd la propriété de tous ses brevets, doit admettre sans droits de douane les marchandises provenant des territoires devenus français ou polonais et livrer aux alliés des produits et du matériel. Ces conditions étant irréalisables, dès 1924 un plan Dawes permet de rééchelonner le paiement des annuités, puis s’avérant aussi irréalisable, il est remplacé en juin 1929 par un plan Young, qui cesse d’être appliqué dès que les effets de la crise de 1929 se font sentir en Allemagne. En juin 1931 le président étatsunien, Herbert Hoover, propose la suspension des dettes intergouvernementales et, dans la foulée, la France décide d’interrompre ses propres remboursements aux États-Unis, si l’Allemagne interrompt les siens.

3. L. D. Trotsky, Europe et Amérique (cf. : https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/europeameric/lt19260225.htm), est une brochure publiée à Moscou en 1926 analysant le rôle des États-Unis dans la capitalisme mondial, contenant deux rapports, de juillet 1924 et de février 1926. Voir en particulier le chapitre « Impérialisme américain et la social-démocratie européenne » (https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/europeameric/eur1.htm)

4. Cf. note 2.

5. Heinrich Brüning (1885-1970), membre du parti Centre (Zentrum) a été chancelier du 30 mars 1930 au 30 mai 1932, nommé par le Président Hindenburg à la tête de deux gouvernements successifs. Son gouvernement a employé des décrets d’urgence pour contourner le Parlement. Il avait remplacé Hermann Müller (1876-1931), membre du SPD, chancelier depuis juin 1928.

6. En mars 1932 le KPD vote en commun avec le NSDAP une motion de censure contre le gouvernement social-démocrate de Prusse, puis toujours avec le NSDAP une motion provoquant la dissolution du Parlement allemand en juillet 1932. En novembre 1932 il organise avec le NSDAP une grève des tramways à Berlin. Le tout au nom de la lutte contre le « social-fascisme », c’est-à-dire la social-démocratie, « ennemi principal ».

7. La révolution allemande commence en octobre 1918 par des mutineries, la formation des conseils de soldats puis des conseils ouvriers. Le 9 novembre 1918 le soulèvement à Berlin oblige l’empereur Guillaume II à démissionner et, pour tenter de stopper la révolution, la république est proclamée d’urgence par le social-démocrate Philipp Scheidemann, qui soutenait le gouvernement impérial et était secrétaire d’État sans portefeuille dans le cabinet du prince Max de Bade. Scheidemann siégera ensuite au Conseil des commissaires du peuple présidé par Friedrich Ebert, qui réprimera l’insurrection spartakiste en janvier 1919 et fera assassiner Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg le 15 janvier.

8. Au cours des années 1864-1870, la Prusse mène une série de guerres réussies contre le Danemark, l’Autriche et la France, qui aboutiront à la proclamation de l’Empire allemand par Guillaume Ier de Prusse le 18 janvier 1871.

9. Il s’agit de la « loi contre les aspirations néfastes et dangereuses de la social-démocratie » adoptée par la majorité du Reichstag le 19 octobre 1878. Étendue, elle restera en vigueur jusqu’au 30 septembre 1890.

10. En 1923, une nouvelle montée révolutionnaire a eu lieu en Allemagne après l’invasion de la Ruhr par l’armée française pour saisir la production au titre des réparations de guerre. Des conseils ouvriers se multiplient, des grèves régionales éclatent, en Saxe et en Thuringe le KPD forme des gouvernements avec les sociaux-démocrates de gauche. L’armée est envoyée vers la Saxe pour l’abattre. Une grève générale est préparée en soutien à la Saxe ouvrière, mais les sociaux-démocrates s’y opposent et la direction du KPD n’ose pas la lancer seule… L’insurrection préparée en même temps est finalement été annulée, sauf à Hambourg où l’information n’arrive pas à temps et où le soulèvement est écrasé par la troupe. Le KPD sera interdit, mais l’interdiction est levée en mars 1924. « L’Octobre allemand » est un échec.

11. Il s’agit de syndicats dont l’idéologie visait à une coopération entre employeurs et employés en vue d’un équilibre des intérêts garanti par la loi, fondés en 1868 pour rivaliser avec les syndicats socialistes et chrétiens. Leurs statuts ont été rédigés par Franz G. Duncker (1822-1888), éditeur et président d’une association d’artisans berlinois, qui a fondé ces syndicats avec Max Hirsch (1832-1905), également éditeur, membre du Parti progressiste libéral. D’où le nom Hirsch-Duncker donné à cette Association des syndicats allemands.

12. « Stahlhelm, Bund der Frontsoldaten » (Casques d’acier, Ligue des soldats du front) était une organisation paramilitaire d’extrême droite, issue des corps francs envoyés écraser la révolution de 1918. En 1933, Hitler a autorisé le maintien de cette organisation, finalement dissoute en 1935 lorsque les plus jeunes ont été intégrés dans le corps de réserve des SA. Un de ses fondateurs était ministre du travail sous Hitler.

13. Paul von Hindenburg (1947-1934) a été chef d’état-major de 1916 à 1919, puis président du Reich en 1925 jusqu’à sa mort. Il a nommé Hitler chancelier le 30 janvier 1933.

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