1948 : la Nakba

par Daniel Liebmann Diallo
Déportation des femmes et des enfants de Tantura, de Fureidis à Tulkarm, trois semaines après la prise de contrôle israélienne. (Archives de l’État d’Israël, collection Benno Rothenberg)

L’article qui suit a initialement été publié dans La Gauche en 1998, pour les 50 ans de la Nakba, la catastrophe, l’épuration ethnique de la Palestine.  Le peuple palestinien vit aujourd’hui ce que de nombreux commentateurs considèrent comme une deuxième Nakba : la destruction de la bande de Gaza avec vraisemblablement le projet de la vider de ses habitant·es ou tout au moins de pousser celles et ceux qui vivaient au centre et au nord de ce territoire vers le sud. La crainte existe d’une expulsion totale des Palestinien·nes de Gaza, le « transfert » des Gazaoui·es vers l’Égypte. Quoiqu’il en soit, un million de personnes sont déjà déplacées de force à la suite de la destruction systématique des agglomérations et des infrastructures palestiniennes de Gaza. À une moindre échelle, mais significativement, la violence redoublée des colons israéliens et de leur armée en Cisjordanie vient renforcer l’hypothèse d’un plan visant à un nouveau nettoyage ethnique de la Palestine. Un plan semblable, le Plan Daleth, avait déjà été conçu et en grande partie exécuté lors de la Nakba de 1947-49.

Il faut lire et entendre les témoignages palestiniens de ce nouvel exode pour cerner la réalité vécue de cette nouvelle Nakba. Nous reproduisons ici des extraits celui de Maram Humaid, journaliste palestinienne d’Al Jazeera à Gaza :

Mes sentiments étaient différents des autres évacuations, comme si ce n’était pas un départ temporaire mais un exil permanent. […] D’innombrables questions se bousculaient dans ma tête : allions-nous pouvoir un jour rentrer chez nous ? Nos foyers allaient-ils être détruits ? […] Des gens chargés de bagages s’étaient installés aux carrefours en quête d’un moyen de transport, certains marchaient ou voyageaient sur des camions. Les maisons et les rues que nous traversions portaient les stigmates des frappes dévastatrices d’Israël. […] Le spectacle le long du chemin était à la fois impressionnant et bouleversant. Des familles, des enfants, des hommes marchaient avec leurs bagages le long de la route. Une procession apparemment ininterrompue de véhicules, surchargés de bagages et de passagers, avançait péniblement. Les toits des véhicules étaient recouverts de piles de couvertures et de matelas. […] Mon grand-père faisait partie des personnes déplacées lors de la Nakba de 1948. Il est mort en 2002 sans avoir pu réaliser son rêve : retourner dans son village d’Isdoud – rebaptisé Ashdod par Israël.  Et voilà qu’en 2023 ce sont ses petits enfants qui sont déplacés et expulsés. […] Nous sommes devenus des réfugiés sur notre propre terre. […] J’entends les grondements d’une nouvelle frappe aérienne et je ne peux m’empêcher de dire à ma mère : « L’Histoire se répète ».

 

Le 14 mai l948, le mouvement sioniste, soutenu par les grandes puissances, proclamait la naissance de l’État à Israël. Officiellement désigné comme la « déclaration d’indépendance » d’Israël, cet événement allait au contraire donner une forme radicalement neuve à la dépendance des peuples de Palestine, et du Moyen-Orient en général, vis-à-vis des intérêts stratégiques de l’impérialisme et de l’Union soviétique.

Loin de « libérer » les survivants du génocide nazi, la création de l’État d’Israël allait faire payer le prix de la destruction des juifs d’Europe à un autre peuple, le peuple palestinien, qui désigne cet anniversaire comme celui de la « Nakba », la catastrophe.

En 1897, le premier Congrès sioniste mondial consacrait la doctrine de son dirigeant Theodor Herzl : dispersé de par le monde et victime d’un antisémitisme grandissant, le peuple juif devait « retourner »1 sur sa terre ancestrale, la Palestine, pour y créer un État juif qui allait le transformer en une « nation comme les autres ».

Longtemps minoritaire dans les communautés juives, le mouvement sioniste allait convertir le gouvernement britannique à sa cause. Celui-ci avait reçu un « mandat » sur la Palestine lors du dépeçage de l’Empire ottoman, après la Première Guerre mondiale.

En 1917 déjà (déclaration de Balfour), la Grande-Bretagne promettait à Lord Rotschild, représentant de la bourgeoisie juive britannique, la création d’un foyer national juif en Palestine. Étant clairement entendu, précise non sans candeur Lord Balfour, que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte aux droits civils et religieux des collectivités non Juives. Car ni le gouvernement de Sa Gracieuse Majesté ni les dirigeants sionistes n’ignorent que, loin d’être un désert, la Palestine est peuplée arabes palestiniens (90 % de la population en 1917). Comme l’écrira Arthur Koestler, une nation a solennellement promis à une seconde le territoire d’une troisième.

