Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Notes de lectures

N° 558-559 février-mars 2010 *

HISTOIRE

Les Jeunesses socialistes après la guerre

Cf. aussi : [Histoire] [Jean-Michel Krivine]

Jean-Michel Krivine

Jean-Jacques Ayme, Jeunesses socialistes 1944-1948, Les éditions Amalthée, Nantes 2009, 23,50 euro

Un livre de plus de 500 pages vient de sortir sur les Jeunesses socialistes — 1944-1948 . Rédigé par un universitaire, Jean-Jacques Ayme, il s’agit de sa thèse soutenue en 1981 à Grenoble et qui avait déjà donné lieu à un article paru en décembre 1983 dans les Cahiers Léon Trotsky (n° 16). Indiscutablement cet article était plus facile à lire pour un lecteur non universitaire que le gros livre qui multiplie les personnages, les dates, les citations et les petites notes à retrouver en fin d’ouvrage…

Cela dit, l’auteur avait présenté son livre le 14 novembre au CermtriI de façon tout à fait passionnante et cela vaut vraiment le coup de se le procurer. J’en parle avec beaucoup d’intérêt car en octobre 1946, à l’âge de 14 ans, je rejoignais les JS avec mon frère aîné.

J.-J. Ayme trace avec beaucoup de précision l’évolution de cette organisation qui était au départ (en 1944-1945) aux ordres de la SFIO, dont les dirigeants contrôlaient notamment le journal Jeunesse, sorti en octobre 1944. Mais un véritable drame se joua pour le PS entre 1944 et 1947, quand eurent lieu les quatre premiers congrès des JS. Dès le deuxième (à Perpignan, en avril 1946), le Parti socialiste était critiqué pour sa mollesse et son réformisme et la direction des JS était chamboulée avec l’arrivée de plusieurs « gauchistes ».

Ensuite, les critiques envers le PS deviennent de plus en plus violentes alors que le titre du journal est modifié : Jeunesse devient Le drapeau rouge, organe de combat des Jeunesses socialistes, tout un symbole… La nouvelle direction était très influencée par le programme de la IVe Internationale, d’autant que le leader le plus charismatique des JS, André Dunoyer, l’avait rejointe. Il s’agissait en fait d’André Essel, le futur fondateur de la Fnac, qui raconte cette période avec beaucoup de verve et d’honnêteté dans son livre paru en 1985 chez Stock Je voulais changer le monde.

J.-J. Ayme décrit fort bien la manifestation du 1er mai 1947 où les JS distribuaient les tracts des grévistes de Renault et s’étaient fait casser la figure par les jeunes staliniens de l’UJRF, car il fallait « produire d’abord et revendiquer ensuite »… Je me souviens également du défilé du 1er juin 1947 en hommage à la Commune, bien raconté, nous étions alignés près du cimetière du Père-Lachaise, en tenue JS (chemise bleue et cravate rouge) et, quand les grands chefs socialistes sont passés devant nous, nous nous mîmes à hurler : « Ramadier (président du Conseil) démission ! Moutet (ministre des colonies) exclusion ! ».

Peu après, le Bureau national des JS est dissous. Nous obtiendrons alors le soutien d’un courant de gauche du PS, l’Action Socialiste et Révolutionnaire (ASR), où se rendront les anciens JS en mars 1948 alors qu’apparaît une autre organisation, le Rassemblement Démocratique Révolutionnaire (RDR), lancée par Jean-Paul Sartre et David Rousset, mais malheureusement elle ne devait durer que quelques mois…

L’auteur conclut en donnant son avis sur le rôle des trotskistes dans l’aventure des JS : sans nier l’influence qu’ont pu avoir quelques militants, comme Dunoyer, il demande de ne pas parler de « noyautage » car la plupart des dirigeants n’étaient pas trotskistes mais voulaient pour les jeunes d’autres perspectives que le collage d’affiches électorales et l’organisation des loisirs… ■

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