Dès lors, les mouvements sionistes entament la colonisation de la Palestine. Grâce à l’administration britannique, la communauté juive de Palestine, dite Yichouv, devient un État dans l’État.

Les chiffres ne sauraient mentir : de 1922 à la fin de 1946, le nombre de juifs grimpe de 84 000 à 608 000, c’est-à-dire d’un dixième à un tiers de la population totale ; la superficie possédée par les juifs s’étend, entre 1897 et 1947, de 20 000 à 180 000 hectares, soit 7 % des terres sur lesquelles les colonies juives, dont le nombre a crû de 27 à 300, produisent 28 % du produit agricole de la Palestine ; quant à la production industrielle du Yichouv, elle explose littéralement de l’indice 100 en 1920-1922 à l’indice 1029 en 1937-1938, pour doubler encore jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale ; le revenu moyen juif atteint alors le double du revenu moyen arabe.

La branche « socialiste » du mouvement sioniste, s’inspirant des thèses pseudo-marxistes de Ber Borochov, réussit à faire appliquer la doctrine du « travail juif » qui consiste tout simplement à exclure les Palestiniens du travail industriel.

Résultat, sous la plume d’Émile Vandervelde qui visite la Palestine en 1929 : « Il n’y a que des ouvriers juifs, sauf à l’usine Nesher, où malgré les protestations de la Histadrouth, l’on a embauché quelques arabes pour les gros travaux de l’extérieur ». La Histadrouth n’est autre que le syndicat unique des travailleurs juifs du Yichouv, qui deviendra le syndicat d’État en Israël. Cette politique – interdiction de syndicalisation pour les travailleurs arabes et travail exclusivement réservé aux travailleurs juifs – constitue un frein puissant à la prolétarisation des paysans arabes de Palestine et donc, logiquement, à l’émergence d’un mouvement ouvrier significatif. La prise de conscience nationale, face à l’extension des colonies juives et à la menace de création d’un État ethnique dont elle sera exclue, jette la population palestinienne dans les bras d’un mouvement national dominé par les féodaux. La révolte arabe atteindra son apogée avec la grève générale de 1936-1939.

Selon Ilan Halevi, c’est l’ambition sioniste d’édifier en Palestine une « pyramide renversé »2 , de modifier radicalement la structure sociale, qui donne à l’entreprise colonisatrice sa cohésion et son autonomie. C’est elle qui rend inefficaces et condamne à l’échec les réactions palestiniennes et arabes de l’époque du Mandat. La société palestinienne, qui perçoit à des rythmes divers, selon les couches sociales, la réalité d’une menace sioniste, n’en comprend pas les ressorts internes : soit qu’elle dénonce, à la façon des notables et des grands propriétaires, « les juifs », conduisant alors à la confessionnalisation et poussant les juifs palestiniens dans les bras des sionistes ; soit qu’elle dénonce globalement l’impérialisme britannique, éludant l’analyse de la dynamique propre du mouvement sioniste à la façon des révolutionnaires de 36-39 ou des communistes palestiniens, juifs et arabes, de la même époque.

L’inadéquation des réponses trouve une tragique illustration avec la grève générale de la population arabe de Palestine en 1936. Alors qu’une grève similaire en Syrie, la même année, avait forcé le pouvoir mandataire français à reculer et à concéder au mouvement national la promesse d’un processus menant à l’indépendance, la grève en Palestine n’a eu qu’un seul effet pratique : la prise en main définitive de l’économie mandataire par la main-d’œuvre juive organisée, l’auto-exclusion des travailleurs arabes du marché de l’emploi, ou s’engouffrent les nouveaux immigrants.

L’accent mis sur le rôle des masses dans le mouvement sioniste permet de relativiser l’imagerie antisioniste qui fait des colons les simples instruments du capital financier international dans son système de domination des peuples arabes.

Parce qu’inspiré d’une vision de classe, dérivée en « socialisme national », la stratégie du mouvement ouvrier sioniste aura ainsi réussi là où tous les autres mouvements de colonisation auront échoué : par l’exclusion radicale du travail du peuple colonisé, il retirait à celui-ci une arme déterminante dans sa lutte de libération. Aujourd’hui encore, les grèves générales palestiniennes ne sont que des actions symboliques : elles n’affectent pas l’économie de l’occupant.

L’émir Abdallah, roi de Transjordanie (future Jordanie) pèsera lourdement sur les notables palestiniens pour mettre fin à la révolte, tout en prenant avec la direction sioniste des dispositions secrètes sur le partage de la Palestine : non pas un État juif et un État arabe (palestinien) mais l’annexion au royaume hachémite de ce que l’État juif n’aura pas conquis.

Cet arrangement sera finalement mis en pratique, après la guerre de 1947-1949, et prévaudra sur le plan de partage des Nations unies. La direction palestinienne s’était trompée sur les intentions de son « allié arabe » : ce ne sera pas la dernière fois…

L’expulsion

Les sionistes ne pouvaient se contenter de gagner la bataille sur le seul plan diplomatique. Pour établir un État juif en Palestine, il fallait aussi y constituer une majorité démographique.

Après la Seconde Guerre mondiale, pendant laquelle la direction sioniste a joué un rôle criminellement passif face au génocide, des centaines de milliers de survivants se retrouvent dans des camps pour « personnes déplacées » sans qu’aucune politique ne soit mise en place pour les accueillir. Un grand nombre d’entre eux rêvent des États-Unis, mais ceux-ci instaurent une politique de visas très stricte et les refoulent.

La Palestine est bien souvent pour eux la seule issue et les sionistes organisent leur « Aliya », terme hébreu signifiant « montée en Israël ». Selon l’historien israélien Éli Barnavi ; « pour la première fois dans l’histoire du mouvement, l’adhésion des masses juives à travers le monde est pleine et entière, de même que la sympathie de l’opinion mondiale. […] Pour choquant que cela puisse paraître, Hitler a certainement été le levier le plus puissant dans l’édification de l’État juif, mais la présence arabe constituait un obstacle de taille. »

En 1947, la Palestine est peuplée de 1,3 million d’arabes et 0,65 million de juifs. Pendant la guerre de 48-49, environ 800 000 Palestiniens sont expulsés. Expulsés ? Selon l’histoire israélienne officielle, il n’en est rien. Ils auraient fui, du fait de la conjonction de deux phénomènes : d’une par les massacres « exceptionnels » perpétrés par l’extrême droite sioniste (dirigée par Menahem Begin et Yitzhak Shamir) comme à Deir Yassine, quoique dénoncés par les establishment travailliste, auraient créé un vent de panique « spontané » dans d’autres villages, dont les habitants auraient fui sans y être directement contraints ; d’autre part, les pays arabes auraient lancé des appels via la radio pour que les gens quittent provisoirement leurs villages, pour y revenir une fois la victoire militaire assurée.

Les « nouveaux historiens »3 israéliens ont fait un sort à cette mythologie de l’histoire officielle d’Israël : il n’y a jamais eu d’appel des pays arabes aux Palestiniens à quitter le territoire, bien au contraire… Les Palestiniens qui avaient fui ont été appelés à retourner chez eux, mais Israël s’y est toujours opposé. La lecture de l’histoire officielle israélienne heurte de front la mémoire palestinienne. Quand près d’un million de personnes ont vécu un événement, en l’occurrence l’expulsion de leur terre natale, il est difficile de le leur faire oublier. Mais jamais les réfugiés ni les historiens palestiniens n’ont été entendus en Israël, et leur parole est entachée de suspicion dans l’opinion internationale. Au mieux considère-t-on qu’il y a « deux versions » de l’histoire, qu’il y a « débat ». Pourtant, sur le plan des faits, les questions sont tranchées depuis longtemps.

Des expulsions massives ont été organisées par l’armée israélienne régulière. Aucune organisation palestinienne ni aucun État arabe n’a jamais appelé les arabes de Palestine à quitter leurs terres. Quant à l’idée du « transfert », elle est consubstantielle du sionisme politique dès l’origine, de même que le projet de cacher la réalité de cette mesure indispensable à l’établissement d’un État juif : « Le processus d’expropriation et de déplacement des pauvres doit être mené discrètement et avec circonspection » note déjà Theodor Herzl dans son journal, en date du 12 juin 1895.

En 1948, aucun doute n’est possible sur les intentions de l’armée israélienne, même dans le chef de la « gauche » sioniste la plus encline à croire au caractère humaniste du projet sioniste. Dans un mémorandum adressé au comité central du Mapam (gauche travailliste) à Aharon Cohen, qui en est un des représentants, écrit le 10 mai 1948 : « il y a tout lieu de croire que ce qui est actuellement fait est accompli pour servir certains objectifs politiques, et non pas à partir de nécessités militaires, comme on l’entend quelquefois proclamer ».

En fait, c’est le « transfert » des arabes hors des frontières de l’État juif qui est mis en œuvre, et l’évacuation et la destruction des villages arabes, plus de 400, sont destinés à répondre aux besoins engendrés par la nouvelle immigration juive. L’enjeu du « débat » ne porte pas sur les faits qui sont difficilement discutables, il porte plutôt sur la reconnaissance par Israël de l’injustice fondamentale sur laquelle il fonde son existence.

En ce sens, le débat historique atteint une autre dimension en Israël : reconnaître l’expulsion, ce serait reconnaître la légitimité du mouvement national palestinien non pas comme un ennemi atavique (« ils ont toujours refusé notre droit à l’existence » pleurnichent les sionistes dans leur attitude de « blaming the victim’s ») mais comme le processus qui fait des opprimés les sujets de leur propre histoire, d’une histoire dont la suite pourrait désormais s’écrire à deux, dans la paix et la justice.

Cette perspective était devenue palpable après la première intifada (1987-1993), pendant laquelle le peuple palestinien avait consciemment choisi de combiner le soulèvement et la main tendue, acceptant de facto le compromis historique.

C’est cette première Intifada qui est directement à l’origine des accords d’Oslo (septembre 1993) qui se sont très rapidement avérés un marché de dupes pour le peuple palestinien. C’est en effet à dater de la signature de ces accords que la colonisation des territoires occupés s’est accélérée (200 000 colons en 1993, 450 000 aujourd’hui) : décidément l’histoire niée se prolonge. 

« En été 1948, en l’espace de quelques heures, mes parents, comme des centaines de milliers de Palestiniens, ont tout perdu. Mon père me racontait qu’il était au collège quand ils ont appris que les Israéliens massacraient les gens dans les villages voisins. Sa famille et tous leurs voisins ont fui vers Gaza. Comme beaucoup de jeunes, j’ai longtemps reproché à mon père de ne pas être resté à se battre, et puis j’ai lu les récits des « nouveaux historiens israéliens », et j’ai compris que les Palestiniens, avec leurs mauvais fusils, n’avaient aucune chance. Rester aurait été suicidaire, et il fallait survivre pour préserver l’avenir.

Au début, nous habitions dans des tentes laissées par l’armée anglaise. En 1949, l’UNRA nous en a fourni des meilleures. Plus tard, nous avons construit de petites maisons. Mon père, qui n’avait jamais travaillé de ses mains, est devenu ouvrier dans le bâtiment. Il s’est épuisé pour que nous fassions des études. Jusqu’à aujourd’hui il nous parle de sa vie d’autrefois… »

Témoignage de Gaza, extrait du livre Le parfum de notre terre, Kenizé Mourad (Robert Laffont, 2003)

 

  • 1Les principales réalisations de ce congrès furent la formulation de la plateforme sioniste connue sous le nom de programme de Bâle et la création de l’Organisation sioniste mondiale. Le programme disait « le sionisme recherche pour le peuple juif un foyer juif sûr et reconnu en Palestine ». Cette phrase exprimait clairement le sionisme politique de Herzl. Herzl fut élu président de l’Organisation sioniste. Dans son journal intime, il écrivit « si je devais résumer le congrès de Bâle en un mot — que je me garderai de prononcer publiquement – je dirais ceci : à Bâle, j’ai fondé l’État juif. »
  • 2On doit ce concept à Dov Ber Borochov, sioniste de gauche né en Russie en 1881. Lors de la proposition du projet Ouganda, Borochov défend le camp des inconditionnels de la Terre d’Israël. Puis en 1917, il est arrêté pour ses activités par les autorités russes. Il meurt peu de temps après sa libération à l’âge de 36 ans. Borochov avait prétendu que la « question juive » trouvait son origine dans le fait que les juifs, surtout les travailleurs juifs, ne jouait pas un rôle important dans les secteurs vitaux de l’économie (industrie lourde, métallurgie, charbonnage, etc.), mais qu’ils occupaient uniquement une place importante dans les sphères périphériques de la vie économique. Tandis que la composition sociale des autres peuples avait l’aspect d’une pyramide ayant comme base des centaines de milliers de mineurs, de métallos, de cheminots, etc. passant par de larges couches de petits artisans pour aboutir au sommet de grands commerçants industriels et banquiers, la composition sociale du peuple juif lui apparaissait comme une pyramide renversée ou de larges couches artisanales ne furent supportés que par d’étroites couches ouvrières et encore uniquement d’ouvriers des secteurs non vitaux de l’industrie mais devaient supporter elles-mêmes le poids énorme d’une masse imposante de commerçants.
    Borochov s’était arrêté dans l’analyse à ce point, l’avait accepté comme donnée historique, sans essayer de l’expliquer et en faisait le point de départ de la question pour sa solution : il fallait d’abord renverser la pyramide renversée, c’est-à-dire créer une société juive normale, pareille à celle des autres peuples, avant que le prolétariat juif ne puisse sérieusement entamer la lutte révolutionnaire : cette société ne pouvait se créer qu’en Palestine.
  • 3Depuis les années 1980, des historiens israéliens ont travaillé sur les archives israéliennes qui venaient d’être rendues accessibles et ont revisité l’histoire officielle. Les plus connus d’entre eux sont Benny Morris, Tom Segev FF, Ilan Pappé et Avi Shlaim.